Le Monde tronque une information capitale de l’affaire Skripal: la création d’une “No news”

23 Mar., 2018

Nous vous proposons dans ce billet une parfaite illustration du rôle non neutre des grands médias dans la fabrication de l’opinion publique, relai indispensable du pouvoir politique.

Nous vous avons proposé dans ce billet des interviews de grands spécialistes du poison dit “Novitchok”. La première est particulièrement importante : c’est celle du professeur Léonid Rink, réalisée par l’agence RIA. Nous vous recommandons de la lire, car nous allons analyser la façon dont le journal Le Monde en a rendu compte. Nous vous la remettons ici, si vous ne l’aviez pas lue.

I. Interview de Léonid Rink par RIA

Titre : « Les Britanniques ont pu empoisonner Skripal » – Interview de RIA Novosti avec le professeur Léonid Rink

Source : RIA Novosti, Léonid Rink, 20 mars 2018

Les autorités britanniques affirment qu’une arme chimique a été utilisée contre l’ex-agent du GRU (Direction Générale du Renseignement, service de renseignement militaire de Russie, NdT) Sergey Skripal et sa fille, et accusent directement la Russie. Le professeur Léonid Rink, docteur en chimie, faisait partie du groupe de concepteurs du système d’agents toxiques qui reçut, en Occident, le nom de “Novitchok” (“Petit nouveau” en russe). Dans une interview exclusive pour RIA Novosti le professeur Rink explique pourquoi il est absurde de parler de formule du “Novitchok”, comment cette technologie est devenue accessible et ouverte à tous et pourquoi Londres refuse de fournir à Moscou des échantillons de “l’affaire Skripal”.

— Étiez-vous impliqué dans la conception de ce que les autorités britanniques nomment le “Novitchok” ?

— Oui. Cela a servi de base à ma thèse de doctorat. Je travaillais alors à Chikhany (ville proche de la frontière ouest du Kazakhstan, NdT) dans une antenne du GosNIIOKHT (Institut d’Etat de recherche scientifique en chimie organique et technologie qui s’occupait du développement de l’armement chimique à l’ère soviétique, NDLR) en tant que chercheur principal et chef de laboratoire.

En tout, j’ai travaillé là-bas 27 ans, jusqu’au début des années 90. Plus tard, je me suis occupé uniquement de projets biochimiques civils. Le projet “Novitchok” a mobilisé un groupe conséquent de spécialistes en technologie, toxicologie, biochimie, à Chikhany et à Moscou. Il fallait synthétiser un prototype, ensuite satisfaire une dizaine de milliers de conditions, afin que le dispositif soit efficace et fiable pour tout type d’utilisation. Et en fin de compte, nous avons obtenu de très bons résultats.

D’ailleurs, en Union Soviétique et en Russie, il n’existait pas de programme de conception d’arme chimique qui s’appelait “Novitchok” [NdR : “Nouveau venu”]. Des programmes de développement de munitions chimiques existaient bien, mais pas sous ce nom. Dès qu’un programme s’achevait, on le passait aux militaires qui lui donnaient un nom. Ce nom pouvait être n’importe lequel.

Entre autres, il y avait un registre avec le terme “Novitchok“. Il comprenait divers systèmes de combat utilisant des formules et des mécanismes d’action différents, répertoriés par des numéros, par exemple: “Novitchok-1“, “Novitchok-2“, “Novitchok-3“. C’est-à-dire qu’il n’existait pas de substance distincte dénommée “Novitchok“. Comme il n’existait pas de projet de conception portant ce nom. C’est plutôt un système de codification et d’enregistrement. Il est absurde de parler de formule du “Novitchok” et de projet dénommé ainsi.

— Les médias occidentaux désignent le chimiste Vil Marzayanov, qui a immigré aux États-Unis, comme le concepteur de cette arme. A-t-il participé à sa mise au point ?

