Elections européennes, pour quelle Europe ?

Par Danielle RIVA
13 Février 2024

Entre Trump et Biden, deux Amériques s’affrontent. Ils s’affrontent mais restent unis sur le rôle prééminent des Usa dans le monde. L’un, Trump, genre mafiosi qui a tout d’un Berlusconi : les femmes, l’argent, les magouilles, les procès, sauf qu’il ne chante pas, est plus imprévisible. Il veut mettre fin à la guerre Russo/ukrainienne et ne « veut plus être le gendarme du monde » mais quel crédit lui accorder ? Comment pourrait-il museler le complexe militaro-industriel et financier qui assure encore la domination des Usa ?

L’autre, Biden, politicard de longue date, a soutenu toutes les guerres américaines et tient à celle-ci, la sienne, mais il relâche son appui ukrainien pour courir vers son autre guerre et sauver Israël aux prises avec le Hamas, tout en préparant un affrontement périlleux contre la Chine à son tour décidée à jouer un rôle décisif dans le monde.

Dans ce contexte, la guerre avec la Russie pouvait-elle ne pas avoir lieu ? Oui, si Biden et son administration avaient rassuré les Russes sur la non adhésion de l’Ukraine à l’Otan et donc sur sa neutralité.

La Paix du monde dépend de ces deux-là guidés en réalité par une même culture impérialiste. Trump n’a-t-il pas décidé, par exemple, par le fait du prince, de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem, un signe manifeste de son mépris pour les Palestiniens ? Ou encore de se retirer de l’accord nucléaire avec Téhéran ? Or, ces derniers temps, le monde n’a pas totalement réagi comme d’habitude en s’inclinant devant l’Empire. Au contraire, de nouvelles alliances se mettent en place entre pays « non belligérants », de l’Afrique à l’Asie en passant par l’Orient. La Russie qui devait être isolée, ne l’est plus.

L’alliance Europe/Usa et autres pays anglo-saxons, conduit l’UE vers une impasse mortelle : la guerre, rien que la guerre. Pour s’en convaincre, il suffit de suivre l’évolution des dirigeants l’UE. Le « libre marché » devait lui assurer paix et prospérité, mais au prix de son indépendance politique. Qu’est-elle devenue ? Un nain politique, le bouffon de l’Empire. L’heure des « Nations et des Peuples unis européens » ne serait-elle pas enfin arrivée ?

« L’Europe, c’est la Paix » ?

Guerre Ukraine/Russie, un bilan désastreux !

La « Pax Europeae » entre les mains d’Ursula Von der Leyen s’est transformée en un assaut walkyrien outrancier anti Russe pour armer une Ukraine et un chef d’Etat – sans expérience politique ni militaire, entouré de mafieux et de quelques groupes paramilitaires nostalgiques du Reich – qui abandonna avec confiance sa jeune souveraineté (née en 1991 de l’effondrement de l’Urss) entre les mains des Américains (Victoria Nuland et Jo Biden à Maïdan en 2014) et celles des Britanniques. Boris Johnson s’est précipité à Kiev (en avril 2022) pour empêcher Zèlensky de signer un compromis avec Poutine ! Il est indéniable que ceux-là poussèrent l’Ukraine dans cette bataille « nationaliste », « jusqu’au dernier des Ukrainiens » comme le dit Zèlensky qui ne montre encore aucun désir de Paix.

Bataille que l’Ukraine va certainement perdre (de même que ses parrains Américains, ont perdu toutes leurs guerres). C’est une évidence, l’Ukraine n’a pas les reins assez solides pour une guerre seule contre la Russie. Le différentiel est visible entre le potentiel russe en hommes, en armes, son nucléaire, et le soutien ou la neutralité d’une partie du monde « non engagé » dans ce conflit, et celui d’une Ukraine, certes encadrée par les Usa (ils continuent à l’affirmer) mais qui s’orientent vers d’autres conflits en cours ou à venir. Washington commence à douter de la victoire Ukrainienne si coûteuse en armements et en soldats ukrainiens tout simplement parce que ses intérêts majeurs sont ailleurs, en Israël, au Moyen et Grand Orient, et en Asie. Et ils souhaitent déléguer à l’UE la charge de ce conflit. Mais quel est le peuple européen qui voudrait s’engager dans une guerre qui n’est pas la sienne et de surcroît contre la Russie ?

