Donner trop de chances à la guerre

17 Fev 2018

À l’aube de la nouvelle année, il est important que les États-Unis reconnaissent leur histoire inquiétante de guerres à l’échelon mondial, surtout au cours des deux dernières décennies, comme l’a montré Nicolas J. S. Davies.

J’ai rencontré John Lennon et Yoko Ono la veille de Noël 1969. Je me suis joint à eux et à un petit groupe d’activistes locaux pour la paix lors d’un jeûne de Noël pour la paix dans le monde devant la cathédrale de Rochester, en Angleterre, à quelques pas de l’endroit où j’habitais avec ma famille à Chatham Dockyard. J’avais 15 ans, et mon père était le médecin du chantier naval, responsable de la santé et de la sécurité des travailleurs qui assuraient l’entretien de la nouvelle flotte britannique de sous-marins nucléaires.

John et Yoko sont arrivés avant la messe de minuit. Nous avons tous été présentés et nous sommes allés au service. Au moment où nous sommes sortis, des milliers de personnes avaient entendu dire que John était là. Il faisait encore partie des Beatles et il a été assailli par une foule énorme, alors lui et Yoko ont décidé qu’ils ne pouvaient pas rester avec nous comme prévu. Tandis que la plupart de notre petit groupe aidait John à retourner à leur légendaire Rolls Royce blanche, moi et un autre garçon pas beaucoup plus âgé que moi, avons dû escorter une Yoko paniquée pour la ramener à travers la foule dans la voiture. Ils y sont tous les deux arrivés, et on ne les a jamais revus. Le lendemain matin, un fleuriste est venu avec une énorme boîte d’œillets blancs, et nous avons passé le reste de notre journée de Noël et du lendemain de Noël à remettre des fleurs aux passants et à faire connaissance – la naissance de ce qui est devenu le Medway and Maidstone Peace Action Group.

Bien que le Royaume-Uni n’ait pas été ouvertement impliqué dans la guerre du Vietnam, il a été profondément impliqué dans la guerre froide et la course aux armements nucléaires, et le fait d’avoir vu l’allié le plus proche du Royaume-Uni détruire le Vietnam a amené beaucoup de gens de ma génération à remettre en question les hypothèses de la guerre froide sur les « bons » et les « méchants » sur lesquelles nous avions été élevés. John et Yoko sont devenus les leaders de facto du mouvement pour la paix, et leur chanson « Give Peace a Chance » était un véritable hymne unificateur.

Après deux guerres mondiales, la guerre de Corée, la guerre du Vietnam et la guerre froide, nous voulions tous la paix, mais c’était la seule chose que nos dirigeants ne voulaient pas essayer, affirmant que la guerre froide justifiait une course aux armements sans fin, et des guerres et des coups d’État partout où les dirigeants américains et britanniques pensaient avoir repéré un rouge sous le lit de quelqu’un. Cela comprenait de nombreux pays dont les expériences avec le socialisme étaient moins avancées qu’au Royaume-Uni, où j’ai grandi avec un système de soins de santé du berceau à la tombe, une éducation gratuite jusqu’à l’université, un État providence complet et des services publics d’État, les chemins de fer et les grandes industries.

Les dividendes de la paix vs les dividendes du pouvoir

Une fois la guerre froide terminée, la justification de 50 ans de dépenses militaires massives, de guerres planétaires et de coups d’État était enfin terminée. Comme les alliés, les ennemis et les voisins des États-Unis dans le monde entier, les Américains ont poussé un soupir de soulagement et se sont réjouis des « dividendes de la paix ». Robert McNamara et Lawrence Korb, d’anciens partisans de la guerre froide des deux partis, ont attesté devant le Comité sénatorial du budget que le budget militaire des États-Unis pourrait être réduit de moitié au cours des dix prochaines années par rapport à son niveau de l’année fiscale de 1990. Le président du comité, le sénateur Jim Sasser, a salué « ce moment unique de l’histoire » comme « l’aube de la prééminence de l’économie nationale ».

Mais les dividendes de la paix ont été de courte durée, éclipsés par ce que Carl Conetta du Project for Defense Alternatives a surnommé le « dividende du pouvoir », la volonté d’exploiter la fin de la guerre froide pour consolider et étendre la puissance militaire américaine. Les voix influentes liées aux intérêts industriels militaires avaient un nouveau refrain, essentiellement « Give War a Chance » [Donnez une chance à la guerre, NdT]. Mais bien sûr, ils ne l’ont pas dit aussi clairement :

— Après la première guerre du Golfe en 1991, le président Bush Ier a célébré le « coup de pied au syndrome du Vietnam », et a déployé des pilotes américains directement du Koweït au Salon du Bourget pour tirer profit de la valeur commerciale d’une guerre qui venait de tuer des dizaines de milliers de personnes en Irak. Les trois années suivantes ont établi un nouveau record pour les ventes d’armes aux États-Unis. Le Pentagone a admis par la suite que seulement 7 % des bombes et des missiles largués sur l’Irak étaient guidés avec précision et que de toute façon seulement 41 % à 60 % de ces armes « de précision » atteignaient leurs cibles. L’Irak a été sauvagement bombardé, mais on nous a vendu une farce.

— Bien qu’il ait été certainement bien conscient de la réalité derrière la propagande, le sous-secrétaire à la Défense Paul Wolfowitz a fanfaronné auprès du général Wesley Clark, « Avec la fin de la guerre froide, nous pouvons maintenant utiliser nos forces armées en toute impunité ».

— Tandis que l’administration Clinton prenait les rênes de la machine de guerre américaine en 1992, Madeleine Albright a défié le général Colin Powell sur sa « Doctrine Powell » de la guerre limitée, lui demandant : « A quoi bon avoir cette superbe armée dont vous parlez toujours si nous ne pouvons pas l’utiliser ? »

— Albright a été nommée secrétaire d’État en 1997, institutionnalisant de nouveaux prétextes politiques pour des guerres par ailleurs illégales, telles que « l’intervention humanitaire » et le « devoir de protéger ». Mais malgré le régime soutenu de la propagande de guerre, Albright a été noyée par les protestations de l’assistance quand elle a menacé de faire la guerre à l’Irak lors d’une réunion publique tenue à Columbus en 1998.

