Soixante ans après les Indépendances: Quel Bilan politique, économique et social. Pour les pays de l’UEMOA ? Quelles perspectives ?

Par Ibrahima SENE   PIT/SENEGAL
Dakar  le 18 Décembre 2020

I) Introduction

Il est nécessaire, qu’en faisant  le bilan de soixante ans d’Indépendance de l’Afrique  pour  cerner ses perspectives, de prendre en compte le fait que, les trajectoires pré et post indépendance des pays qui la composent sont différentes selon qu’on est en Zone francophone, Anglophone, Lusophone ou arabe !

En effet, dans les pays francophones les luttes pour  l‘Indépendance se sont déroulées dans le cadre de deux sous-régions, à savoir,  « l’Afrique Occidentale Française » (AOF)  et « l’Afrique Equatoriale Française » (AEF), alors que partout ailleurs, elles se sont déroulé   pays par pays.

Ensuite,  la lutte de libération nationale se déroulait dans un nouveau contexte mondial marqué par une nouvelle guerre, dénommée «  guerre froide », qui opposait le camp des pays capitalistes occidentaux,   dirigé  par les Etats Unis, et le camp des pays socialistes de l’Est Européen, dirigé par l’Union Soviétique.

Ce nouveau contexte  donnait  aux pays colonisés, l’opportunité  de rompre  avec le système mondial de développement du Capitalisme, en optant, avec l’appui du camp socialiste,   pour une « Voie de Développement non Capitaliste ».

D’où la naissance en Afrique, après l’Afrique du Sud, de Partis Communistes, et de mouvements politiques qui ont choisis de rompre avec le système capitaliste en s’orientant vers la «  voie de développement non capitaliste ».

Cela a  créé, dans le mouvement de libération nationale, un clivage entre ceux qui veulent l’Indépendance tout en restant dans  le système capitaliste, et ceux qui veulent l’indépendance et la rupture d’avec ce système.

En outre,  dans la plus part des pays d’Afrique, l’Indépendance a été acquise sans lutte de libération nationale armée, et que certains pays ont connu, dès leur accès à l’Independence, une période plus ou moins longue de déstabilisation par une série de coups d’Etat  et d’assassinats de leaders pro- indépendance, surtout s’ils sont soupçonnés par les puissances occidentales comme des  « menaces communistes ».

Ces assassinats politiques ont notamment frappé l’Afrique de l‘Ouest, notamment au Cameroun avec les  leaders de l’UPC, (l’Union de Populations Camerounaises) par la France, et en Afrique Centrale, notamment avec  l’assassinat de  de Patrice Lumumba par la  Belgique et les Etats Unis.

Alors qu’au Sud du Continent, la lutte de libération nationale revêtait un caractère antiraciste contre le régime d’Apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie, devenue Zimbabwe à l’Indépendance.

Ces  évènements qui ont marqué la lutte de libération nationale et les premières années de l’accès à l’Independence, ont grandement contribué  à un développement  inégal des pays d’Afrique durant ces soixante dernières  années. 

C’est cette différence des trajectoires  qui impose donc  de prendre en compte les spécificités politiques, économiques et sociales, qui ont conditionné les performances des Etats, et les difficultés auxquelles se heurte le parachèvement de l’Indépendance des peuples d’Afrique, et  la construction de son unité continentale.

Ainsi, l’analyse de la trajectoire des luttes pour l’Indépendance des peuples  dans le cadre de l’AOF, devenue plus tard, l’UEMOA,  pourrait être un cas d’école.

II) Analyse de la trajectoire des pays de l’AOF

1) l’analyse de la  période de 1946 à 1960.

C’est dans  de l’AOF, comme  cadre géopolitique, que nos peuples, sous le système colonial français, ont conquis peu à peu les Libertés démocratiques,  notamment au Sénégal, avec  la liberté d’organisation de partis politiques,  le droit à l’expression du suffrage universel des citoyens,  l‘Alternance démocratique dans la gestion des Communes de pleine exercice, l’élection de Députés à l’Assemblée nationale Française et de Sénateurs, la participation au gouvernement de l’Etat colonial français, le droit à  la liberté d’organisation syndicale, et les droits syndicaux qui ont permis l’acquisition d’un Code de Travail à la suite de rudes batailles syndicales,  et le droit à la liberté d’expression et de création d’organes de presse.

