La prise “bipartisane” de la Grèce

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Par Dimitris Skarpalezos*
18 septembre 2023

Avec la crise ukrainienne, les États-Unis sont entrés dans une phase d’escalade extrême de leur politique agressive d’encerclement et d’affrontement décisif avec la Russie, sans précédent depuis de nombreuses années (au moins depuis 2008, lorsqu’ils ont poussé la Géorgie à attaquer les Russes en Ossétie).

Cette politique suppose un contrôle plus étroit des «alliés» et, si possible, un contrôle de l’ensemble du spectre politique sur les éléments fondamentaux de la politique américaine.

Le but est de contrôler, le plus directement possible, à la fois les gouvernements et les forces « d’opposition », au point de les conduire à des politiques manifestement préjudiciables à leurs peuples.

Elle nécessite également une prise de contrôle de l’état profond.

La création d’une armée de “jeunes leaders” prometteurs, formatés dans les universités élitistes américaines et les multinationales américaines ou dans divers “think tanks” ou encore dans des ONG de circonstance, est l’une des principales armes de cet assaut.

Inutile de dire que le transfert de ce «matériel de rénovation» se fait avec la complicité d’importants segments de l’oligarchie locale.

L’exemple de la France

En Europe occidentale, le cas de la France est un exemple classique de la réalisation réussie de ces objectifs. Un « jeune homme frais », Macron, dirigeant de la banque Rothschild, a été envoyé comme « sang neuf », un « technocrate compétent », au gouvernement « socialiste » français ; à partir de là, il a entrepris la formation d’un mouvement de « renouveau » qui a pris le pouvoir et subordonné l’« État profond » français à des « consultants » multinationaux américains qui ont placé la politique étrangère du pays dans une trajectoire favorable aux objectifs du gouvernement américain, remplaçant l’appareil d’État dans la planification stratégique sur de nombreuses questions.

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C’est le cas de Covid, ainsi que de la « réforme » des retraites, où des consultants privés et des multinationales (souvent américaines comme Black Rock, McKinsey etc. ) se sont substitués aux agences étatiques pour la planification stratégique ou même pour des questions techniques simples comme la modernisation électronique des services.

Pour affaiblir la réaction de la gauche, Macron a eu recours à des réformes peu coûteuses sur les « droits individuels », comme l’acceptation de toutes les revendications symboliques du mouvement « féministe » ou de la communauté LGBT, tout en exerçant une violence jusqu’alors inconnue en France contre des mobilisations populaires comme celle des Gilets jaunes. Enfin, il a imposé quelque chose de tout à fait contraire à la tradition gaulliste française, à savoir l’alliance avec les États-Unis contre la Russie, même si cela nuisait aux intérêts fondamentaux de la France!

De Mitsotakis à Kasselakis

De tels jeunes «prometteurs» sont en train d’être imposés à la Grèce également.

Un rejeton formé dans le moule américain, Mitsotakis, a pris la tête de la droite traditionnelle, mettant en œuvre une politique similaire à l’intérieur du pays et une politique plus ouvertement pro-américaine que n’importe quel gouvernement précédent depuis la chute de la dictature grecque.

La mobilisation absolue de la Grèce dans la guerre d’Ukraine, à un degré sans précédent, fut l’un des accomplissements de ce «renouveau» du personnel politique.

Aujourd’hui, avec une stratégie magistrale de manipulation où la gauche a été amenée à devenir un champion de l’auto-défaite, le même risque d’arriver à Syriza avec l’assaut d’un nouveau et beau «jeune leader» venu de nulle part. Ou plutôt de la banque Goldman Sachs et du « think tank » américain pro-guerre du SCRS. Il s’appelle Kasselakis. (Il convient de rappeler ici que la fille de Mitsotakis travaille également à la tristement célèbre Goldman Sachs (https://pellasimera. gr/sti-goldman-sachs-i-proti-doulia-tis-koris-tou-prothypourgou-kyriakoumitsotaki/), une banque qui a joué un rôle crucial dans la guerre financière contre la Grèce et dans la destruction de notre pays. (Voir H Goldman Sachs και ο ρόλος της στην ελληνική κρίση | ΔΗΜΗΤΡΗΣ ΚΩΝΣΤΑΝΤΑΚΟΠΟΥΛΟΣ).

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Si Kasselakis est élu président de Syriza, un objectif clé de la classe dirigeante (c’est-à-dire la «classe» financière et multinationale la plus élevée de l’Occident, avec la partie américaine de l’Occident comme noyau principal) aura été atteint en ce qui concerne la Grèce: un «système bipartite» proche du modèle américain et un contrôle de la Grèce avec un contrôle parallèle du gouvernement et de l’opposition; la création d’une scène politique truquée où ils joueront un jeu truqué de «confrontation» sur tout ce qui n’affecte pas les intérêts plus forts, locaux ou étrangers, et les «obligations assumées». obéir à toutes les exigences fondamentales des États-Unis, au point même d’affaiblir la défense de nos îles afin d’envoyer sans protestation des armes dont nous avons tant besoin ici pour le conflit sanglant ukrainien sans issue; en somme, l’objectif de notre alignement sur toutes leurs exigences.

Quoi que nous puissions penser des impasses de Syriza à ce jour, éviter l’assaut de cette double occupation de notre pays sous couvert de “pluralisme” est autant un devoir de défense des intérêts populaires fondamentaux qu’un devoir patriotique pour éviter l’asservissement total de notre patrie.

Traduit du grec

* Membre de SYRIZA, fr. Professeur de mathématiques, Université de Paris – 7

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