— Dans la Revue stratégique quadriennale, publiée par Clinton en 1997, celui-ci déclarait : « Lorsque les intérêts en jeu sont vitaux… nous devons faire tout ce qu’il faut pour les défendre, y compris, le cas échéant, l’utilisation unilatérale de la puissance militaire. Les intérêts nationaux vitaux des États-Unis comprennent, mais ne se limitent pas à… empêcher l’émergence d’une coalition régionale hostile… (et) assurer un accès sans entrave aux marchés clés, aux approvisionnements énergétiques et aux ressources stratégiques ». Mais comme l’a dit le conseiller juridique principal du Foreign Office du Royaume-Uni lors de la crise de Suez en 1956, « l’argument d’intérêt vital, qui a été l’une des principales justifications des guerres dans le passé, est effectivement celui que la Charte de l’ONU visait précisément à exclure comme base d’une intervention armée dans un autre pays” »

— Après qu’un coup d’État raté de la CIA en 1996 eut trahi tous les agents de la CIA en Irak au gouvernement irakien, empêchant une deuxième tentative de coup d’État, le think-tank néoconservateur nouvellement créé, le Project for the New American Century [projet pour le nouveau siècle américain, NdT] a commencé à faire pression en faveur de la guerre contre l’Irak. La loi de 1998 sur la libération de l’Irak, qui menaçait d’un « changement de régime » par le recours à la force militaire, a été adoptée par le Congrès avec seulement 38 voix contre à la Chambre et le consentement unanime du Sénat.

— Lorsque le ministre britannique des Affaires étrangères, Robin Cook, a déclaré à Albright que son gouvernement avait des difficultés « avec nos avocats » à propos du plan illégal de l’OTAN d’attaquer la Yougoslavie et d’annexer le Kosovo, elle lui a dit qu’il devrait simplement « trouver de nouveaux avocats ».

— Prenant la parole au Council on Foreign Relations quelques semaines avant d’être élue au Sénat américain en 2000, Hillary Clinton a ridiculisé les récentes guerres américaines au Panama, au Koweït et en Yougoslavie en les qualifiant de « jolies petites guerres » et a appelé de ses vœux ce qu’un directeur de banque présent dans l’auditoire a qualifié de « nouvel impérialisme ».

— Samantha Power a popularisé l’idée que le recours à la force militaire américaine aurait pu empêcher le génocide au Rwanda, une hypothèse contestée par les experts sur le génocide (voir A solution from hell), mais qui a servi depuis lors d’argument politique puissant pour l’usage de la force militaire par les États-Unis.

Afghanistan

Après avoir pressé le peuple américain de « donner une chance à la guerre » pendant une décennie, les dirigeants politiques américains se sont emparés des crimes du 11 septembre 2001 pour justifier une « guerre planétaire illimitée contre le terrorisme ».

De nombreux Américains ont approuvé l’assaut contre l’Afghanistan comme un acte d’autodéfense, mais bien sûr, ce n’est pas l’Afghanistan ou les Talibans qui ont commis les crimes du 11 septembre. Comme l’ancien procureur de Nuremberg, Ben Ferencz, l’avait alors déclaré à la NPR : « Il n’est jamais légitime de punir des personnes qui ne sont pas responsables du mal fait. Si vous ripostez en masse en bombardant l’Afghanistan, disons, ou les Talibans, vous allez tuer beaucoup de gens qui n’approuvaient pas ce qui s’est passé. »

Seize ans plus tard, 16 500 soldats américains continuent de combattre à travers le « cimetière des empires », tandis que les avions de guerre américains ont largué 3 852 bombes et missiles sur l’Afghanistan depuis que M. Trump est entré en fonction. Aucune étude sérieuse n’a été menée pour estimer le nombre de centaines de milliers d’Afghans tués depuis 2001.

Comme l’a écrit Matthew Hoh dans sa lettre de démission alors qu’il quittait son poste comme conseiller politique des États-Unis dans la province de Zabul en Afghanistan en 2009,

« L’insurrection pachtoune, qui est composée de multiples groupes locaux apparemment innombrables, se nourrit de ce que le peuple pachtoune perçoit comme un assaut continu et soutenu, remontant à des siècles, contre la terre pachtoune, sa culture, ses traditions et sa religion par des ennemis intérieurs et extérieurs… J’ai observé que la plupart des insurgés ne se battaient pas pour la bannière blanche des talibans, mais plutôt contre la présence de soldats étrangers et les impôts imposés par un gouvernement non représentatif à Kaboul. »

Ou, comme me l’a dit un chauffeur de taxi afghan à Vancouver : « Nous avons battu les Perses au XVIIIe siècle, les Britanniques au XIXe siècle et les Russes au XXe. Avec l’OTAN, nous combattons 29 pays en même temps, mais nous les vaincrons aussi ». Qui en douterait ?

Aujourd’hui, après 16 ans d’occupation par jusqu’à 100 000 soldats américains, des milliers de raids meurtriers de nuit pour « tuer ou capturer » par les forces d’opérations spéciales américaines et plus de 60 000 bombes et missiles largués sur l’Afghanistan sur ordre de trois présidents américains, le gouvernement corrompu soutenu par les États-Unis à Kaboul gouverne moins de territoire aujourd’hui qu’à aucun autre moment avant l’invasion américaine.

La guerre en Afghanistan est la plus longue de l’histoire des États-Unis. Il doit y avoir des soldats américains en Afghanistan aujourd’hui dont les pères se battaient dans ce pays il y a 16 ans. Ce n’est pas donner une chance à la guerre. C’est un chèque en blanc, en sang et en argent.

Irak

Lorsque le président Bush II a dévoilé une « stratégie de sécurité nationale » fondée sur une doctrine de guerre préventive manifestement illégale en 2002, le sénateur Edward Kennedy l’a qualifiée « d’appel à un impérialisme du XXIe siècle qu’aucun autre pays ne peut ou ne devrait accepter ». Le reste du monde a rejeté les arguments des États-Unis en faveur d’une guerre contre l’Irak devant le Conseil de sécurité des Nations unies et 30 millions de personnes sont descendues dans la rue lors des plus grandes manifestations mondiales de l’histoire. Mais les États-Unis et le Royaume-Uni ont quand même envahi l’Irak.