— Non, et, d’ailleurs, lui même l’écrit en toute honnêteté. Il était juste chromatographiste (chimiste qui s’occupe de la séparation et de l’analyse de différents mélanges – NDLR). Il n’avait même rien à voir avec les travaux analytiques dans ce domaine. Mais il dirigeait le service de lutte contre les services de renseignements techniques étrangers, il protégeait nos études, et c’est pour cela qu’il avait tous les accès. Il ne participait pas aux discussions sur les systèmes en projet, et n’avait rien à voir avec leur conception. Malgré tout, dans la mesure où les scientifiques parlent de tout entre eux, il était au courant.

Mirzayanov était le directeur scientifique de certains de nos chromatographistes à Chikhany, c’est pourquoi il venait parfois chez nous à la maison, nous faisions du ski ensemble et nous nous sommes liés d’amitié. Qu’on l’ait laissé sortir du pays et qu’il ait alors commencé à divulguer les secrets qu’il connaissait, c’est la faute de ceux qui l’ont laissé partir.

— Le gouvernement britannique accuse la Russie…

— La Russie n’a aucun mobile, c’est évident. D’une part, monsieur Skripal a été littéralement “essoré” par les deux parties, c’est-à-dire qu’il a livré aux Russes tous ses contacts anglais, et aux Anglais tout ce qu’il savait en URSS. Il ne présentait aucun intérêt pour Moscou. D’autre part, c’est un moment vraiment très malvenu pour la Russie. À quelques jours des élections, et peu avant le Championnat du monde de football.

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De plus, étant donné que tous les acteurs de cet incident sont encore en vie, il est difficile de croire que les Russes sont impliqués : une telle incompétence de la part des prétendus agents est tout simplement risible et inacceptable. Et, le plus important, même le plus incompétent des agents russes n’ira pas utiliser le seul poison d’origine russe avec un nom russe, de surcroit. Il y a plein d’autres produits bien plus adaptés pour ça. Tirer sur un homme inutile avec une fusée surpuissante, et en plus le rater, c’est le summum de la bêtise.

— Le journal The Telegraph, se référant à des sources dans les services secrets britanniques écrit que les affaires de la fille de Skripal auraient été empoisonnées déjà à Moscou.

— C’est absolument n’importe quoi ! Ce que l’on écrit sur le transport de l’échantillon dans la valise de la fille est une ânerie totale, car dans ce cas, elle ne serait même pas arrivée jusqu’à Londres.

— C’est-à-dire que l’effet est immédiat ?

— Oui, il ne s’agit pas d’un produit à action cumulative, c’est un poison ordinaire.

— Est-il possible d’identifier de quel produit il s’agit ?

— Bien sûr, tout peut être identifié. Et il est absolument certain que ce genre de spécialistes existe en Grande-Bretagne. Ce sont justement eux, selon moi, qui auraient pu traiter les affaires de Skripal et de sa fille.
Ou bien certaines choses au cimetière. Naturellement, on devait savoir là-bas que ces jours-ci Skripal irait au cimetière. Cela aurait facilement pu être fait par les Britanniques eux-mêmes.

— Ont-ils accès à cette technologie ?

— Évidemment. Elle est facilement accessible à des professionnels ! Pour n’importe quel pays qui possède des armes de destruction massive, pour la Grande-Bretagne, les États-Unis, la Chine et tous les pays développés qui ont un minimum de “chimie”, créer une telle arme ne pose aucun problème ! Pourquoi les Britanniques ne donnent-ils pas un échantillon à Moscou ? Parce que malgré tous les efforts des spécialistes, la technologie sera toujours un peu différente. C’est une sorte de “signature”. On verra tout de suite qu’il ne s’agit pas de technologie russe. Certes, les taux de concentration des composants peuvent être extrêmement faibles et les composants légers, qui sont nombreux, se sont probablement déjà volatilisés. Ils ne pouvaient pas connaître toutes les finesses du système, la teneur de nombreux composants.

Cela même Vil Mirzayanov ne pouvait pas le savoir. C’est pour cela qu’un échantillon de Salisbury – c’est comme une empreinte digitale pour un criminaliste. On peut tout de suite dire que ça n’a pas été “cuisiné” en Russie.