Pour les « élites » bellicistes de l’Otan, de l’UE et surtout des Usa – qui n’ont pas digéré la fin de leur débandade militaire en Afghanistan et qui ne peuvent en conséquence s’engager directement et envoyer leurs « Boys » sur le terrain (même si Biden évoque cette possibilité) – cette guerre c’était malgré tout un coup à tenter pour réduire l’influence russe dans le monde avec l’espoir de la spolier d’une partie de ses richesses, en s’impliquant cyniquement par l’intermédiaire du peuple ukrainien. Une bataille qui affiche déjà, après 2 ans de conflit, le sacrifice de presque toute une génération, des morts et des handicapés.

Plus tard, les Ukrainiens seront en droit de demander des comptes à Zèlensky. Déjà des dissentions s’expriment entre Zèlensky et son chef des armées, Valeriy Zaluzhny, sur la conduite de la guerre. Ce dernier, très populaire dans la société ukrainienne pour son « parler vrai », et son opposition à la conduite de la guerre, vient d’être limogé, ce qui révèle plutôt un Zèlensky prêt à prendre en mains tous les pouvoirs y compris le militaire, une tradition toute russe de… l’« autocratie ». Ce qui est toujours dangereux quand un chef d’Etat en arrive à faire cela !

Cette guerre pouvait-elle être évitée ? Oui, par un accord entre la Russie et l’Ukraine. C’était possible même si les « accords de Minsk » en 2015 sont un échec ; les uns et les autres voulaient en réalité donner du temps à l’Ukraine pour son armement, comme l’a reconnu Angela Merkel en décembre 2022, après avoir quitté la chancellerie. Tromperie et rouerie ont échaudé les Russes qui ont fini par décider d’entrer dans le Donbass en 2022.

[Le Donbass est une région pro-russe qui n’a jamais vraiment reconnu l’autorité de Kiev. Cependant un référendum pour une autonomie relative reconnaissant cette particularité fut décidé en 1994. Il donna 90% de la population Pour. Mais ne fut jamais appliqué par le pouvoir ukrainien et ses acolytes. Quand Maïdan éclata, en 2014, un premier affrontement fratricide sauvage entre pro-russes et ukrainiens se solda par la mort de 3350 civils, 4000 soldats ukrainiens et 5650 pro-russes (chiffes de l’ONU) et les exactions de quelques groupes néo-nazis. C’est l’élément clé qui décida Poutine à intervenir plus tard.]

Les Etats Européens – sauf la Hongrie et récemment la Slovaquie qui ne veulent pas faire la guerre contre la Russie mais conserver des relations de bon voisinage et de commerce – se sont engouffrés – extrêmes droites comprises – plus ou moins rapidement derrière l’Otan et la position anglo-saxonne sans réfléchir aux conséquences économiques, sociales, militaires, énergétiques, et au danger nucléaire (avéré ou non ?), tout à fait possible en raison de leur nouveau militarisme à courte vue.

Et chacun d’y aller de son petit plus dans une fébrilité incroyable, sans aucun recul ni rationalité.

L’Allemagne, sous l’impulsion des Verts, retrouve des accents guerriers et décide de 100 milliards pour « reconstruire et moderniser son armée », la France fait mieux avec un budget militaire de 410 milliards sur 7 ans, quant aux Britanniques, à les entendre, ils sont déjà sur le front aux côtés des Ukrainiens prêts à utiliser les missiles nucléaires de leur aéronavale ! (Quoique…, si l’on pense à l’attaque du pont reliant la Crimée à la Russie pourrait être en partie l’œuvre des Britanniques qui disposent d’une flotte de sous-marins modernes et d’un personnel militaire adaptés).

Bref, il faut « avoir peur de la Russie » et se défendre : « la Russie veut attaquer « l’occident » et les pays de l’UE ». Toutes les chaînes télé et radio européennes, sans parler de la presse, affichent de concert cette même litanie ! Il n’y a là rien de nouveau, hélas !

L’origine de cette stratégie « défensive » de cet « occident », contre une Russie qui serait expansionniste et mal intentionnée, remonte à la « guerre froide » pensée en 1946 par Truman, avec sa théorie de « l’endiguement » qui a donné par la suite à Washington l’aval pour une soixantaine guerres américaines aussi meurtrières les unes que les autres. (Comment les Etats unis ont fait le monde à leur image, Perry Anderson, Agone, 2015)

La Russie voulait-elle conquérir la totalité de l’Ukraine, ? Elle se cantonna assez rapidement à l’Est majoritairement russophile et russophone. On voit mal comment elle pourrait conquérir d’autres territoires, sauf à y faire des incursions rapides, inattendues, comme en Géorgie en 2008, pour défendre l’indépendance de la minorité russe. Ou encore, utiliser ses armes nucléaires, sans être touchée elle-même par les retombées de ses explosions ?