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Le rôle du Royaume-Uni dans l’invasion a été remis en question lorsque l’amiral Michael Boyce, le chef d’état-major de la Défense, a déclaré à son gouvernement qu’il ne pouvait pas donner d’ordres pour envahir l’Irak sans confirmation écrite que ce serait légal. Il a fallu à Tony Blair et à ses amis cinq jours entiers de bataille avec leurs conseillers juridiques avant que l’un d’eux, le procureur général Peter Goldsmith, qui n’était même pas un avocat international, ne soit prêt à contredire ce que lui-même et tous les conseillers juridiques du Royaume-Uni avaient constamment et à maintes reprises déclaré à leur gouvernement, que l’invasion de l’Irak serait un acte criminel d’agression.

Quatre jours plus tard, les États-Unis et le Royaume-Uni ont commis le crime de guerre du nouveau siècle, déclenchant une guerre qui a tué un million d’innocents et laissé l’Irak enlisé dans la violence sanglante et le chaos pendant 14 ans.

Lorsque le peuple irakien s’est élevé contre l’invasion et l’occupation illégales de son pays, les États-Unis ont lancé une campagne sanglante de « contre-insurrection ». Alors que les forces américaines détruisaient Fallujah et Ramadi, des responsables américains à Bagdad ont recruté, formé et dirigé des escadrons de la mort du ministère de l’Intérieur, qui ont torturé et assassiné des dizaines de milliers d’hommes et de garçons pour nettoyer ethniquement Bagdad et d’autres régions sur une base confessionnelle.

La plus récente atrocité commise par les États-Unis en Irak a été le massacre d’environ 40 000 civils à Mossoul par les forces américaines, irakiennes, françaises et d’autres forces de la « coalition ». La campagne de bombardement dirigée par les États-Unis en Irak et en Syrie a largué 104 000 bombes et missiles depuis 2014, ce qui en fait la plus importante campagne de bombardement des États-Unis depuis la guerre du Vietnam. Les escadrons de la mort du gouvernement irakien parcourent à nouveau les ruines de Mossoul, torturant et exécutant sommairement tous ceux qu’ils identifient comme des combattants ou sympathisants présumés de l’État islamique.

En Irak, « Donner une chance à la guerre » ne veut pas dire « ça n’a pas marché ici. Essayons ailleurs ». Cela veut dire, « Continuez à bombarder Falloujah, Ramadi et Mossoul et à massacrer leurs populations jusqu’à ce qu’il ne reste plus que des décombres et des cimetières ». C’est pourquoi 9 123 soldats américains sont toujours déployés sur une terre de décombres et de cimetières pour la 15ème année d’une guerre illégale.

Somalie

La Somalie indépendante a été formée à partir des anciennes colonies du Somaliland britannique et italien en 1970. Après avoir d’abord investi dans l’alphabétisation et les infrastructures, Siyaad Barre et son gouvernement ont construit la plus grande armée d’Afrique, soutenue d’abord par l’URSS puis par les États-Unis, alors qu’il menait une longue guerre contre l’Éthiopie au sujet de l’Ogaden, une région éthiopienne ethniquement somalienne. En 1991, Barre a été évincé dans une guerre civile et le gouvernement central s’est effondré. Les interventions militaires de l’ONU et des États-Unis n’ont pas réussi à rétablir l’ordre et les troupes étrangères ont été retirées en 1995.

Pendant les 11 années suivantes, une douzaine de seigneurs de la guerre ont régné sur de petits fiefs tandis que le Gouvernement fédéral de transition (TFG), le gouvernement internationalement reconnu, s’est réfugié à Baidoa, la sixième plus grande ville du pays. Mais le pays n’était pas aussi violent que certaines autres parties de l’Afrique. La Somalie est une société ancienne et un certain ordre a été préservé par les systèmes juridiques et gouvernementaux traditionnels, y compris un système unique de droit coutumier appelé le Xeer, qui existe et a évolué en Somalie depuis le VIIe siècle.

En 2006, ces différentes autorités locales se sont réunies et ont formé l’Union des tribunaux islamiques (UTI). Avec le soutien d’un des seigneurs de guerre les plus forts, ils ont vaincu d’autres seigneurs de guerre, y compris ceux soutenus par la CIA, lors de violents combats dans la capitale, Mogadiscio, et ont rapidement contrôlé la moitié sud du pays. Les gens qui connaissaient bien la Somalie ont salué l’UTI comme un développement prometteur et ont essayé de rassurer l’administration Bush sur le fait que ce n’était pas un danger.

Mais la menace que la paix « éclate » en Somalie était trop forte pour que la masse des partisans de « donner une chance à la guerre » puisse la supporter. Les États-Unis ont soutenu une invasion éthiopienne, appuyée par des frappes aériennes et des forces d’opérations spéciales américaines, replongeant la Somalie dans la violence et le chaos qui se poursuit encore aujourd’hui. Les envahisseurs éthiopiens ont chassé l’UTI de Mogadiscio, et elle s’est scindée en factions, certains de ses dirigeants s’exilant et d’autres formant de nouveaux groupes armés, notamment Al-Shabab [une branche d’Al-Qaïda], pour résister à l’invasion éthiopienne.

Après que l’Éthiopie a accepté de retirer ses forces en 2008, un gouvernement de coalition a été formé par le Gouvernement fédéral de transition et les dirigeants de l’UTI, mais il ne comprenait pas Al-Shabab, qui contrôlait alors de vastes zones du pays. Le gouvernement combat Al-Shabab depuis lors, soutenu par les forces de l’Union africaine et actuellement au moins 289 forces d’opérations spéciales américaines et autres troupes américaines. Le gouvernement a fait des progrès, mais Al-Shabab contrôle encore certaines zones. Alors qu’il a été repoussé militairement, Al-Shabab a lancé des attaques terroristes dévastatrices en Somalie et au Kenya, où les États-Unis ont maintenant déployé 212 soldats. Son voisin Djibouti accueille 4 715 soldats américains sur la plus grande base américaine d’Afrique.

