Au cœur de l’angoisse dans le Centre de rétention du Mesnil-Amelot

« Ce n’est plus du racisme ou de la xénophobie, mais de la méchanceté. Ils mettent les gens ici pour les faire souffrir. »

11 February 2019

« Ce n’est plus du racisme ou de la xénophobie, mais de la méchanceté. Ils mettent les gens ici pour les faire souffrir », s’insurge Joseph*. Le jeune homme est enfermé au Centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (77) et attend son expulsion vers l’Algérie. Le 3 janvier, des migrants enfermés au CRA de Vincennes (94) ont entamé une grève de la faim, ils ont depuis été rejoints par ceux du Mesnil-Amelot, de Oissel (76) et de Sète (34). Tous réclament la fermeture des CRA, l’arrêt des expulsions et des violences policières, des conditions de vie dignes et l’accès aux soins. C’est la première fois qu’un tel mouvement, même éphémère, se répand d’un CRA à l’autre pour porter des revendications aussi politiques.

Lundi 28 janvier, nous accompagnons Esther Benbassa, sénatrice écologiste de Paris, qui exerce son droit de visite des lieux de privations de liberté au Mesnil-Amelot. Le CRA, isolé, se situe à proximité des pistes de l’aéroport de Roissy. Derrière les murs, le ronflement des moteurs d’avions meuble une atmosphère déjà pesante. C’est ici que la contestation s’est montrée la plus forte durant les grèves de la faim. « Le 8, c’est devenu généralisé, quasiment personne ne mangeait. Ce qui est énorme. On avait jamais vu ça », nous explique-t-on à la Cimade, la seule association présente dans les locaux.

« Le lavabo ne marche pas. La lumière non plus, ça fait une semaine qu’on n’en a pas. Pour utiliser les WC on n’a pas d’eau, ni de papier toilette, rien du tout… », tempête Anton*. L’homme a déjà passé 45 jours au Mesnil-Amelot. Privé de dignité, il explose devant la sénatrice de Paris. « On sait pas comment faire, ici on vit dans des conditions désastreuses ! ». Pour la parlementaire, la visite se révèle éprouvante. « C’est sale. Les chambres sont froides et les retenus sont en claquettes », observe Esther Benbassa. La température ne dépasse pas 4 degrés et l’accueil glacial du commissaire divisionnaire Pierre Bordereau, directeur interdépartemental de la police aux frontières (PAF) ne réchauffe pas l’ambiance.

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La visite dérange visiblement un personnel sur la défensive. Et pour cause, les méthodes violentes de la PAF révoltent les migrants qui ne manquent pas de se répandre. « Ils prennent les gens ici et les mettent dans les avions scotchés avec des casques », se fâche Anton écœuré. « Hier, ils ont renvoyé un Algérien qui avait un cancer, ils l’ont scotché dans l’avion. En Algérie, on ne peut pas se soigner », s’inquiète pour sa part Marwan*. L’utilisation de bandes velcro pour entraver les migrants et de casques pour patients psychiatriques, est une pratique déjà observée lors de précédentes expulsions. À la Cimade, on confirme avoir également connaissance de ces pratiques.

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