Ainsi, notre peuple a pu engranger de fortes avancées démocratiques qui furent généralisées  dans toutes les colonies françaises à partir de 1946, suite l’extension de la citoyenneté française à tous les peuples des territoires de l’AOF et de l’AEF.

Cette extension a été une  conséquence directe,  du tollé général d’indignation,  occasionné par le massacre en 1945, au  Camp de Thairoye dans la banlieue de Dakar,  de «  dizaines, voire de centaines de milliers  de Tirailleurs Sénégalais », selon les diverses sources, qui réclamaient leurs « primes »  de retour au pays, après leur participation à la libération de la France du joug  des Nazi Allemands,  lors de la deuxième guerre mondiale 1939 -1945.

Ce sont ces conquêtes démocratiques qui ont contribué à booster la lutte pour l’Indépendance dans cette partie d’Afrique.

C’est cette spécificité historique qui a fait qu’en AOF, les peuples ont mené le combat anti colonial, au plan politique, dans le cadre de  grands rassemblements comme le «  Rassemblement Démocratique Africain » (RDA) qui était créé e 1946, qui avait une Section dans chacun des territoires de l’AOF, dont «  l’Union Démocratique Sénégalaise » (UDS)  d’où est issu en 1957, le « Parti Africain de l’Indépendance » (PAI, devenu aujourd’hui, «  Parti de l’Indépendance et du Travail » ( PIT/SENEGAL).

A côte du RDA, il y avait aussi le  « Parti du Rassemblement Africain »(PRA) d’où est issue  « l’Union Progressiste  Sénégalaise » (UPS), qui a connu une scission en 1958 à la veille du référendum  sur  la question de l’Indépendance, pour donner naissance au «  PRA/SENEGAL ».

Au plan syndical, il y avait aussi,   un grand rassemblement, comme « l’Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire » (UGTAN), et, en mileu universitaire, la « Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France » ( FEANF ».

C’est pour briser toute  perspective pan africaine et  non capitaliste  des luttes contre le système colonial  qui porte en lui les germes de la lutte pour l’indépendance au sein de chacune des deux Fédérations, que la France décida de  les « balkaniser » avec la Loi Cadre de 1956, pour donner « l’Autonomie », non pas aux Fédérations, mais à chaque territoire pris individuellement,  en faisant naître un « micro nationalisme » qui a eu raison des  grands ensembles politiques, syndicaux et d’étudiants, qui faisaient la force du mouvement de libération dans cette partie d’Afrique.

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C’est ainsi que le référendum d’autodétermination organisé en 1958 par la France,  qui s’est tenu dans chaque territoire pris individuellement, a affaibli le camp  pour l’Indépendance nationale,  qui était réduit au seul peuple de Guinée qui a voté massivement pour recouvrer  sa souveraineté internationale, alors que dans tous les autres territoires, c’est le camp  favorable  au maintien du système colonial français qui l’a emporté.

2) Analyse de la période post indépendance  des années 60-70 :

Deux ans après ce référendum historique, sous la pression du mouvement de libération en Afrique et dans le monde jusqu’aux Nations Unies,  contrairement à la Grande Bretagne qui a transmis le pouvoir à ceux qui réclamaient leur Indépendance, la France consentit à l’ accorder  à ses colonies d’Afrique noire, en transmettant le pouvoir à ceux qui n’en  voulaient pas en 1958, tout en menant, à travers les nouvelles Autorités qu’elle a mises en place, une  politique de répression féroce, et même d’assassinat notamment au Cameroun,  contre ceux qui luttaient  et s’étaient mobilisés pour l’obtenir.

Les Indépendances dans nos Etats, inauguraient ainsi une ère de recul grave des libertés démocratiques acquises de haute lutte  dans le système colonial Français, avec l’avènement de coups d’Etat à la place de l’Alternance démocratique,  de «  Partis uniques » et les restrictions des droits d’organisation de presse,  de marche, et de grève, pour imposer la perpétuation du système colonial français.