Les États-Unis déploient avec acharnement leur stratégie antiterroriste militarisée en Afrique, avec au moins 7 271 soldats américains dans 47 pays au 30 septembre. Mais un nouvel ensemble de recherches a confirmé ce que des analystes indépendants croient depuis longtemps, à savoir que c’est précisément ce type d’opérations qui poussent les civils vers la résistance armée. Une enquête récente menée par le Programme des Nations Unies pour le développement auprès de 500 militants africains a révélé que le « point de basculement » qui a décidé 71 % d’entre eux à rejoindre un groupe comme Al-Shabab, Boko Haram ou Al-Qaïda était le meurtre ou la détention d’un membre de la famille ou d’un ami dans le cadre d’opérations de « contre-terrorisme » dirigées par les États-Unis ou suivant le modèle des américains.

Ainsi, la logique circulaire de la politique antiterroriste américaine utilise l’émergence et la croissance de groupes comme Al-Shabab comme prétexte pour étendre les opérations qui alimentent leur croissance en premier lieu, transformant de plus en plus de civils en combattants et leurs foyers et communautés en nouveaux champs de bataille américains, pour « donner une chance à la guerre » pays après pays.

Honduras

Le 28 juin 2009, le Président du Honduras, Manuel Zelaya, a été réveillé aux petites heures du matin par des soldats en tenue de combat qui ont fait irruption dans sa résidence officielle. Ils l’ont emmené en pyjama sous la menace d’une arme à feu, l’ont embarqué dans une voiture et dans un avion pour le Costa Rica. Le président Obama a immédiatement qualifié le coup de force de coup d’État et a réaffirmé que Zelaya était toujours le président démocratiquement élu du Honduras, semblant adopter la même position que tous les gouvernements d’Amérique latine, de l’Union européenne et de l’Assemblée générale des Nations unies.

Mais, dans les jours qui ont suivi, comme elle l’a admis depuis, Hillary Clinton s’est mise au travail pour faire pression en faveur d’une nouvelle élection au Honduras qui, comme elle l’a dit, « rendrait la question de Zelaya discutable », en faisant du coup d’État contre lui un fait accompli et en permettant au régime du coup d’État de Roberto Micheletti d’organiser la nouvelle élection.

Malgré la déclaration d’Obama et la publication par Wikileaks des câbles dans lequel l’ambassadeur des États-Unis a également appelé cela un coup d’État illégal, les États-Unis n’ont jamais reconnu officiellement qu’un coup d’État avait eu lieu, évitant ainsi l’interruption de l’aide militaire au gouvernement de l’après-coup exigée par la loi fédérale américaine et toute autre mesure nécessaire pour rétablir le président démocratiquement élu. Dans les années à venir, le Honduras, qui était déjà la capitale mondiale de l’assassinat, est devenu encore plus dangereux alors que des syndicalistes et des militants de toutes allégeances étaient assassinés en toute impunité par les escadrons de la mort du gouvernement d’après le coup d’État. L’assassinat de Berta Cáceres, militante écologiste, a provoqué l’indignation dans le monde entier, mais c’est une parmi des centaines de militants et d’organisateurs tués.

Le rôle de la secrétaire d’État Clinton et du gouvernement américain dans la consolidation des résultats du coup d’État au Honduras doit être considéré dans le contexte du rôle historique dominant des États-Unis au Honduras, la « république bananière » d’origine, dont 70 % des exportations sont encore vendues aux États-Unis. Le Honduras accueille actuellement 529 militaires américains, bien plus que tout autre pays de l’hémisphère occidental, et ils sont profondément ancrés dans l’armée hondurienne qui a perpétré le coup d’État.

Dans les années 1980, sous la direction de l’ambassadeur John Negroponte, qui est finalement devenu directeur du renseignement national, l’ambassade des États-Unis à Tegucigalpa aurait abrité la plus grande succursale de la CIA dans le monde, d’où la CIA a mené sa guerre secrète contre le Nicaragua, avec des escadrons de la mort qui ont tué même des religieuses américaines en toute impunité au Salvador et un véritable génocide au Guatemala. Avec cette histoire de l’implication militaire américaine et de la CIA au Honduras, il n’est pas déraisonnable de soupçonner que la CIA a été secrètement impliquée dans la planification du coup d’État contre Zelaya.

Les États-Unis payent maintenant le coup d’État de 2009 au Honduras, car même l’Organisation des États américains, qui a toujours été contrôlée par les États-Unis, a exigé que les dernières élections truquées soient de nouveau organisées et la redoutée police paramilitaire Cobra au Honduras a refusé de réprimer les manifestants pro-démocratie. Le parti d’opposition, l’Opposition Alliance Against the Dictatorship, qui semble avoir obtenu le plus grand nombre de votes aux élections, est une coalition de gauche et de droite contre le gouvernement de l’après-coup d’État. Jusqu’où Trump et les États-Unis vont-ils aller pour sauver la campagne 2009 de Clinton au Honduras ? Nous demandera-t-elle de « donner une autre chance à la guerre » ?

Yémen

De 897 (ce n’est pas une coquille) jusqu’en 1962, la plupart des Yéménites étaient dirigés par les imams zaïdites. Les Zaïdites suivent une branche de l’islam chiite, mais au Yémen ils coexistent et pratiquent dans les mêmes mosquées que les sunnites. Les Houthis, qui gouvernent la plus grande partie du Yémen aujourd’hui, sont aussi des Zaïdites. Le dernier imam zaïdite a été renversé par un coup d’État républicain en 1962, mais, avec le soutien de l’Arabie saoudite, il a mené une guerre civile jusqu’en 1970. Oui, vous avez bien lu. Dans les années 1960, les Saoudiens ont soutenu les royalistes zaïdites dans la guerre civile yéménite. Maintenant, ils appellent les Zaïdites apostats et les Iraniens laquais, et ils font une guerre génocidaire pour les bombarder et les affamer à mort.

Au plus fort de la guerre civile précédente, 70 000 soldats égyptiens ont combattu du côté républicain au Yémen, mais la guerre israélo-arabe de 1967 a modifié les priorités des pays arabes des deux côtés. En février 1968, les forces royales ont levé le siège de Sanaa et les deux parties ont entamé des pourparlers de paix, qui ont abouti à un accord de paix et à la reconnaissance internationale de la République arabe du Yémen en 1970.

Pendant ce temps, toujours en 1967, une rébellion armée populaire a forcé le Royaume-Uni à se retirer de sa colonie d’Aden, qui a formé la République démocratique populaire du Yémen, un État marxiste et allié soviétique. Lorsque la guerre froide a pris fin, les deux Yémen ont fusionné pour former une République unie du Yémen en 1990. Ali Abdallah Saleh, le président du Yémen du Nord depuis 1978, est devenu président du Yémen uni et a gouverné jusqu’en 2011.

