Mar 7, 2026
En janvier, Donald Trump avait affirmé que Dieu était “très fier” de son travail, du bilan de son année de mandat. Mais ces derniers mois, le Saint-Siège s’est montré à plusieurs reprises critique envers la politique étrangère du président américain. Cela a notamment été le cas lors de la capture du président Nicolás Maduro au Venezuela, ou encore face aux menaces des Etats-Unis à l’égard du Groenland.
Pour Blandine Chelini-Pont, professeure à l’Université Aix-Marseille et spécialiste du catholicisme aux Etats-Unis, ces réactions du Vatican s’inscrivent dans la continuité du discours que le pape avait prononcé en janvier devant le corps diplomatique. “Il critiquait le parfum de guerre et les rapports de forces qui dominent en ce moment dans les relations internationales ”, rappelle-t-elle jeudi dans l’émission Tout un Monde.
Le clergé américain de plus en plus critique
Le Saint-Siège prend ainsi le parti du droit international et du multilatéralisme. Une position que partageaient, en janvier, trois cardinaux américains qui publiaient une déclaration exhortant leur pays à retrouver sa boussole morale en politique étrangère.
En ignorant cette prise de position assez forte [du Saint-Siège], Donald Trump s’évite un conflit ouvert avec son électorat catholique
Blandine Chelini-Pont, professeur à l’Université Aix-Marseille et spécialiste du catholicisme aux Etats-Unis
Une autre figure de l’Eglise catholique américaine, plus conservatrice, l’archevêque aux Forces armées des Etats‑Unis Timothy Broglio, a pour sa part déclaré sur les ondes de la BBC qu’en cas d’attaque américaine contre le Groenland, les militaires pourraient refuser d’obéir aux ordres pour des raisons morales, en invoquant leur clause de conscience.
Auparavant, la Conférence des évêques américains s’était déjà démarquée de la ligne de Donald Trump en dénonçant publiquement les expulsions massives de migrants menées par son administration.
Une base catholique peu réceptive au message romain
Ces critiques ont eu peu d’écho, y compris dans la presse internationale, note Blandine Chelini-Pont. Selon elle, c’est aussi parce que le président américain se garde bien de contre-attaquer. “En ignorant cette prise de position assez forte, Donald Trump s’évite un conflit ouvert avec son électorat catholique”, analyse-t-elle.
Son vice‑président, le catholique J. D. Vance, n’a pas davantage relayé ces prises de position. Par ailleurs, rien n’indique que les fidèles américains y soient particulièrement sensibles. “La plupart des catholiques américains sont, entre guillemets, très patriotes, et il est fort possible qu’ils n’écoutent pas davantage ce que dit le pape aujourd’hui que ne le fait le président Trump”, souligne Blandine Chelini-Pont.
Retour des enfants ukrainiens: un succès discret de Rome
Dans la guerre en Ukraine, le Vatican maintient un canal de dialogue ouvert avec Kiev et Moscou, une attitude régulièrement critiquée parce qu’elle implique de continuer à parler avec la Russie, désignée pourtant comme l’agresseur.
C’est grâce aux efforts du Vatican […] que des enfants ukrainiens ont pu être ramenés de Russie et rendus à leurs familles
Cela dit, cette stratégie ne vise pas à cautionner ce qu’a fait Moscou, mais à permettre au Saint‑Siège d’agir sur le terrain humanitaire, explique Jean-Charles Putzolu, rédacteur en chef de la rédaction française de Radio Vatican.
“C’est grâce notamment aux efforts du Vatican et de son émissaire le cardinal Matteo Zuppi — président des évêques italiens, envoyé à plusieurs reprises en Russie et en Ukraine — que des enfants ukrainiens ont pu être ramenés de Russie et rendus à leurs familles”, souligne-t-il.
A Gaza, le fossé persiste avec Washington
La guerre à Gaza confirme le même écart entre le Vatican et la ligne politique américaine. Alors que la Maison Blanche soutient Israël, traditionnellement le Vatican appelle à une solution à deux Etats et met en garde contre la disproportion des ripostes.
“Il est clair que pour le Saint‑Siège, il y a eu une agression terroriste de la part du Hamas [le 7 octobre 2023]. Personne ne le nie. Il est également clair qu’il y a eu quand même 70’000 morts environ du côté palestinien, contre 1200 morts après les attentats du Hamas”, conclut Jean‑Charles Putzolu.
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