Read also:
NATO returns to Libya to challenge Russia

L’Urss ne l’a pas fait quand en 1962 a éclaté l’affaire des « missiles de Cuba » entre Kennedy/ Khroutchev/Castro ! La Russie ne le fera pas plus en 2024/2030.  Par contre, il est vrai que si l’Otan met ses menaces à exécution d’agir directement sur le sol Russe, comme le laisse entendre Biden dans sa campagne, la Russie pourrait frapper pour défendre son territoire, qu’elle estime déjà menacé par un encerclement réel et visible par les bases et les armes de l’Otan ! Or la Russie est déjà frappée directement par les armes européennes envoyées aux Ukrainiens.

Les Européens ont du mal à comprendre que Poutine fasse aussi de la politique.

Dans une interview télévisée de Poutine très attendue, de deux heures, donnée à Moscou le mardi 7 février, à l’ex-journaliste américain vedette de Fox News, Tucker Carlson, le président russe a été plus direct que d’habitude sur la façon dont il voit son invasion de l’Ukraine se terminer : non pas par une victoire militaire, mais par un accord avec l’ « Occident. « Poutine appelle les États-Unis à « négocier » sur l’Ukraine » (New York Times 8 février 2024)

La présidence ukrainienne n’en a cure et périodiquement les soldats ukrainiens tirent sur la Russie ouvrant ainsi la possibilité d’une escalade immaîtrisable. La guerre reste la seule solution de Zèlensky pour un conflit territorial et culturel qu’il risque de perdre, si les Américains, ses donneurs d’ordres qui ont d’autres projets guerriers ailleurs, commencent à discuter en secret avec Poutine.

Par contre l’UE, dirigée par une bourgeoisie aveugle et stupide qui ne pense qu’en termes de « marché libre », s’est pieds et mains liée à la politique militaire des Usa. Elle pense et dit qu’en cas de défection des Américains sa mission historique serait de « sauver l’Ukraine » en l’armant et en s’armant elle-même contre une éventuelle « invasion » russe sur le territoire européen ! Mais il y a loin de la parole aux actes, surtout à l’heure où peut-être la diplomatie peut siffler la fin de cette guerre.

En réalité, plutôt que de désigner la Russie comme une menace « existentielle », nous devrions désigner la responsabilité de ceux-là mêmes qui désignent la Russie comme coupable des troubles du monde. C’est-à-dire un « Occident » qui est visiblement en fin de course, confronté à des crises économiques à répétition, des guerres jamais gagnées mais toujours plus dispendieuses en vies et en argent, une natalité en crise, un problème de survie écologique, et l’émergence de Nations compétitives qui représentent près des 2/3 de l’humanité et veulent se développer en rejetant la tutelle Etats-Unis/Europe. De sérieuses concurrentes qui se sont emparées du mode de développement capitaliste.

Cet « Occident » là peut devenir un « Occident » dangereux, comme peut l’être un fauve blessé.

Conflit Palestine/Israël, une réponse molle, et pas de sanction pour Israël face à la destruction systématique et massive de la population de Gaza !

La situation des Palestiniens est historiquement désastreuse, depuis la création d’Israël en 1948, que les Arabes refusèrent immédiatement avec les armes. La suite de cette résistance appartient aux forces de libération palestiniennes. Les Palestiniens, Chrétiens ou Musulmans, font face à une colonisation qui les expulse de leurs terres et ne cesse de s’étendre de Gaza vers la Cisjordanie, pour une occupation israélienne sans partage « du Jourdain à la mer ». Un slogan du Fatah (Yasser Arafat, 1949) d’abord inscrit dans sa constitution puis abandonné par la suite, mais repris et détourné par les colons israéliens. « Depuis 56 ans, plusieurs millions de Palestiniens vivent sous un régime militaire et sont privés des droits civiques, juridiques et politiques. Plus grave encore : les Palestiniens soumis à l’occupation doivent vivre à côtés des colons dans une situation d’apartheid de plus en plus évidente » (Shlomo Sand, deux peuples pour un Etat ? relire l’histoire du sionisme, seuil, janvier 2024).