Le gouvernement répressif de Saleh s’est aliéné de nombreux segments de la société yéménite, et les Houthis zaïdites ont lancé une rébellion armée dans leur pays natal en 2004. Les Zaïdis et les autres chiites musulmans représentent environ 45% de la population et les Zaïdites ont gouverné le pays pendant des siècles, ils ont donc toujours été une force avec laquelle il faut compter.

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Au même moment, le nouveau gouvernement Obama a lancé une campagne de frappes de missiles de croisière et de drones, et d’opérations des forces spéciales contre la jeune faction d’Al-Qaïda dans le pays, et augmenté l’aide militaire au gouvernement de Saleh. Une frappe d’un drone américain a assassiné le prédicateur yéméno-américain Anwar al-Awlaki, et une autre frappe deux semaines plus tard a assassiné son fils américain Abdulrahman, âgé de16 ans. Tout comme les campagnes antiterroristes américaines militarisées menées dans d’autres pays, les attaques américaines ont causé la mort prévisible de centaines de civils, ce qui a alimenté la croissance d’Al-Qaïda au Yémen.

Les manifestations du printemps arabe et les troubles politiques ont contraint Saleh à démissionner en novembre 2011. Son vice-président, Abdrabbo Mansour Hadi, a été élu en février 2012 à la tête d’un gouvernement d’unité qui devait élaborer une nouvelle constitution et organiser une nouvelle élection deux ans plus tard. Hadi ayant omis d’organiser une élection ou de démissionner de son poste de président, les Houthis ont envahi la capitale en septembre 2014, l’ont placé en résidence surveillée et lui ont demandé d’achever la transition politique.

Hadi et son gouvernement rejetèrent les revendications des Houthis et démissionnèrent simplement en janvier 2015, de sorte que les Houthis formèrent un Conseil révolutionnaire en tant « qu’autorité intérimaire ». Hadi s’enfuit à Aden, sa ville natale, puis en Arabie Saoudite, qui lança une violente campagne de bombardements et un blocus naval contre le Yémen pour le compte de Hadi. Les États-Unis fournissent la plupart des armes, des munitions, du renseignement satellitaire et du ravitaillement en vol et sont un membre essentiel de la coalition dirigée par les Saoudiens, mais bien sûr, les médias et les politiciens américains minimisent leur rôle.

La campagne de bombardement de la coalition américano-saoudienne a fait au moins dix mille morts parmi les civils, probablement beaucoup plus, tandis qu’un blocus naval et le bombardement des ports ont réduit la population à un état proche de la famine. Les forces de Hadi ont capturé Aden et une région environnante, mais elles n’ont pas réussi à vaincre les Houthis dans le reste du pays.

Les bombes fabriquées par les États-Unis continuent de frapper les marchés, les hôpitaux et d’autres cibles civiles au Yémen. Les instructeurs militaires occidentaux considèrent les forces armées saoudiennes comme plus ou moins inaptes à la formation, principalement en raison de la rigidité de la hiérarchie de classe et tribale de l’Arabie saoudite. Le corps des officiers, dont certains font partie de la famille royale, est au-delà de toute critique, il n’y a donc aucun moyen de corriger les erreurs ou d’imposer des mesures disciplinaires. Les pilotes saoudiens bombardent donc sans discernement à haute altitude, et ils continueront de le faire tant que les États-Unis n’auront pas cessé de leur vendre des munitions et qu’ils n’auront pas abandonné leur complicité militaire et diplomatique dans cette guerre génocidaire.

Les organisations humanitaires continuent d’avertir que des millions de Yéménites sont sur le point de mourir de faim, mais ni les responsables saoudiens ni les responsables américains ne semblent s’en soucier. La normalisation de la guerre et la culture de l’apathie nourrie par 16 années de guerres américaines qui ont tué des millions de personnes dans une douzaine de pays ont rendu les responsables américains suprêmement cyniques, mais leur cynisme sera mis à l’épreuve en 2018 au fur et à mesure que les conséquences prévisibles de cette catastrophe humanitaire made in the U.S.A. se manifesteront. La machine de propagande américaine sera également mise à l’épreuve alors qu’elle tentera toujours de rejeter la faute sur les Saoudiens.

Libye

Mouammar Kadhafi était un des méchants préférés de l’Occident et un allié de l’URSS, de Cuba, du Congrès national africain de Nelson Mandela, de l’OLP, de l’IRA et du Front Polisario au Sahara Occidental. Kadhafi a créé une forme unique de démocratie directe, et il a utilisé les richesses pétrolières de la Libye pour fournir des soins de santé et une éducation gratuits et pour donner à la Libye le 5ème PIB par habitant le plus élevé d’Afrique et la meilleure note de développement en Afrique sur l’indice IDH (indice de développement humain) des Nations Unies, qui mesure la santé et l’éducation ainsi que les revenus.

Kadhafi a également utilisé la richesse de la Libye pour financer des projets visant à donner aux pays africains plus de contrôle sur leurs propres ressources naturelles, comme une usine financée par la Libye au Libéria pour fabriquer et exporter du caoutchouc de qualité pneu plutôt que du caoutchouc brut. Il a également cofondé l’Union africaine en 2002, qu’il envisageait de faire évoluer vers une alliance militaire et un marché commun avec une monnaie unique.

Des islamistes militants au sein de l’armée ont essayé mais n’ont pas réussi à assassiner Kadhafi en 1993. Le Groupe islamique combattant en Libye (GICL,), formé par des Libyens qui avaient combattu avec les forces appuyées par la CIA et les Saoudiens en Afghanistan, a été payé par l’agence de renseignement MI6 du Royaume-Uni et Oussama Ben-Laden pour tenter également de le tuer en 1996. Le Royaume-Uni a accordé l’asile à certains membres de GICL, dont la plupart se sont installés dans la l’importante communauté libyenne de Manchester.