C’est dans ces circonstances historiques que la France est parvenue à  nouer avec les nouvelles Autorités, trois accords historiques de coopération pour continuer sa politique  d‘exploitation de  nos peuples et de nos  ressources naturelles.

C’est ainsi qu’ont été signés des « Accords monétaires et économiques » faisant de la monnaie qui était en vigueur du temps colonial,  le Fr CFA, la nouvelle monnaie de nos Etats nouvellement indépendants,  des « Accords militaires » permettant à la France de garder ses bases militaires avec l’engagement d’assurer leur défense en cas d’agression extérieure,  et des «Accords culturels » faisant de la Langue française leur Langue officielle, et le maintien de l’Ecole publique et de la politique d’Education française !

Aussi, au plan institutionnel,  la France  a légué  le « régime présidentiel »  de concentration excessive des pouvoirs entre les  mains d’un Président de la République, élu au suffrage universel direct, qui le met d’office sous son contrôle,  et sur qui elle veille comme à la prunelle de ses yeux.

Ce sont ces Accords  de coopération qui constituent la trame du néocolonialisme Français en Afrique.

Ce sont ces spécificités historiques qui ont fait que la lutte pour le parachèvement de l’Indépendance nationale et pour  l’Unité Africaine, durant les 60  et 70 ,  a posé comme préalable dans les agendas politiques,  la reconquête des libertés démocratiques et la lutte pour la démocratisation des Institution de la République, pour mettre fin au régime autocratique de pouvoir personnel que représente le régime présidentiel hérité de la France, afin de baliser la voie à une rupture avec le système capitaliste.

Cependant, les perspectives d’éviter le stade de développement capitalistes de nos pays  qu’offrait le Camp Socialiste, avaient occulté la nécessaire prise en compte,  dans les agendas politiques, de ces nouvelles  exigences de lutte pour la reconquête des libertés démocratiques confisquées par les nouvelles Autorités.

3) Analyse de la période des années 80-90

C’est au début des années 80, avec l’avènement d’un  tournant libéral  du « Capitalisme d’Etat », dénommé  «  Etat providence » qui était construit des décennies durant  pour contrer la « menace communiste », le système néocolonial  français avait atteint ses limites sociales.

C’est ce tournant libéral qui a érigé le désengagement de l’Etat, la privatisation des entreprises publiques du secteur marchand, et le démantèlement des acquis sociaux des travailleurs dans le Code du Travail,  pour pouvoir continuer  un  système politique de pillage de nos Etats, à travers une politique de libéralisation économique, appuyée par une politique  « d’Aide Publique au Développement » (APD),  et  d’endettement de nos Etats.

Ainsi s’est ouverte une nouvelle ère de politiques d’austérité budgétaire dans les pays en développement,  appelée « Politique d’Ajustement Structurel » (PAS),  qui a rencontré, dans un pays comme le Sénégal,  une farouche résistance des travailleurs grâce à leurs conquêtes démocratiques.

Ainsi, le système néocolonial Français devait composer avec les exigences des Institutions de Bretton Woods, et d’ouvrir l’Economie de nos pays, à la concurrence secrétée par le tournant néolibéral.

Désormais, elle ne pourra rien entreprendre au plan économique sans se conformer aux directives du FMI et de la Banque mondiale, qui cogèrent directement avec elle, les destinées de nos peuples.

Deslors,  le système néocolonial Français, de monopole exclusif, devenait un système un monopole partagé, dans lequel, l’influence du FMI et de la Banque mondiale grandissait au fur et à masure de la mise en œuvre des PAS.

C’est ainsi que la France fut obligée, en 1994, de  dévaluer de 50%,  le CFA et à adosser  à «l’Union Monétaire Ouest Africaine » ( UMOA),   qui la lie aux pays de l’ex AOF, une  « Union économique »     sur  la base des « critères de convergence budgétaire » issus du «  Consensus de Washington », qui sont au fondement du « Capitalisme libéral ». D’où la naissance de « l’Union Economique et Monétaire  Ouest Africaine »(UEMOA). 