La reprise cruelle de la guerre par le Hamas le 7 octobre 2023 contre des Kibboutz israéliens a réveillé la culpabilité européenne (entretenue par les différents gouvernements Israéliens) touchant à leur rôle dans l’extermination des Juifs lors de la seconde guerre mondiale. Tous les gouvernements européens se sont portés immédiatement en soutien au gouvernement de droite et d’extrême droite raciste de Netanyahou. Pour l’Allemagne, par exemple, il ne peut en être autrement ! Et de soutenir les Américains et leur politique d’armement et d’envoi de soldats pour la « juste revanche » des Israéliens.

Il y a à ce jour depuis le 7 octobre côté palestinien : plus de 27000 morts, et 70000 blessés, et une majorité de femmes et d’enfants c’est-à-dire 70% des victimes, sans parler de la destruction totale des cités palestiniennes : Le Sud de Gaza devient un camp de tentes à ciel ouvert pour une population de 1,2 millions de gazaouis déplacés par Tsahal, avec l’impossibilité de se nourrir, de survivre sans aide internationale que les colons radicaux empêchent d’entrer à Gaza. Or Tsahal bombarde actuellement le Sud. La cour internationale de justice parle de « génocide » (janvier 2024) !

Netanyahou pense-t-il vraiment qu’en décimant la population de Gaza il va mettre fin à l’influence du Hamas ?

L’armée israélienne est une armée tré bien équipée qui a fait ses preuves (1967, la guerre des six jours), elle dispose d’armes nucléaires mais aussi d’un système de surveillance vendu dans le monde entier (qui n’aurait pu détecter les mouvements du Hamas préparant le 7 octobre ?). Face à elle les forces du Hamas s’apparentent plus à une force de résistance à l’occupation israélienne. Le carnage de la population gazaouie par Tsahal est, égale ou supérieure à celle du Hamas. Et des dizaines de jeunes se lèvent, deviennent ou deviendront des militants aux côtés du Hamas ou d’un autre mouvement peut-être encore plus radical.

Aujourd’hui les européens sont perplexes devant la répression sauvage de Netanyahou, mais ne sanctionnent toujours par Israël. Quant aux Américains sans leur soutien financier annuel de quelques milliards de dollars, Israël ne serait pas cette société si développée, techniquement et militairement. Bizarrement le soutien à Israël vient essentiellement, non seulement des Juifs Américains eux-mêmes, mais aussi d’une importante couche de la société américaine : les fondamentalistes évangélistes qui interprètent la Bible et son messianisme. La religion est un fait qui ne se discute pas aux Usa ! La religion et ses extrémistes religieux, est un fait qui a envahi le gouvernement de Netanyahou !

Cependant, le front uni des européens commence à se fendiller. Sauf bien sur l’Allemagne avec son passé nazi qui la tourmente encore. L’UE de moins en moins unanime fait pression sur Israël pour des « solutions humanitaires » (sic), une pression molle, sans prises de sanctions fortes contre Israël qui refuse tout cessez le feu, tant que les Américains continuent à armer Israël. Il ne reste que les Irlandais et l’Espagne pour maintenir leur soutien aux Palestiniens. La France envoie du matériel de survie et hospitalier, et s’aligne, mais commence à parler de « cessez le feu » ! Quelques députés Français conduits par un député de la FI se sont rendus à Gaza début Février 2024 porteurs d’un message de soutien en faveur de la Paix. Ils n’ont pu entrer à Gaza. Mais cette initiative a le mérite d’exister et devrait être reprise au niveau européen voire mondial !

Quel que soit la fin de cette guerre qui ressemble de plus en plus à une guerre d’extermination, Israël a perdu le consensus international et devient un pays colonisateur comme un autre ! Et l’utopie d’un Etat binational est repoussée de plusieurs années ou générations peut-être. Quelle serait la place des Arabes, chrétiens ou musulmans, dans un Etat où la citoyenneté est réservée au fait d’être juif ?

Il faut impérativement clore ce conflit. Car il commence à s’étendre par vagues de plus plus larges au Yémen avec les Houthis, au Liban, en Irak, en Syrie, et l’Iran, dans cette zone du Moyen Orient où séjournent des bases américaines sur lesquelles commencent à pleuvoir roquettes, missiles et autres envois armés létales, etc., en aide à la Palestine !