Le Royaume-Uni a interdit le GICL en 2005 et confisqué les passeports de ses membres en raison de ses liens avec Al-Qaïda. Mais tout cela a encore changé en 2011, leurs passeports ont été rendus et le MI6 a aidé beaucoup d’entre eux à rentrer en Libye pour rejoindre les « rebelles de l’OTAN ». Un membre du GICL, Ramadan Abedi, a emmené son fils de 16 ans Salmane avec lui en Libye. Six ans plus tard, Salmane frappe son coup pour l’idéologie islamiste de sa famille en commettant un attentat-suicide à la bombe qui tue 23 jeunes fans de musique lors d’un concert d’Ariana Grande à Manchester en mai 2017.

L’empressement des dirigeants occidentaux à renverser Kadhafi a conduit la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et leurs alliés royalistes arabes et de l’OTAN à exploiter une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies qui autorisait le recours à la force pour protéger les civils en Libye afin de renverser le gouvernement, rejetant une initiative de l’Union africaine pour résoudre la crise pacifiquement.

La résolution de l’ONU appelait à un « cessez-le-feu immédiat » en Libye, mais autorisait également une « zone d’interdiction aérienne », qui est devenue un prétexte pour bombarder l’infrastructure militaire et civile de la Libye avec 7 700 bombes et missiles, et pour déployer secrètement des officiers de la CIA et des forces d’opérations spéciales britanniques, françaises et qatariennes afin d’organiser et de diriger les forces rebelles libyennes sur le terrain.

Le chef d’état-major du Qatar, le général de division Hamad bin Ali al-Atiya, a déclaré à l’AFP : « Nous étions avec eux et le nombre de Qataris sur le terrain s’élevait à des centaines dans chaque région. La formation et les communications étaient entre les mains des Qataris. Le Qatar… a supervisé les plans des rebelles parce qu’ils étaient des civils et n’avaient pas assez d’expérience militaire. Nous avons fait le lien entre les rebelles et les forces de l’OTAN ». Les forces qataries ont même été repérées en tête de l’assaut final contre le quartier général militaire libyen de Bab al-Aziziya à Tripoli.

Après avoir pris Tripoli, l’OTAN et ses alliés libyens et qataris ont coupé la nourriture, l’eau et l’électricité aux populations de Syrte et de Bani Walid, tout en les bombardant pendant des semaines. La combinaison des bombardements aériens, navals et d’artillerie, de la famine et de la soif sur ces populations civiles a fait une dernière et effroyable bouffonnerie du mandat de la résolution de 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies de protéger les civils.

Une fois que les États-Unis et leurs alliés ont détruit le gouvernement libyen, ils l’ont abandonné au chaos et à la guerre civile qui font rage encore six ans plus tard. Deux gouvernements concurrents contrôlent différentes parties du pays, tandis que les milices locales contrôlent de nombreuses petites régions. Depuis 2011, des groupes de défense des droits humains ont rapporté que des milliers de Libyens noirs et d’Africains subsahariens ont subi des détentions arbitraires et d’atroces sévices de la part des milices libyennes que les États-Unis et leurs alliés ont aidées à prendre le contrôle du pays. Les informations selon lesquelles des Africains seraient vendus sur les marchés d’esclaves en Libye ne sont que le dernier scandale.

Alors que la Libye s’efforce de sortir du chaos sans fin dans lequel les États-Unis et leurs alliés l’ont plongée, les États-Unis se sont plus ou moins lavés les mains de la crise en Libye. En 2016, l’aide étrangère des États-Unis à la Libye n’était que de 27 millions de dollars.

Syrie

Le rôle des États-Unis dans la guerre civile en Syrie est une étude de cas sur la façon dont une opération secrète de la CIA peut alimenter un conflit et déstabiliser un pays pour créer des prétextes d’intervention militaire américaine. La CIA a commencé à organiser le transport de combattants et d’armes de la Libye à la Turquie fin 2011, alors que la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar étaient en train de militariser un soulèvement en Syrie issu des manifestations du printemps arabe plus tôt dans l’année. Les forces d’opérations spéciales britanniques et françaises ont fourni une formation militaire en Turquie, et la CIA a géré l’infiltration des combattants et la distribution d’armes à travers la frontière syrienne.

La répression du gouvernement syrien a contribué à la transformation des manifestations pacifiques en soulèvement armé. Mais les groupes principalement de gauche qui ont organisé les manifestations politiques en 2011 étaient déterminés à s’opposer à la violence, au sectarisme et à l’intervention étrangère. Ils ont toujours principalement reproché la descente de la Syrie dans la guerre, aux puissances étrangères qui soutenaient le petit groupe des Frères musulmans syriens et qui ont acheminé des forces islamistes basées à l’étranger et des milliers de tonnes d’armes dans le pays pour déclencher une guerre civile à grande échelle.

En 2012, alors que Kofi Annan tentait de négocier un cessez-le-feu et une transition politique en Syrie, les États-Unis et leurs alliés ont déversé des combattants étrangers et des armes plus lourdes et se sont engagés à soutenir encore davantage les forces rebelles lors de trois conférences orwelliennes des « Amis de la Syrie ». L’une d’entre elles a été programmée pour coïncider avec la date à laquelle le cessez-le-feu d’Annan devait entrer en vigueur, et leurs nouveaux engagements en matière d’armement, d’argent et de soutien aux rebelles étaient une mesure flagrante visant à saper le cessez-le-feu.

Après qu’Annan a finalement obtenu que toutes les parties se mettent d’accord sur un plan de paix à Genève le 30 juin 2012, étant entendu que cela serait codifié dans une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies, les États-Unis et leurs alliés sont retournés à New York et inséré de nouvelles conditions et motifs de sanctions et d’action militaire dans la résolution, conduisant à un veto russe. Le Communiqué de Genève d’Annan a été éclipsé par cinq années de guerre supplémentaires et des conférences de paix de Genève II, de Genève III et de Genève IV également infructueuses.

Annan a démissionné un mois plus tard et a été surveillé de façon caractéristique dans ses déclarations publiques. Mais les responsables de l’ONU ont déclaré à The Atlantic en 2013 que M. Annan avait blâmé le gouvernement américain pour l’échec de sa mission. « Les Etats-Unis ne pouvaient même pas soutenir un accord que le secrétaire d’État avait signé à Genève », a déclaré l’un des proches collaborateurs d’Annan. « Il a démissionné de frustration. »

Après avoir transporté au moins 2 750 tonnes d’armes de la Libye vers la Turquie en 2011 et 2012, y compris des obusiers, des RPG et des fusils de sniper, la CIA a commencé à fouiller les Balkans à la recherche des armes laissées par les guerres des années 1990 que les Saoudiens et les Qataris. pourraient racheter pour les envoyer en Syrie à travers la Turquie et la Jordanie. Ils ont expédié jusqu’à 8 000 tonnes d’armes sur des vols en provenance de Croatie en mars 2013.