L’échec des PAS durant les années 80 et 90 traduit par leur incapacité de réduire l’endettement des pays qui y sont soumis, de relancer leurs Economies, et de réduire les inégalités et la pauvreté, a plongé ces pays dans crise économique et sociale explosive, lourde de violences politiques et sociales, voir même de  leur déstabilisation .

C’est ainsi,  pour préserver  la main- mise de la France sur nos Etats fortement menacée au début des années 90 qui a vu la fin de la « guerre froide », et les perspectives de « Développement non Capitaliste » suite à la disparition du camp socialiste de l’Europe de l’Est, que  le Président  français de l’époque, François Mittérand,  remettait au goût du jour, le « renouveau démocratique » auquel aspirent nos peuples, en tenant le 20 juin 1990, un  discours historique dit « discours de la Baule », pour signifier  à nos Chefs d’Etat, qu’en l’absence de «  menace communiste »,  les «  Dictateurs » ne  sont plus nécessaires  à la France, pour préserver ses intérêts en Afrique.

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En accord avec l’Union Européenne, pour ne rien lâcher, la France  a  renforcé le «  Discours de la Baule »  par le recours à la  «financiarisation de la vie politique » dans nos Etats, à travers  le financement des partis publics sur fonds publics, et l’institution d’un Chef de l’opposition doté  d’avantages protocolaires et financiers, au prétexte de contribuer à de  meilleures conditions de lutte pour  l’Alternance démocratique dans la stabilité et la paix civile.

Ainsi, comme l’ont souhaité le FMI, la Banque mondiale et la France,  la lutte politique pour le contrôle du pouvoir exécutif dans le système politique de régime présidentiel hérité du colonialisme, est devenue, la seule préoccupation de nos classes moyennes, qui ont relégué à la périphérie,  les défis de parachèvement de l’Indépendance vis-à-vis de la France  par la  remise  en cause des « accords de coopération » signés au début des années 60, et de l’éradication de la pauvreté et des inégalités sociales que véhiculent les politiques d’austérité budgétaire.

Cette période a été aussi le moment, où le FMI et la Banque mondiale durent reconnaître l’échec des PAS, qu’ils ont attribué à la « mauvaise gouvernance » de nos Etats et à la corruptionmais   pas aux «  critères de convergence budgétaire » et à la libéralisation de leur Economie selon le « Consensus de Washington », pour développer le « Capitalisme libéral » dans le monde entier, y compris dans les pays en développement, dont les pays africains notamment.

 C’est dans ces conditions, que l’ambition politique de nos couches moyennes, s’est  limitée  à une compétition  pour se faire considérer  pour le candidat qui peut le mieux,  mettre en œuvre la «  Bonne gouvernance » et  la lutte contre la corruption, qui sont présentées comme les véritables moyens pour renouer avec la croissance et faire face au chômage et à la pauvreté

C’est ainsi que la lutte pour créer les conditions nécessaires à  l’accès au pouvoir pour une «  l’Alternance démocratique, »  la « Bonne gouvernance » et  la lutte contre la corruption, ont été érigés, pour la classe moyenne africaine  qui s’est fortement développée dans la période, en un « agenda politique  exclusif »  dans l’objectif de  sortir nos peuples de la pauvreté, en présentant le «Capitalisme libéral »  comme un «  horizon indépassable ».

4) Evolution de la trajectoire des luttes pour l’indépendance nationale à  partir de 2000

L’avènement de la Révolution informationnelle au début des années 2000, qui  a aggravé les contradictions économiques et sociales du Capitalisme libéral, illustrées par la crise des « subprimes » aux Etats Unis en 2008, du fait de l’incapacité des ménages de ce pays, à  faire face à leur dette hypothécaire, due à l’ampleur du chômage et de la perte de leur pouvoir d’achat,  n’a pas empêché  le FMI et la Banque mondiale de continuer à promouvoir les politiques d’austérité budgétaire  dans nos Etats, au point de détruire les services publics de base que sont l’Education et la Santé qui étaient à genoux avec les PAS, en aggravant le chômage par l’incapacité de nos pays à renouer avec une croissance forte en mesure de répondre à la demande croissante d’emplois, et de sortir nos populations de l’extrême pauvreté qui est pourtant leur objectif déclaré.