En fait c’est l’Iran qui est l’ennemi numéro un pour Israël et les Usa, et ce depuis la création de la République Islamique en 1979 et la prise de l’Ambassade américaine par les « gardiens de la Révolution » en Novembre 1979. Et l’Iran est toujours suspecté de détenir les moyens de fabriquer la bombe atomique avec l’aide de la Russie ! Rappelons à, ce sujet que c’est la France, eh oui, qui avait livré les premiers réacteurs civils nucléaires pour la centrale iranienne de Tammuz en Juin 1981. L’Inde a la bombe, le Pakistan à la bombe, Israël a la bombe, l’Arabie Saoudite veut la bombe nucléaire, pourquoi l’Iran ne pourrait donc l’avoir, d’abord sous sa forme civile ? C’est une question obsessionnelle pour Israël qui n’a que l’envie de détruire tout nucléaire civil ou militaire concurrent à proximité.

Read also:
For Southern Italy, the Coronavirus Becomes a War on 2 Fronts

De lourdes menaces de guerre pèsent donc à nouveau sur ces terres. Toutefois, ce possible embrasement d’une zone déjà éprouvée par les nombreuses guerres conduites par les Usa va peut-être sonner la fin de la guerre contre la Russie. Biden, en prise avec son élection – et avec une population américaine jeune qui veut le « cessez le Feu » à Gaza – a ralenti ses livraisons d’armes à Zèlensky pour les distribuer à Israël et satisfaire un électorat évangéliste plutôt du côté de Trump !

Le poids de l’UE dans « les affaires du Monde », on le voit, est nul, sans une politique autonome face à la politique impériale américaine ! Et ce ne sont pas les petits muscles de Macron qui feront le poids face à une Allemagne déterminée à « jouer en solo » pour ses propres intérêts !

« L’Europe c’est la distribution des richesses » ?

La formule désormais célèbre reprise par Macron : « la richesse produite, ruisselle vers le bas », s’est révélée vraie pour « arroser le haut » c’est-à-dire les milliardaires et millionnaires, et pas seulement dans l’UE mais dans le monde.

« La fortune des milliardaires a augmenté de 3300 milliards de dollars depuis 2020, à une vitesse trois fois supérieures à celle de l’inflation. Alors qu’ils ne représentent que 21% de la population mondiale, les pays riches détiennent 69% des richesses mondiales et abritent les richesses des milliardaires du monde » (Oxfam France). Et Forbes renchérit : « Au 1er janvier 2024, les dix personnalités les plus riches au monde possèdent une fortune totale de près de 1 470 milliards de dollars, soit 30 milliards de plus qu’en décembre. Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a dépassé Bill Gates et devient la cinquième personnalité la plus riche au monde. ».

En Europe, nous avons aussi quelques milliardaires natifs qui jouissent de l’évolution de leurs revenus ! Et en France ceux du CAC 40 se portent très bien. Merci la BCE, le FMI, la Fédéral Réserve US, et tutti quanti ! D’autant que leur capital peut fleurir et fructifier tranquillement dans les quelques paradis fiscaux dont certains se trouvent çà et là en Europe même !

Le ressenti et le vécu des populations est tout autre. La pauvreté et la précarité s’installent un peu partout dans l’UE.Y compris en Allemagne qui vacille sur son « ordo libéralisme ». Quasiment tout le corps social a manifesté et fait grève dans les différents pays européens contre le laminage des retraites, des minimas sociaux, la privatisation au long cours des services publics, de l’hôpital à l’éducation, la hausse de l’énergie, et maintenant ce sont les agriculteurs qui menacent.

« L’Europe c’est l’autosuffisante alimentaire et une production agricole saine » ?

Le mouvement des paysans parti de Pologne qui subit en premier la « concurrence déloyale des produits ukrainiens » détaxés, et qui se répand rapidement dans toute l’UE pour aboutir ces derniers jours à des manifestations importantes.

Si l’UE est autosuffisante pourquoi alors toutes ces importations provenant des accords de libre-échange signés par la Commission européenne avec le Canada, le Brésil, la Nouvelle Zélande, etc.. ? « Nous pouvons produire l’essentiel en Europe avec nos normes » crient les producteurs européens, et en finir avec ces échanges couteux en carbone, la planète s’en portera mieux !

Quant à la politique de « transition vers une agriculture saine », l’exemple du Glyphosate – reconnu comme possible cancérigène et reconduit pour dix ans, vient contredire l’absence de contrôle de cette agriculture industrielle, haute densité ! Or les paysans ne sont pas contre la « transition écologique » mais encore faut-il leur en donner les moyens y compris en insecticides plus verts !