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Depuis lors, les Saoudiens ont acheté plus d’armes de 8 pays balkaniques différents, ainsi que 15 000 missiles anti-char TOW directement des États-Unis pour 1,1 milliard de dollars en décembre 2013. Ceci en dépit des autorités américaines admettant dès octobre 2012 que la plupart des armes envoyées en Syrie étaient allées à des « djihadistes islamiques extrémistes ». Les enquêteurs dans les Balkans rapportent que les Saoudiens ont fait leurs plus gros achats en 2015, y compris des armes neuves directement à la sortie de la chaîne de production. Seulement 60 % de ces armes avaient été livrées au début de 2017, ce qui signifie que le flot d’armes continuera tant que la CIA continuera de le faciliter et que les alliés américains comme la Turquie et la Jordanie continueront à servir de conduits.

La principale innovation dans la guerre américaine sous l’administration Obama était une doctrine de guerre secrète et indirecte qui évitait les lourdes pertes américaines au prix de l’usage des bombardements aériens, des assassinats par drones, de l’expansion massive des opérations des forces spéciales mortelles et de l’utilisation de forces de procuration étrangères. Dans tous les cas, cela a alimenté l’explosion mondiale de violence et de chaos déclenchée par Bush, et les principales victimes ont été des millions de civils innocents dans un pays après l’autre.

Le soutien américain aux groupes dissidents d’Al-Qaïda comme Jabhat al-Nosra (maintenant rebaptisé Jabhat Fateh al-Sham) et l’État islamique a détourné sur lui la « guerre contre le terrorisme » des États-Unis. Seulement dix ans après le 11 septembre, les États-Unis étaient prêts à soutenir ces groupes pour déstabiliser la Libye et la Syrie, où la CIA cherchait des prétextes pour la guerre et le changement de régime. Les États-Unis ne sont retournés à leur fable de “guerre contre le terrorisme” qu’après que les États-Unis et les alliés eurent construit ces groupes au point qu’ils pourraient envahir l’Irak et s’emparer de sa deuxième plus grande ville et d’une grande partie du pays.

La guerre secrète américaine par procuration en Syrie a conduit à la plus forte campagne de bombardements des États-Unis depuis le Vietnam, qui a réduit plusieurs villes en Irak et en Syrie à des décombres et a tué des dizaines de milliers de civils ; une guerre civile en Syrie qui a tué des centaines de milliers de Syriens ; et une crise des réfugiés qui a submergé les alliés des États-Unis au Moyen-Orient et en Europe. Après 6 ans de guerre, la Syrie reste fragmentée et embourbée dans le chaos. Le gouvernement syrien a repris le contrôle de nombreuses régions, mais l’avenir reste très dangereux et incertain pour le peuple syrien. Les États-Unis ont actuellement au moins 1 723 soldats sur le terrain en Syrie, sans aucune base légale, ainsi que 2 730 en Jordanie et 2 273 en Turquie.
Ukraine

Le président Viktor Ianoukovitch a été renversé par un violent coup d’État en février 2014. Les manifestations initialement pacifiques du Maïdan, ou place centrale, à Kiev, ont été progressivement dominées par le parti d’extrême droite Svoboda et, depuis novembre 2013, par un nouveau groupe appelé Secteur Droit. Ces groupes arboraient des symboles nazis, se battaient avec la police et envahirent finalement le parlement ukrainien, incitant Ianoukovitch à fuir le pays.

Le 4 février 2014, des rumeurs d’une conversation entre l’ambassadeur américain Geoffrey Pyatt et la secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland ont révélé que les États-Unis envisageaient un coup d’État pour expulser Ianoukovitch et installer le favori des États-Unis, Arseniy Yatsenyuk. Nuland et Pyatt ont utilisé un langage comme « coller ce truc », « accoucher ce truc » et « nous pourrions faire tomber cette tartine du bon côté si nous bougeons vite », ainsi que le plus largement rapporté « Fuck the EU », qu’ils ne s’attendaient pas à voir soutenir leur plan.

Le 18 février, Secteur Droit a dirigé une marche de 20 000 manifestants sur le bâtiment du parlement. Ils ont attaqué la police avec des cocktails Molotov, ont pris d’assaut et occupé des bâtiments gouvernementaux et la police a attaqué le camp des protestants de Maidan. Alors que les combats avec la police se poursuivaient au cours des jours suivants, environ 75 personnes ont été tuées, dont 10 policiers et soldats. Des tireurs d’élite mystérieux ont tiré des coups de feu du Philharmonic Hall et d’un hôtel surplombant le Maidan, tirant sur la police et les manifestants.

Ianoukovitch et son gouvernement ont tenu des réunions avec les dirigeants de l’opposition, et l’UE a envoyé les ministres des Affaires étrangères de la France, de l’Allemagne et de la Pologne pour arbitrer la crise. Le 21 février, M. Ianoukovitch a accepté de tenir de nouvelles élections présidentielles et parlementaires avant la fin de l’année.

Mais les manifestants, désormais dirigés par Svoboda et Secteur Droit, n’étaient pas satisfaits et ont pris le contrôle du parlement. Secteur Droit avait pénétré dans un dépôt d’armes à Lviv et saisi des fusils d’assaut et des pistolets, et la police ne résistait plus. Le 22 février, le parlement n’a pas réussi à obtenir le quorum (338 des 447 membres), mais les 328 membres présents ont voté pour démettre Ianoukovitch de ses fonctions et organiser de nouvelles élections en mai. Ianoukovitch a publié des déclarations de défi et a refusé de démissionner, puis s’est enfui en Russie.

Les parties russophones de l’Ukraine ont refusé d’accepter les résultats du coup d’État. Le parlement de Crimée a organisé un référendum, dans lequel 97 % ont voté pour quitter l’Ukraine et rejoindre la Russie, dont la Crimée faisait partie depuis 1783. Sur le plan administratif, Khrouchtchev avait placé la Crimée dans la RSS d’Ukraine dans les années 1950, mais quand l’URSS s’est dissoute, 94% des Criméens ont voté pour devenir une république autonome et 83 % ont voté pour conserver la double nationalité russe et ukrainienne.