Le FMI et la Banque mondiale durent reconnaître implicitement cet échec, en réduisant leurs ambitions clairement définies dans leurs divers «  Programmes de Réduction de la Pauvreté » durant la première décennie de 2000, pour  se limiter  à un objectif nouveau : «  l’éradication de l’extrême pauvreté », sans jamais remettre en cause les politiques d’austérité budgétaire qu’ils imposent pour baliser le terrain   au développement du «  Capitalisme libéral ».

Cette incapacité d’éradiquer la pauvretéest congénitale au « Capitalisme libéral » comme l’ont prouvé aux Etats Unis, la crise des « subprimes » en 2008, et l’incapacité des grandes puissances occidentales Européennes, comme la France,  à mettre fin à l’aggravation  de la pauvreté et du  chômage dans leurs propres pays.

Cette dégradation des conditions de vie et de travail des populations du monde sous la coupe du « Capitalisme libéral » est couplée dans les pays  de l’UEMOA de l’aggravation de leur perte de souveraineté à cause du maintien  des « accords de coopération » avec France, auxquels se sont ajoutés  les «  critères de convergence budgétaires » dictés par le FMI et la Banque mondiale.

Ces «  accords de coopération » avec la France sont devenus de plus en plus anachroniques et polarisent de plus en plus l’opinion publique dans nos pays, surtout au sein de sa  jeunesse, permettant de reléguer  au second plan, les « critères de convergence budgétaire » qui, pourtant,  sont à la fois, la cause de l’incapacité de nos Etats à sortir du sous-développement, et une confiscation supplémentaire de la souveraineté de nos Etats.

De même, la lutte pour l’accès au pouvoir pour gérer le système présidentiel de pouvoir personnel, appuyée par  les projets de  financiarisation de la vie politique dans ces pays, continue de  polariser les couches moyennes, au détriment des aspirations du peuple à plus de souveraineté nationale, à plus de justice sociale et plus de démocratisation de nos institutions pour leur permettre d’exercer sur elles un «  contrôle citoyen », seule parade efficace de lutte contre la corruption.

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La réduction de la lutte pour la Démocratie à la seule lutte pour une démocratisation de l’accès au pouvoir, s’est détournée des aspirations  de nos peuples pour la démocratisation des Institutions du pouvoir, qui est pourtant la raison d’être de la première.

Aujourd’hui, cette réduction de la lutte pour la Démocratie a atteint ses limites sociales en permettant la manipulation des Institutions  pour devenir « Chef d’Etat à vie » démocratiquement élu !

L’arrivée de la pandémie de la Covid -19 en 2020 a fini de mettre à nu l’échec général du « Capitalisme libéral », en exposant ses effets néfastes sur la santé des populations, et son incapacité  à y faire face pour éviter une récession mondiale qui porte en elle,   un potentiel de destruction massive des forces de production humaine et matérielle dans tous les pays, y compris  dans ceux en développement.

 Par contre,  la  Chine avec  son développement fulgurant grâce aux succès de la construction de son «Capitalisme d’Etat » piloté par le Parti Communiste, a pu  éradiquer la pauvreté  et réduire  significativement les inégalités sociales, et  résister avec succès à cette pandémie, en renouant avec la croissance, là où las grandes puissances  du «  Capitalisme libéral » sombrent avec  de  forts taux négatifs de croissance économique et une aggravation de la pauvreté, des inégalités sociales et du chômage.

Ainsi, pour tenter de s’en sortir,  tous les pays du « Capitalisme libéral », ont dû  recourir au «  Capitalisme d’Etat », en reléguant aux calendres grecques, les politiques d’austérité budgétaire  imposés par les critères de convergence budgétaire issus du « Consensus de Washington.

