Sunday, 25 September , 2022

Robert Manthoulis : le cinéma de l’exil

Feb 26, 2003

i-GR : En 1971, Melina Mercouri déclarait à Rome qu’elle participerait dans un film portant le titre “L’histoire de Lili” consacrée à la Résistance grecque dont vous alliez assurer la mise en scène avec un financement de Jules Dassin. Pourquoi a-t-il fallu 30 ans pour tourner ce film ?

Roviros Mantoulis : Il ne s’agit pas du même film. En effet, “en 1971, il était question de tourner un film avec le titre “Lili’s story. Ce n’est pas Jules Dassin qui la financerait mais il serait le producteur exécutif, avec le sens américain du terme. Le financement était assuré par ABC productions, une des sociétés d’Hollywood à cette époque. Nous avions écrit le scénario de ce film avec Georges Sevastikopoulos dans les studios de Boulogne où à l’époque Jules Dassin tournait un film. Finalement le film n’a pas réussi à se faire parce que ABC Productions a été dissoute. Ensuite, nous devrions le tourner en Roumanie, mais Ceaucescu a refusé parce qu’il avait signé un accord avec la junte des colonels en Grèce. Ainsi il n’a jamais été tourné. Aujourd’hui, ça n’aurait aucun sens de tourner le même scénario puisque son propos était de montrer la situation telle qu’elle se présentait à l’époque en Grèce. Cette situation n’existe plus maintenant. Le nouveau film qui porte le même titre, constitue les coulisses de l’ancien. C’est à dire qu’une partie traite du comment devait s’écrire le scénario et se tourner le premier film. C’est un film sur la fabrication d’un film inspiré de l’histoire d’une fille que nous avons appelé Lili et qui a vécu divers choses dans les bureaux de la Sécurité (services secrets de la Junte, ndlr), subi des tortures, fait des recours au Conseil de l’Europe, etc., et en parallèle il y a la vie des gens qui se sont occupé de toutes ces choses. Les coulisses du film et l’histoire personnelle des exilés politiques, amis et autres, sont le sujet du nouveau film. L’homme vie diverses situations et, plus la vie est dure, plus ces situations deviennent drôles. Cette partie dramatique, autant que la partie humoristique sont le sujet de mon nouveau film.

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i-GR : Vous êtes un cinéaste engagé. Croyez-vous qu’un tel film peut aujourd’hui trouver sa place dans le cadre dessiné par un cinéma international dominé par les films commerciaux américains ?

R. M. : Je n’emploierai pas le mot engagé avec le sens de l’art cinématographique engagé, celui qui se met au service d’une idéologie. Je n’ai jamais été engagé dans ce sens. Simplement, souvent, les sujets qui me préoccupent depuis que je fais du cinéma, avaient toujours une valeur historique et un poids important, au moins en ce qui concerne l’espace grec. Parce que nous avons toute une série de tragédies que le peuple grec a vécues : la dictature de Metaxas, l’Occupation, la guerre civile, la dictature. Pour moi, puisque j’ai vécu tout cela, ce sont des sujets qui me poursuivent, comme tous ceux qui sont de ma génération. Et bien entendu ils se retrouvent dans les films que je fais. En Grèce, par exemple, j’avais fait un film qui s’appelait “Haut les mains, Hitler !” qui traitait de l’occupation. Le “Vis à vis” traitait des événements de Juillet et de ce que nous préparait la junte. Ensuite, dans les documentaires que j’ai faits, je me suis occupé de manière encore plus sérieuse des aspects historiques. Mais à chaque fois, je prends les choses avec humour, sauf peut-être pour certains documentaires qui ne sont pas nécessairement humoristiques.

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Robert Manthoulis : disparition d’un maître grec du cinéma au XXe siècle

Par Fabien Perrier
Apr. 22, 2022

Le réalisateur Robert Manthoulis est décédé ce 21 avril à l’âge de 93 ans. Ses films s’emparaient de l’histoire de son pays, qu’il aimait disséquer, jusqu’à devenir, à sa façon, le cinéaste de la tragédie grecque au XXe siècle.

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« Le peuple grec a vécu toute une série de tragédies : la dictature de Metaxas, l’Occupation, la guerre civile, la dictature. Pour moi, puisque j’ai vécu tout cela, ce sont des sujets qui me poursuivent, comme tous ceux qui sont de ma génération. » L’homme qui parlait ainsi s’appelait Roviros Manthoulis – « Robert » en français, décédé ce 21 avril à l’âge de 93 ans. Dans son œuvre, dans ses livres, il s’emparait de l’histoire de son pays qu’il disséquait, qu’il analysait et qu’il donnait à voir. Sa vie fait corps avec celle de son pays et est empreinte de cette « série de tragédies ».

Né en 1929 à Komotini, dans le nord du pays, il grandit à Athènes puis s’engage dans la résistance. Au sortir de la guerre civile grecque (1946-1949), il effectue des études en sciences politiques dans la capitale. Il part ensuite aux États-Unis étudier le cinéma et le théâtre à l’université de Syracuse. De retour en Grèce, il enseigne la mise en scène à l’École supérieure de cinéma et de théâtre, à Athènes.

Il évoque ces différentes périodes dans ses films. Haut les mains Hitler ! (1962)évoque l’occupation, par exemple. Son quatrième film, Face à face, retrace de façon quasi prémonitoire la période qui mène à la dictature des colonels que subit la Grèce de 1967 à 1974. Cette histoire va même décider de son sort. Le 21 avril 1967, il présente Face à face au festival d’Hyères lorsque les militaires effectuent un coup d’État, fomenté avec l’aide de la CIA. Face aux journalistes, il prend position sur les événements dans son pays natal et ne peut ensuite plus y retourner, au risque d’être emprisonné. Cette histoire l’aura rattrapé jusque dans son dernier souffle.

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