Mais aussi pourquoi favoriser les exportations de l’Ukraine, puissance agricole s’il en est, qui produit à un coût inférieur à celui du marché européen et qui ont bénéficié d’exonérations des taxes, impôts et contrôles de qualité, imposés aux producteurs européens ?

Il reste aussi que la mobilisation des agriculteurs portait sur leurs revenus, sur un revenu moyen permettant de vivre décemment. Beaucoup de paysans se retrouvent coincés entre leurs coûts, leurs emprunts, et la politique d’achat des grandes surfaces de distribution, et affichent un revenu réel misérable de leur travail surtout les petites et moyennes exploitations, si propices à la culture bio ! Ils ne peuvent que disparaître. Les exploitations ferment ! alors : Adieu veaux, vaches, cochons et poulets gambadant librement dans les champs ! 

« L’Europe c’est le pacte de stabilité » !

Qu’est-ce que le pacte de stabilité ? « Le pacte de stabilité et de croissance est le système de règles qui limite les dépenses publiques des États de l’Union européenne. Le pacte, qui a été suspendu en raison de la pandémie, entrera à nouveau en vigueur le 1er janvier 2024 si aucune modification n’est convenue d’ici là.

Comme beaucoup d’autres règles à l’échelle européenne, ce pacte a été façonné selon les principes de l’austérité et du néolibéralisme : ce n’est pas un hasard si tout le monde l’appelle un « pacte de stabilité », omettant la « croissance » qui devrait également être au cœur des politiques budgétaires de l’Union et de ses États membres. De plus, le pacte a des effets procycliques, c’est-à-dire qu’il ajoute le fardeau de l’austérité à un climat économique négatif, comme cela s’est produit lors de la crise financière de 2010, avec des conséquences très graves pour les peuples d’Europe ». (Stefano Ungaro, il Manifesto, 12 janvier 2024)

« L’Europe ce sont les réformes structurelles » pour la régression sociale !

Et la politique économique européenne d’accentuer la révolte des européens.

En effet le parlement européen vient d’approuver le 17 janvier « la réforme du pacte de stabilité » par 432 voix pour et 172 contre, avec le soutien massif de la droite, du centre et des sociaux-démocrates = encore plus d’austérité et de récession !

Les « réformes structurelles » envisagées ont toujours pris la même forme : « la destruction et l’appauvrissement de l’État-providence, du travail, des retraites, de l’éducation, de la santé et des services publics en général. Et la position de Berlin a été encore durcie par la décision du tribunal de Karlsruhe qui a interdit au gouvernement de s’écarter de la règle d’or du déficit zéro : l’austérité constitutionnellement imposée à l’Allemagne devait être étendue à l’ensemble de l’Europe. » (…) « Ces réformes « structurelles » n’ont cessé de creuser l’écart de PIB entre l’UE et les Etats-Unis désormais à hauteur de 80% ». (Martine Orange, Mediapart, 17 janvier 2024).

Si l’Allemagne, la puissance dominante est prise dans un nouveau cycle de crise politique et économique : ce sera à ses partenaires de la payer en suivant comme toujours les règles allemandes !

En Europe, l’économie flanche

Où l’on mesure les conséquences de la guerre avec la Russie. Les « sanctions » contre la Russie – (hors la Hongrie vilipendée et ostracisée) qui devaient affaiblir Poutine se retournent en fait contre ceux-là même qui les ont votées. La Russie a vu son Pib augmenter de 3,5% en 2023 ! (Le Figaro 7 février 2024). Prévision de l’UE pour la même période : 2,3%.

L’isolement de la Russie, semble lui profiter, alors que l’absence de relations commerciales avec elle, comme par exemple sur le plan énergétique, pèse plus lourdement sur les européens.

L’Allemagne est un bon exemple de ce qui se passe en ce moment. Elle est entrée en récession. L’Allemagne bénéficiait pour son industrie d’une énergie peu couteuse grâce aux relations entre Schroeder, l’ancien chancelier et la Russie de Gazprom. Soulignons que Schroeder (social-démocrate, affilié à la « nouvelle gauche » pro capitaliste de Tony Blair le travailliste britannique) a mis fin, faut-il le rappeler, au « compromis rhénan », de cogestion entre patronat et syndicats. Il a aussi « réformé » le marché du travail avec les lois Hartz pour une libéralisation totale. Schroeder un ultra libéral allemand, ami de Poutine ? C’était trop gênant ! Au début de la guerre contre l’Ukraine, il fut obligé de se retirer de la direction de Rosneft deuxième entreprise pétrolière de Russie.