— Pourquoi les Britanniques ne donnent-ils pas un échantillon à Moscou ? Parce que malgré tous les efforts des spécialistes, la technologie sera toujours un peu différente.

— C’est une sorte de “signature”. On verra tout de suite qu’il ne s’agit pas de technologie russe. Certes, les taux de concentration des composants peuvent être extrêmement faibles et les composants légers, qui sont nombreux, se sont probablement déjà volatilisés. Ils ne pouvaient pas connaître toutes les finesses du système, la teneur de nombreux composants. Cela même Vil Mirzayanov ne pouvait pas le savoir. C’est pour cela qu’un échantillon de Salisbury – c’est comme une empreinte digitale pour un criminaliste. On peut tout de suite dire que ça n’a pas été “cuisiné” en Russie.

Pour le moment, tout le monde est en vie. Cela veut dire que soit ce n’est pas notre système, soit il a été mal préparé ou sa mise en application bâclée. Ou alors, les Anglais ont utilisé un antidote juste après l’empoisonnement, mais pour cela, il fallait savoir exactement avec quoi on empoisonne.

— Cette technologie est-elle à la portée d’une grosse société chimique privée ?

Bien sûr, n’importe quelle société pharmaceutique ou chimique est capable de le faire dans ses laboratoires. Mais reproduire la formulation exacte, il y a peu de chances que quelqu’un y arrive.

—De quelle façon a-t-elle cessé d’être secrète ?

— Et bien, c’est grâce aux efforts de Vil Sultanovich (Mirzayanov, NdR) ! Il a rendu publiques toutes les formules. Il y a aussi quelques personnes, connaissant cette technologie, qui ont quitté la Russie dans les années 90. J’en connais cinq. Ces autorisations de sortie du territoire, comment dire, nous ont pas mal interpelés dans notre institut.

— Si cette technologie est maintenant publique, pourquoi Londres a-t-il eu besoin d’affirmer publiquement qu’il s’agit précisément du “Novitchok” ?

— Parce qu’à lui seul, ce nom mène à la Russie, plus exactement à l’URSS. Pour un spécialiste, l’implication de Moscou sur cette base est absurde, mais cela peut avoir un impact sur l’habitant occidental moyen, et c’est le but.

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Source : RIA Novosti, Léonid Rink, 20 mars 2018

II. La présentation de cette interview par Isabelle Mandreau, du journal Le Monde

On peut prendre avec plus ou moins de recul les déclarations de Léonid Rink, faire preuve en somme d’un doute raisonnable, mais il est clair que cet homme est très compétent, et on ne peut qu’admettre que son interview est très claire. Ainsi, nous retiendrons les éléments suivants :

  1. il reconnait qu’il existait bien un programme militaire qui a créé des armes chimiques très dangereuses ;
  2. le nom “Novitchok” ne veut pas dire grand-chose ;
  3. les formules sont désormais publiques ;
  4. n’importe quel grand État voire grande entreprise chimique privée peut en produire ;
  5. on ne peut accuser la Russie en se basant simplement sur la composition du produit ;
  6. des analyses de la Russie permettraient d’apporter des pièces (évidemment à discuter) au débat, car ce produit dispose d’une sorte d’empreinte digitale.

Voici le compte rendu qu’en fait Isabelle Mandreau, correspondante du journal Le Monde en Russie, que vous pouvez lire ici.

Le Monde : « En Russie, des témoignages accablants sur le programme “Novitchok” »

Malgré les démentis des autorités de Moscou, l’existence de l’agent innervant est corroborée par des scientifiques qui ont travaillé à sa conception.

De quoi Novitchok est-il le nom ? De rien, assurent les autorités russes, qui démentent avec constance l’existence même d’un agent innervant Novitchok (« petit nouveau » en russe), suspecté d’être à l’origine de l’empoisonnement de Sergueï Skripal, l’espion retrouvé inanimé le 4 mars avec sa fille Ioulia à Salisbury, en Angleterre. « Je peux dire avec certitude qu’aucun programme de développement d’agents chimiques Novitchok n’a jamais existé, ni en URSS ni en Russie », proclamait le 15 mars Sergueï Riabkov, le vice-ministre des affaires étrangères. « Jamais ni du temps de l’URSS ni du temps de la Russie », répétait deux jours plus tard sa porte-parole, Maria Zakharova.

