82 ans, 24 ans de prison, valse de l’État de droit

Michel Broué, Mathématicien | 16 juin 2026

Membre du jury de la thèse d’Alexandre Giotopoulos soutenue en prison en 2021, j’accueille ici volontiers l’article de mon collègue Daniel Meyer. Âgé de 82 ans, condamné en 2003 à une série de peines de perpétuité pour des faits non sérieusement établis, après 24 ans de prison et trois semaines de mise en liberté, Giotopoulos est retourné en prison sur interventions politiques internationales.

En Grèce, la justice vient de prendre deux décisions contradictoires et retentissantes, questionnant son indépendance. La première fut de remettre en liberté après 24 ans de détention Alexandre Giotopoulos, âgé de quatre-vingt-deux ans. La deuxième, trois semaines plus tard, fut d’avoir ordonné sa réincarcération. Il faut dire que le State Department des États-Unis et le ministère des affaires étrangères turc étaient montés au créneau pour exiger son maintien en détention.

Alexandre Giotopoulos, ancien militant de la résistance contre la dictature des colonels (1967-1974), avait été condamné en 2003 à une série de peines de perpétuité comme étant l’instigateur des actions de l’organisation révolutionnaire 17 novembre, active de 1975 à 2002. Cependant, aucune preuve matérielle sérieuse n’a pu être produite étayant les faits qui lui sont imputés et il n’a jamais reconnu y avoir participé. De plus, il a toujours nié avoir été membre de près ou de loin de cette organisation.

Cette organisation, prenant pour nom la date de la répression sanglante par la dictature du soulèvement des étudiants, à l’École Polytechnique d’Athènes le 17 novembre 1973, avait notamment ciblé le chef d’antenne de la CIA à Athènes, certains officiers américains, anglais, un tortionnaire de la junte, certains responsables de la vie politique et économique grecque, des diplomates turcs…

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Durant sa très longue détention, qui s’est déroulée longtemps à l’isolement, Alexandre Giotopoulos a entrepris des études de mathématiques à la Section des Étudiants Empêchés de l’Université Paris7, aujourd’hui incluse dans Paris Cité. Son parcours depuis le premier cycle jusqu’à sa thèse de doctorat en Mécanique des Fluides théorique, a été remarquable et, par beaucoup d’aspects, unique.

Le 21 mai 2026, on apprenait que la décision du conseil de trois juges, nommé pour examiner sa demande de remise en liberté auprès de la cour d’appel du Pirée, avait unanimement conduit à sa remise en liberté conditionnelle, malgré l’avis négatif du procureur Nikos Fistopoulos. Parmi les attendus de cette décision on relève que « ses études de mathématiques dans une université française ainsi que le fait qu’il ait obtenu un master et un doctorat ont contribué à l’acceptation de sa cinquième demande de libération. Ce fait constitue indéniablement un aspect de sa conduite et démontre par ailleurs son autodiscipline, son assiduité, le respect rigoureux des règles académiques de scolarité, son apport désintéressé au savoir scientifique — notamment à travers la rédaction de sa thèse de doctorat — ainsi que la production d’un savoir scientifique original au sein de la communauté universitaire, contribuant ainsi au développement du domaine scientifique qu’il a choisi, et ce malgré les conditions difficiles de son incarcération et sans utilisation d’ordinateur. »

Le procureur Fistopoulos s’était opposé à sa libération, soutenant que, s’il sortait de prison, son influence sociale pouvait être négative, et que ses études montraient son intelligence et sa dangerosité, puisqu’il ne s’était jamais repenti.

Le procureur de la cour d’appel Konstantinos Tzavellas avait fait appel de la décision et le procureur adjoint de cette cour, Sophoklis Logothetis, a instruit la cassation de la décision de remise en liberté.

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Le 15 juin 2026, la cour suprême a cassé la décision de remise en liberté.

Elle s’est appuyée sur une loi ad-hoc, votée en 2021, qui prolonge la durée des peines du type de la sienne de 19 à 25 ans, supprime les remises de peine pour travaux ou études accomplis en prison, et soumet toute juridiction inférieure à sa décision concernant les articles de cette loi. Il y a ici une nouvelle remise en cause de l’État de droit grec qui prévoit que tout justiciable doit être comptable de la législation en vigueur au moment des faits qui lui sont reprochés.

Alexandre Giotopoulos est de nouveau incarcéré à la prison de Korydallos.

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