Read also:
Au port du Pirée, l'insoluble chômage au coeur de l'élection en Grèce

La fin de la livraison de gaz russe et la « transition énergétique »- à marche forcée, souhaitée et mise en œuvre par les Verts allemands de la même manière qu’ils soutiennent l’Ukraine et sont les premiers pour l’armement de l’Ukraine contre la Russie – fait imploser les coûts et au passage secoue la coalition allemande dite des « feux tricolores ». Jamais, on a vu en Allemagne, depuis 1946, 4 grèves successives impliquant les cheminots sur 3 mois, dont la dernière grève est de 6 jours ! Quel signe terrible pour les Allemands que celui de leur économie qui vacille. En outre, Volkswagen, la marque nationale vedette mondiale de l’industrie allemande, vient d’annoncer recentrer sa production de voitures électriques en… Chine !

On est donc en droit de se poser une question : les Allemands ont-ils un projet européen ?

En France, Macron a compris, à sa manière, qu’elle avait besoin d’un plan de « réarmement industriel » pour qu’elle regagne quelques places dans la production industrielle européenne dominée par les Allemands et … l’Italie ! Part de l’industrie dans la valeur ajoutée (Ocde 2022) :  Allemagne :26% du Pib (en baisse en 2023), Italie : 22% du Pib (sans changement), France : 16,08% (faible hausse en 2023).

Il s’est démené par exemple pour que s’installe dans le Nord de la France, devenu un désert industriel depuis 1970, une usine de fabrication de batteries électriques pour les automobiles, avec de fortes subventions de l’Etat. Que va devenir la production de cette usine, alors que l’Allemagne le plus gros producteur de voitures électriques part en Chine ? Voilà un bon exemple du « chacun pour soi », avec comme résultat un gâchis incroyable.

Par contre, en France c’est la fin du « bouclier fiscal » annoncé par Le Maire, qui régulait les hausses de l’énergie en gelant les prix, et une hausse de plus de 40/45 % sur deux ans de l’électricité ! Ce qui met en péril, non seulement toute une série de métiers, boulangers, artisans, etc.., mais aussi les consommateurs qui ne peuvent pas suivre ces hausses, alors qu’ils avaient déjà encaissé une hausse des matières premières.

La France, le pays suit l’évolution néo libérale depuis une trentaine d’années, avec des lois sociales réduites, exécutées à l’aide du 49/3, un article de la Constitution qui permet au gouvernement de se passer de débats à l’Assemblée nationale. Le libéralisme oppose aux droits sociaux la « responsabilité individuelle » ce mantra tellement libéral contre les salariés et les chômeurs dont le nombre ne varie pas réellement. Les allocations pour certains types de chômeurs viennent d’être réduites dans le temps à 9 mois au lieu de 12 mois, pour « favoriser l’emploi », dans une société où le taux de faillites augmente et le chômage devrait s’établir à fin 2023 à 7,4%.

En Pologne les importations détaxées des produits agricoles ukrainiens – qui sont en partie produits par des entreprises possédées par les oligarques ukrainiens ou rachetées par les grands groupes de l’agriculture industrielle européens et américains – ont condamné en premier les paysans Polonais, puis tous les autres européens, à une concurrence déloyale qui augure mal des conséquences de l’entrée de l’Ukraine dans l’UE. Les premiers à le dénoncer et à s’organiser, ce sont les Polonais, pourtant aussi les premiers à soutenir les Ukrainiens dans leur guerre. Ils bloquent en Février la frontière avec l’Ukraine !

La Grande Bretagne a quitté l’UE, mais elle nous a laissé en cadeau infernal, l’idéologie libérale mortifère de Mme Thatcher et de Tony Blair qui a détruit son industrie, ses syndicats, sa paysannerie, et qui reste pourtant un modèle de la direction européenne.

Quoi qu’il en soit, il est prévisible que la récession allemande va impacter toute l’UE déjà embourbée dans l’aide à l’Ukraine.

L’UE « on la quitte ou on la réforme » ?