Un scientifique a apporté, mardi 20 mars, un élément de réponse. « Novitchok n’est pas une substance chimique, c’est tout un système d’armes chimiques, affirme Leonid Rink, cité par l’agence Ria Novosti. Le système adopté en URSS s’appelait Novitchok-5, ajoute-t-il. Sans ce chiffre, ce nom n’était pas utilisé. » Moscou a-t-il joué sur cette subtilité ? Il ne fait pourtant guère de doute qu’un tel programme a bien existé dans l’ex-URSS.

Chargé de recherche et chef de laboratoire, Leonid Rink a travaillé vingt-sept ans à Chikhany, dans la région méridionale de Saratov, dans une filiale de l’Institut national de recherche scientifique de chimie organique qui développait, à l’époque soviétique, des armes chimiques. Et il déclare : « Un très grand groupe de spécialistes travaillait sur Novitchok à Chikhany et Moscou. Des techniciens, des toxicologues, des chimistes… Il était nécessaire de synthétiser un échantillon et de suivre ensuite dix mille règles pour que le système soit efficace et durable via tous les moyens d’utilisation. Et finalement, nous avons obtenu de très bons résultats. »

Les confidences de Leonid Rink à l’agence s’achèvent ainsi : « Pour l’instant, tout le monde est vivant [au Royaume-Uni, Sergueï Skipal et sa fille sont toujours hospitalités dans un état critique], donc soit ce n’est pas du Novitchok, soit il a été mal fait. »

Quelques instants plus tard, peut-être effrayée par l’écho qu’a suscité cet entretien recueilli par ses soins, l’agence Ria a modifié son contenu en précisant que le scientifique faisait « partie d’un groupe de créateurs d’un système nommé par l’Occident “Novitchok” ». Dans la foulée, l’agence a publié sur son site Internet un autre article, basé sur des sources anonymes, intitulé : « En Russie, et en URSS, il n’y avait pas de programme Novitchok ».

[Fin de la partie relatant l’interview de Léonid Rink ; suivent quelques éléments tirés de l’interview de Vil Mirzaïanov, qui indique toutefois : A l’époque soviétique, « nous n’existions pas, nous étions en dehors du cadre légal »”]

Source de l’extrait : Le Monde, 20/03/2018

III. Analyse

On constate donc que Le Monde a choisi sciemment, mais sans avoir à user du moindre mensonge, de ne pas rapporter tous les éléments qui contredisaient la narrative gouvernementale, à savoir que la formule est publique, et à la portée des grands pays voire même des grandes sociétés privées. Et que pour Rink, le scénario avancé ne semble pas tenir debout, comme en témoigne sa métaphore “Tirer sur un homme inutile avec une fusée surpuissante, et en plus le rater, c’est le summum de la bêtise”.

On jugera de plus le ton et l’orientation de l’article, sans nuance, à charge contre Moscou.

De tout ceci, le lecteur du Monde n’en saura rien, aucun autre article n’en ayant parlé :

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Faute de temps et de bras, nous n’avons pas enquêté sur les déclarations de Moscou démentant l’existence de ce programme d’armes chimiques, critiquées par la journaliste (vous pouvez cependant enquêter et en discuter en commentaire, ce serait très utile).

Mais il est fort probable que Moscou affabule aussi de son côté, notamment en jouant sur les mots. On parle ici d’un ancien programme militaire stratégique Top Secret, et réalisé en plus “en dehors du cadre légal” ; et Le Monde voudrait que La Russie avoue tout et donne tous les détails, à cause de l’empoisonnement à l’étranger d’un de ses anciens espions ? Mais imagine-t-on la presse russe attendre que le gouvernement anglais livre de nombreux secrets militaires, car un traitre anglais aurait été empoisonné à Moscou ?

