Grèce: inquiétudes sur la protection des résidences des personnes endettées

Par Charlotte Stiévenard

En Grèce, malgré la fin des mémorandums, un nouveau bras de fer oppose le gouvernement d’Alexis Tsipras à ses créanciers. Il porte sur la protection de la résidence principale des personnes endettées.

de notre correspondante à Athènes,

Jusque fin février, les Grecs qui n’arrivaient plus à rembourser leurs prêts pouvaient demander à la justice de protéger la maison dans laquelle ils vivent. La loi Katseli définissait les critères de revenus et de valeur de la propriété pour bénéficier de cette protection. Les personnes endettées pouvaient ainsi éviter une vente aux enchères de leur résidence principale. Le système avait été mis en place en 2010, au début de la crise. Il s’agissait d’éviter que beaucoup de Grecs, ruinés, ne se retrouvent à la rue dans un pays où, selon Eurostat, près de 70 pour cent des habitants sont propriétaires et où les logements sociaux sont quasiment inexistants.

Mais le problème, c’est que les banques se retrouvent ainsi avec une grande quantité de « prêts rouges »

Oui, c’est ainsi que l’on appelle les emprunts qui ne sont plus remboursés. Selon des chiffres de la Banque de Grèce, au début de la crise en 2010, environ un emprunt sur dix appartenait à cette catégorie. Aujourd’hui, quatre emprunts sur dix sont concernés. Les créanciers du pays demandent donc au gouvernement grec de permettre aux banques de récupérer leur argent. Et une des solutions, est donc de faciliter les ventes de ces maisons bloquées à par de longues procédures juridiques. A l’automne dernier, toujours selon la Banque de Grèce, 150 000 citoyens endettés avaient demandé à la justice de protéger leur résidence principale, ce qui représentait environ 15 pour cent des « prêts rouges ».

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Une nouvelle loi en chantier

Le gouvernement travaille sur une loi qui doit remplacer la loi Katseli qui protège ces résidences principales. Elle doit être proposée au Parlement dans les prochains jours, mais les négociations, qui durent depuis plusieurs semaines avec les créanciers du pays, semblent difficiles. Il y a trois jours, Declan Costello, le chef de mission de la Commission européenne à Athènes déclarait à la presse grecque qu’il y avait encore du chemin à faire. Il s’agirait d’éviter les écueils de la loi précédente, notamment le recours systématique à des procédures juridiques. Créer, un système plus « automatique » en quelque sorte.

L’association Ekpizo qui vient en aide aux personnes endettées s’inquiète d’un durcissement des critères retenus. Lina Linardatou, une de leurs avocates, explique que « La crise n’est pas finie. Le chômage est toujours haut et les salaires sont toujours bas. ». Elle estime que « les conditions économiques qui permettraient à ces gens de rembourser leurs dettes comme ils le faisaient avant la crise ne sont pas revenues ».

Malgré la fin des mémorandums, la Grèce continue d’être surveillée de près

C’est le mécanisme de surveillance renforcée. Ce n’est pas un mémorandum officiellement, mais la Grèce attend toujours le versement d’une nouvelle tranche d’aide et les créanciers la conditionnent toujours à de nouvelles réformes, notamment sur cette loi Katseli, les privatisations ou encore la révision de l’assiette fiscale.

http://www.rfi.fr/emission/20190323-grece-inquietudes-protection-residences-personnes-endettees