Les pays d’Afrique, dont ceux de  l’UEMOA, peuvent donc trouver en la Chine, l’exemple d’un dépassement du «Capitalisme libéral», qui était jusqu’ici présenté comme « indépassable » !

Donc, après soixante ans d’Indépendance,  les pays de la Zone Francophone  d’Afrique ont  connu deux échecs : d’une part,   l’échec d’en finir avec la mainmise de la France sur nos Etats,   et, d’autre part,  leur incapacité partagée avec tous les autres Etats d’Afrique,  de lutter contre  la pauvreté et les inégalités sociales,   sous la férule du «  Capitalisme libéral ».

III) Conclusion :

Après deux  décennies de mise en œuvre, le « Discours de la Baule » et les politiques d’austérité budgétaires ont été incapables de sortir notre économie du sous- développement, nos peuples de la  pauvreté,  nos jeunes du chômage, et de promouvoir le « renouveau démocratique » auquel aspirent nos peuples pour prendre leur destin en main.

Plus que jamais, les « Accords de coopération » signés avec la France, et les politiques d’austérité  budgétaire  sont devenus les cibles qui devraient  rassembler les forces vives de nos peuples.

C’est ainsi que les « accords militaires » sont décriés depuis le Mali, et les « accords monétaires » font objet de rejet de plus en plus massif   à travers l’exigence de la réforme du CFA.

Quant aux politiques « d’austérité budgétaire » imposées par le biais de « critères de convergence budgétaire » issus du « Consensus de Washington, l’actuel Chef de l’Etat Sénégalais, le Président Macky Sall, a ouvertement plaidé pour leur révision, lors d’un «  Forum sur la Dette et le Développement » en Décembre 2019, face aux plus hautes Autorités du FMI, de la Banque mondiale et de l’ONU, en exigeant de « mettre fin aux chaînes qui nous empêchent de nous développer », tout en  appelant à un nouveau consensus, appelé le « Consensus  de Dakar » !

En outre, avec l’avènement de la Covid-19, il a remis dans l’agenda des forces vives africaines,  « l’exigence  de l’annulation de la dette africaine » ,  « de changement des conditions d’accès à la dette », et du « plafonnement jugé arbitraire de la dette publique » !

Ainsi, pour mettre fin à leur double échec historique,  les pays de l’UEMOA ont vu se dessiner les principaux axes  de lutte,  pour  relever les défis de recouvrement total de notre Indépendance  vis à vis de la France et des Institutions de Bretton Woods,  et  de  sortie du « Capitalisme libéral » , pour emprunter résolument la voix du « Capitalisme d’Etat », dans une république démocratique et citoyenne, mettant fin à la «  financiarisation de notre système politique »,  et en rétablissant l’expression libre et sans entrave du suffrage du peuple , le « rapprochement de Administrations aux Administrés » en leur dotant  de mécanismes  démocratiques de contrôle sur  leur Elus et  sur les Grands Commis de l’Etat.

Ce recentrage de la lutte pour la Démocratie est essentielle  pour éviter  prise en otage  de nos Institutions, par des bureaucrates appointés, exposés  la corruption.

De tels défis ne pourront pas être relevés de façon efficace et durable  isolément, dans chaque pays, pris individuellement.

Ce qui nécessite de le faire dans le cadre de l’UEMOA, en rétablissant les grands rassemblements politiques et syndicaux comme du temps de  l’AOF, pour créer les conditions nécessaires à une intégration régionale viable au sein de la «Communauté Economiques des Etats de l’Afrique Occidentale » (CEDEAO).

A cet effet, la libre circulation des citoyens et leur droit d’établissement dans chaque pays de l’UEMOA, offrent une opportunité de rassemblement de ses forces vives, pour relever ces défis historiques.

Ceux qui passent le plus clair de leurs temps à appeler à rassembler les forces pour lutter pour une Afrique fédérale, devraient au moins accepter de commencer à le faire au sein de l’UEMOA, pour ouvrir de véritables perspectives à cet  effet en passant par la CEDEAO.

 Qui peut le plus, peut le moins !

L’époque d’une deuxième lutte de libération nationale et sociale est ouverte !

                                             Ne la ratons pas.