On notera que, comme Le Monde, Le Parisien ne parle pas de ces éléments importants.

C’est d’autant plus intéressant que l’AFP et d’autres journaux, sans être pour autant absolument complets, n’avaient au moins pas escamoté l’ensemble de ces faits essentiels, comme ici Le Figaro :

“M. Rink affirme toutefois ne pas croire que la Russie soit derrière l’empoisonnement de Sergueï Skripal. Selon le chimiste, la technologie du “Novitchok” est accessible “pour n’importe quel État développé” ou grande compagnie pharmaceutique. “Développer une telle arme ne présente aucun problème”, affirme-t-il.”

ou Europe 1, qui donne encore plus de détails :

“Un grand groupe de spécialistes développait le Novitchok à Moscou et à Chikhany : des techniciens, des toxicologues, des biochimistes. (…) Nous sommes parvenus à un très bon résultat”, raconte cependant Leonid Rink. Ce dernier affirme toutefois ne pas croire que la Russie soit derrière l’empoisonnement de Sergueï Skripal, hospitalisé dans un état critique, car elle sait que l’utilisation même du “Novitchok” permettrait de remonter jusqu’à elle. “Tirer sur un individu qui ne présente pas d’intérêt avec un missile d’un tel calibre et ne pas parvenir malgré tout à le toucher, c’est le summum de la stupidité”, estime-t-il. Selon le chimiste, la technologie du “Novitchok” est accessible “pour n’importe quel État développé” ou grande compagnie pharmaceutique. “Développer une telle arme ne présente aucun problème”, affirme-t-il.

On a en gros les mêmes mots sur L’Obs et le Huffington Post ; 7sur7.be a sans doute repris la dépêche AFP telle quelle :

“Un grand groupe de spécialistes développait le Novitchok à Moscou et à Chikhany: des techniciens, des toxicologues, des biochimistes. (…) Nous sommes parvenus à un très bon résultat”, raconte cependant Leonid Rink à Ria-Novosti.

Selon lui, ce système était nommé pendant la période soviétique “Novitchok-5”. “Cette appellation n’était jamais utilisée sans le chiffre qui lui était accolé”, précise-t-il.

Une technologie accessible à “n’importe quel État développé”
M. Rink affirme toutefois ne pas croire que la Russie soit derrière l’empoisonnement de Sergueï Skripal, hospitalisé dans un état critique, car elle sait que l’utilisation même du “Novitchok” permettrait de remonter jusqu’à elle. “Tirer sur un individu qui ne présente pas d’intérêt avec un missile d’un tel calibre et ne pas parvenir malgré tout à le toucher, c’est le summum de la stupidité”, estime-t-il.

Selon le chimiste, la technologie du “Novitchok” est accessible “pour n’importe quel État développé” ou grande compagnie pharmaceutique. “Développer une telle arme ne présente aucun problème”, affirme-t-il.

Interrogé mardi par l’AFP sur cet entretien publié dans une agence d’État, le ministère russe des Affaires étrangères s’en est tenu à sa position: “il n’y a eu aucun programme de recherche et développement sous le nom ‘Novitchok’”.

(P.S. si un journaliste y a accès, merci de me la faire parvenir)

IV. Conclusion

On observe donc que l’AFP a produit une dépêche qui, sans être parfaite, était tout de même à peu près honnête. Le Figaro l’a caviardée en gardant des points importants, alors que le Monde en a carrément supprimé l’essentiel, de sorte à retirer tout ce qui compromettait sérieusement le discours des États britannique et français. C’est ici un exemple éloquent que la désinformation n’est pas qu’une affaire de « fake news », mais bien aussi de « no news ». C’est-à-dire que tronquer l’information, la décontextualiser et la priver de son essence peut être aussi préjudiciable qu’une affabulation en bonne et due forme.

Il s’agit bien ici d’un échantillon de propagande qui constitue une entrave importante à la compréhension de l’opinion publique d’un évènement qui pourtant revêt une grande importance.

Ceci est inexcusable.

 

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