Koufontinas : la Grèce retient son souffle

par Yannis Youlountas

40 ans après Bobby Sands sous Thatcher, Koufontinas n’a plus que quelques heures à vivre sous le régime de plus en plus autoritaire de Mitsotakis, malgré de très nombreuses protestations.

Déjà affaibli par une longue grève de la faim (en raison du changement brutal de ses conditions de détention et de la remise en question de sa perspective de libération conditionnelle à l’automne prochain), le prisonnier communiste révolutionnaire est entré en grève de la soif depuis plusieurs jours et refuse désormais l’ultime hydratation apportée par la perfusion d’antibiotique, ainsi que toute réanimation s’il perd connaissance. Il est donc condamné à mourir dans les prochaines heures.

Ses dernières paroles ont été la lecture d’un poème de Yannis Ritsos : « Souvenez-vous de moi. J’aurai marché des milliers de kilomètres, sans pain et sans eau, sur des pierres et des épines, pour vous apporter du pain, de l’eau et des roses » (Épilogue, 1987)

En ces heures, Koufontinas ne subit pas seulement la vengeance des familles Mitsotakis et Bakoyannis. Il est aussi un exemple retentissant. Un exemple que veut faire le nouveau gouvernement dans sa cruauté. Un exemple à destination des opposants les plus radicaux du régime, particulièrement révoltés par les évacuations massives, le creusement des inégalités et la répression féroce depuis des mois.

Parmi les nombreux artistes et cinéastes qui appellent l’État à cesser son acharnement contre le prisonnier politique, Aris Chatzistefanou (Debtocracy, Catastroïka…) y voit également une menace contre d’autres après lui : « Si nous laissons assassiner Koufontinas, ensuite, ce sera notre tour, un par un, avec, pour commencer, probablement Rouvikonas. »

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De son côté, Costa Gavras a exhorté le premier ministre grec à remplir ses obligations et non régler ses comptes, en appelant à « l’humanisme » et à « l’état de droit ».

Dans toute la Grèce, la moindre manif est actuellement stoppée dès sa formation, sitôt qu’elle se rassemble à ce sujet. La moindre banderole est arrachée. Les arrestations sont nombreuses depuis plusieurs jours et la colère gronde.

Hier, dans le journal Efsyn, l’avocat Kostas Papadakis a écrit une tribune très partagée : « Qui a intérêt à la mort de Koufontinas ? » dans laquelle il parie qu’en cas de décès imminent, des émeutes se déclencheront et qu’elles seront « plus intenses encore qu’en 2008, à la mort du jeune Alexis Grigoropoulos. »

Difficile en réalité de prévoir ce qui va se passer. Il semble tout de même difficile d’éviter la mort prochaine du célèbre prisonnier, avec toutes les conséquences que cela va provoquer. Un catalyseur pour le mouvement social ? Un prétexte pour le pouvoir répressif ? Le nouveau ministre de la police, transfuge de l’extrême-droite, se frotte déjà les mains. Un anarchiste athénien m’a dit cet après-midi : « Le pouvoir cherche l’affrontement, il nous pousse à bout pour nous faire la peau. »

Partisans ou pas de Koufontinas, beaucoup se demandent partout en Grèce ce qui va se passer dans les prochaines heures. 40 ans après la mort de Bobby Sands à cause de la cruauté de Thatcher, Mitsotakis se prépare à épingler une médaille de chair et de sang au revers de sa veste. Hors des frontières, personne ne dit rien, excepté une lettre collective de 6 députés européens (5 Left et 1 Green). Alors que la France a envoyé son porte-avions au large de la Crète pour faire des manœuvres avec l’armée grecque ces jours-ci (et la préparer à utiliser le Rafale), Macron n’est évidemment pas intervenu pour demander un peu de magnanimité à l’égard du célèbre prisonnier. Le pouvoir est le même partout. Il nous piétinera tant que nous accepterons de nous soumettre, tant que nous aurons peur, tant que nous laisserons nos camarades mourir dans ses entrailles.

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