Bref on l’aura compris il existe deux « UE ». L’une, celle de la Commission européenne » qui ronronne et édicte une idéologie du « bonheur » réservée à certains de ses habitants. L’autre, celle des citoyens massivement privés de ce « bonheur là » ! Pouvons-nous continuer ainsi ?

Pourquoi rester quand on voit ce qu’est devenue la Grèce, le Hold up qu’elle a subi de la Troïka (UE, BCE, FMI), et comment elle a été dépecée brutalement économiquement et socialement ! Lâchée par toute les « gauches » y compris par JL Mélenchon ?

Quand on voit l’esprit de guerre se diffuser et s’installer dans les actes de cette direction européenne qui voudrait pousser chaque Etat à se lancer dans une « économie de guerre », rétablir le service militaire là où l’armée s’est professionnalisée (comme en France), pour satisfaire l’axe anglo-saxons désireux de réduire la Russie à sa plus petite expression ? C’est le peuple ukrainien qui paye de son sang ! Voulons de cette guerre ?

Et pourtant, malgré le constat d’un déficit démocratique réel, l’inexistence de prise en compte des expressions citoyennes, des mouvements de contestation ou des votes comme en 2005, plus aucune organisation politique ne dit qu’il faut « quitter l’UE » !

Les « droites » et leurs « extrêmes » s’installent partout et pourraient devenir le vote majoritaire ce mois de Juin 2024. Les « gauches » et leurs extrêmes » auraient-elles abandonné, malgré une critique qui se dit radicale sur le libéralisme économique et politique, tout effort d’élaborer un projet concret qui ne soit pas bureaucratique, mais l’œuvre des citoyens eux-mêmes ? Par exemple que vaut un projet comme celui de la FI avec son droit à la « désobéissance » ? Ou l’engagement de l’extrême gauche dans un combat « woke » contre les Institutions républicaines plus destructeur que rassembleur ? Devons-nous renoncer ?

« Refonder l’Europe »

A quoi nous sert une UE, ce « machin » despotique, dont le vrai pouvoir n’est pas élu mais coopté entre soi, et échappe au contrôle des citoyens ?

C’est quand il y a une crise de confiance entre les peuples et leur dirigeants depuis plusieurs années, quand la crise économico-sociale et politique perdure et s’accompagne d’une crise de la représentativité, quand le fossé s’élargit entre élites et citoyens, quand l’enrichissement des uns provient de la précarité et de la pauvreté grandissante des autres, et que le contexte international instable remet en cause l’ « ordre » hérité de la deuxième guerre mondiale et le pays dominant, c’est à ce moment-là que les peurs ou les révoltes s’expriment et que la raison peut disparaître.

Nous en sommes peut-être à ce moment-là !

Si l’UE ne peut-être « réformée », il faut la « quitter » ! L’exemple britannique fait hésiter. Et on ne peut la quitter sans un projet politique. Il reste donc à repartir du début : la Paix entre la France, l’Allemagne, l’Italie, etc., et la Russie. Cette paix nécessite-t-elle de s’aligner sur la politique américaine ? Non. Sur le « Grand marché mondial des capitaux » ? Non. Sur une lutte acharnée contre les droits acquis par les luttes sociales ? Non. Sur l’abandon de nos spécificités culturelles, sociales et politiques ? Non et Non !

« Reformer » ou « refonder » l’administration de l’UE ? la réponse est donc ailleurs. Si la « gauche » européiste jusque-là, nous a conduit d’échec en échec, c’est qu’il n’y a pas d’autre issue pour sortir de cette impasse, que de « refonder un programme politique » tenant compte de la critique des erreurs et forger un socialisme « à visage humain », pour une société autogérée au pouvoir entre les mains des citoyens, et une Europe sociale, fraternelle et en paix, une « Europe force de Paix » !

Mais avant tout, il nous faut lutter immédiatement contre la guerre qui est là, à nos portes, en Ukraine, en Israël, au Moyen Orient, et qui risque à tout moment de nous entraîner dans une déflagration générale. Nous en sommes à minuit moins 90 secondes nous disent les savants atomistes s’inquiétant d’un développement et d’un éparpillement toujours plus large de l’atome militaire.

« Tout pour la Paix, rien pour la Guerre ! »

We remind our readers that publication of articles on our site does not mean that we agree with what is written. Our policy is to publish anything which we consider of interest, so as to assist our readers  in forming their opinions. Sometimes we even publish articles with which we totally disagree, since we believe it is important for our readers to be informed on as wide a spectrum of views as possible.