La Grèce instaure la semaine de travail de six jours pour certains salariés

Depuis lundi dernier, des entreprises grecques de services en continus peuvent imposer à leurs salariés 48 heures de travail par semaine. Un moyen pour le gouvernement pro business de Kyriakos Mitsotakis de lutter contre la crise de la productivité qui touche le pays depuis 2009.

Par Elie Pillet
Publié le 4 juil. 2024

En Grèce, tous les moyens sont bons pour relancer la productivité. La loi qui permet à certaines entreprises d’appliquer la semaine de travail de six jours fait partie d’un paquet de mesures votées à l’automne dernier. Le parti conservateur du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis , Nouvelle Démocratie, les a mises en vigueur le 1er juillet 2024.

Alors qu’en Belgique la semaine de quatre jours fête bientôt ses deux ans, la Grèce a décidé d’opter pour les 48 heures par semaine. Pour l’instant, seuls les services à activité continue – 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 – et les entreprises qui sont confrontées à une charge de travail accrue y sont éligibles. Ces dernières, en cas de contrôle de l’inspection du travail, devront être capables de prouver cette « charge ». Les secteurs du tourisme et de la restauration, eux, ne sont pas concernés par cette mesure : les sociétés peuvent déjà l’appliquer dans des conditions particulières.

Pour les employés, le sixième jour est majoré à 40 % du salaire, et à 115 % si c’est un dimanche ou un jour férié. En Europe, les Grecs tiennent la première place en termes d’horaires de travail, avec une moyenne de 41 heures par semaine en 2022 selon Eurostat, contre une moyenne européenne de 36,1 heures en 2023.

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«Bombe à retardement»

Le but avoué du gouvernement grec est de soutenir les entreprises en difficulté. Tout en luttant contre le travail au noir, puisqu’un certain nombre de salariés travaillent déjà six jours par semaine, en heures supplémentaires impayées. L’autre objectif de cette mesure consiste à rendre le pays plus productif. D’après la Commission européenne, la productivité grecque est inférieure d’environ 40 % à la moyenne de l’Union.

Selon le discours du gouvernement, la loi devrait aussi aider le pays à lutter contre le déclin démographique et la fuite des cerveaux. Depuis la crise de la dette , en 2009, environ 500.000 jeunes Grecs ont émigré vers d’autres pays aux perspectives salariales plus attrayantes. L’année dernière, Kyriakos Mitsotakis avait qualifié ce déclin de « bombe à retardement ».

Mobilisation impuissante

Les médias nationaux se sont mobilisés, pour la plupart, contre l’application de la loi. Le quotidien économique « Naftemporiki » fustige une mesure qui octroie aux employeurs concernés le droit d’obliger leurs salariés à travailler un jour de plus. Pour le périodique de gauche « Efsyn », « la vie chère et les bas salaires poussent les salariés à l’acceptation d’un sixième jour de travail. Au détriment de leur qualité de vie ». Même le journal conservateur « Ta Néa », proche du parti au pouvoir, s’inquiète de l’adoption de la journée de neuf heures qui, elle, ne sera pas rémunérée. « I Avgi », un quotidien de gauche, regrette « un pas de plus vers un monde du travail moyenâgeux ».

Mais la contestation de la population contre la semaine de six jours ne décolle pas. Quelques mois auparavant, plusieurs manifestations ont été organisées, sans grande envergure. Les syndicats, qui ont perdu de leur pouvoir depuis la politique d’austérité menée par le gouvernement pour sortir de la grave crise de la dette, peinent à motiver leurs troupes. Ce qui est sûr, c’est que « le stéréotype des Grecs paresseux vole en éclats avec l’entrée en vigueur de ce plan de déréglementation », comme le soutient « Ta Néa ».

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