La Russie a accepté le résultat du référendum et régit maintenant la Crimée. Les plus grands dangers pour la Russie du coup d’État de Kiev étaient que l’Ukraine rejoindrait l’OTAN et que la Russie perdrait sa base navale la plus stratégique à Sébastopol sur la mer Noire. L’OTAN a publié en 2008 une déclaration selon laquelle l’Ukraine et la Géorgie « deviendront membres de l’OTAN ». En 2008, l’Ukraine a menacé de ne pas renouveler le bail de la base de Sébastopol, qui devait expirer en 2042 .

L’ONU n’a pas reconnu la réintégration de la Crimée par la Russie, et les États-Unis l’ont qualifiée de violation du droit international. Mais étant donné l’histoire et le statut autonome de la Crimée, et l’importance de Sébastopol pour la Russie, c’était une réponse compréhensible et prévisible au coup d’État illégal planifié par les États-Unis en Ukraine. C’est le comble de l’hypocrisie pour les responsables américains de se présenter soudainement comme les champions du droit international, que la politique américaine a systématiquement ignoré, violé et miné depuis les années 1980.

Les majorités russophones en Ukraine orientale ont également déclaré leur indépendance de l’Ukraine en tant que Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk et ont lancé un appel au soutien russe, que la Russie a secrètement fourni, bien que son ampleur soit vivement débattue. Il y a eu aussi de grandes manifestations contre le coup d’État à Odessa, sur la mer Noire, et 42 manifestants ont été tués lorsqu’une foule du Secteur Droit les a attaqués et a mis le feu au bâtiment de l’Union des métiers où ils se sont réfugiés.

Alors que l’armée ukrainienne ne pouvait ou ne voulait pas déclencher une guerre civile contre ses compatriotes russophones de l’Est, le gouvernement post-coup d’État a recruté et formé une nouvelle « garde nationale » pour le faire. Il fut bientôt rapporté que le bataillon Azov et d’autres unités de la Garde nationale étaient liés à Svoboda et au secteur de droite, et qu’ils arboraient toujours des symboles nazis alors qu’ils attaquaient des zones russophones dans l’est de l’Ukraine. En 2015, le bataillon Azov a été étendu à un régiment d’opérations spéciales de 1 000 hommes.

La guerre civile en Ukraine a tué plus de 10 000 personnes. Les accords de Minsk entre l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne en septembre 2014 et février 2015 ont établi un cessez-le-feu fragile et le retrait des armes lourdes des deux côtés, mais les problèmes politiques persistent, alimentant les combats. Les États-Unis ont maintenant accepté d’envoyer des missiles antichars Javelin en Ukraine et d’autres armes plus lourdes, susceptibles de relancer les combats et de compliquer les négociations politiques.

Donner une chance à la paix ?

Donner une chance à la guerre n’a pas bien fonctionné, c’est le moins qu’on puisse dire, en Afghanistan, en Irak, en Somalie, au Honduras, au Yémen, en Libye, en Syrie ou en Ukraine. Tous restent embourbés dans la violence et le chaos causés par les invasions américaines, les campagnes de bombardement, les coups d’État et les opérations clandestines. Dans tous les cas, les décisions prises par les États-Unis ont aggravé les problèmes de ces pays ou sont entièrement responsables des problèmes incroyables qui les affectent. Beaucoup de ces décisions étaient illégales ou criminelles en vertu du droit américain et/ou international. Le coût humain pour des millions d’innocents est une tragédie historique qui nous fait honte à tous. Dans tous les cas, les États-Unis auraient pu prendre des décisions différentes et, dans tous les cas, les États-Unis peuvent toujours prendre des décisions différentes.

Comme l’a dit un général américain : « Lorsque le seul outil dont vous disposez est un marteau, chaque problème ressemble à un clou ». L’allocation de la plus grande partie de notre budget fédéral aux dépenses militaires prive les États-Unis d’autres « outils » et crée des pressions politiques pour utiliser celui pour lequel nous avons déjà tant payé, comme il était impliqué dans la question d’Albright à Powell en 1992.

Dans sa nouvelle stratégie de sécurité nationale, M. Trump a promis aux Américains qu’il « préserverait la paix par la force ». Mais les États-Unis ne sont pas en paix aujourd’hui. C’est une nation en guerre à travers le monde. Les États-Unis ont 291 000 soldats déployés dans 183 pays étrangers, ce qui équivaut à une occupation militaire mondiale. Il a déployé des troupes d’opérations spéciales lors de missions secrètes de combat et d’entraînement dans 149 pays en 2017 seulement. Il a largué 39 000 bombes et missiles sur l’Irak, la Syrie et l’Afghanistan depuis que Trump a pris ses fonctions, et l’attaque menée par les États-Unis et l’Irak contre Mossoul à elle seule a tué environ 40 000 civils. Prétendre que nous sommes en paix et que nous nous engageons à la préserver en détournant plus de ressources vers le complexe industriel militaire n’est pas une stratégie de sécurité nationale. C’est une désillusion orwellienne tirée directement des pages de 1984.

À l’aube de 2018, personne ne pourrait accuser le public américain de ne pas donner une chance à la guerre. Nous avons laissé les présidents successifs nous parler de la guerre à chaque crise internationale, dont la plupart ont été causées ou alimentées par l’agression américaine et le militarisme en premier lieu, dans la conviction qu’ils ont finalement trouvé un ennemi qu’ils peuvent vaincre et une guerre qui rendra la vie meilleure pour quelqu’un quelque part. Mais ce n’était pas le cas.

Comme nous entamons une nouvelle année, il est sûrement temps d’essayer quelque chose de différent et de finalement « Donner une chance à la paix ». Mon ego de 15 ans était prêt à passer le jeûne de Noël dans le froid sur le perron d’une église en 1969. Que pouvez-vous faire pour donner une chance à la paix en 2018 ?

Nicolas J. S. Davies est l’auteur de Blood On Our Hands : the American Invasion and Destruction of Iraq. [Du sang sur nos mains : l’invasion américaine et la destruction de l’Irak].

Source : Nicolas J.S. Davies, Consortium News, 03-01-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.