On a gagné !

Pour toi qui lis ces lignes,

pour celles et ceux qui savent sans qu’on leur explique.

A toi qui sent que quelque chose cloche et qui se demande quand la porte s’ouvrira.

Sache qu’on a gagné.

Il leur a fallu quatorze ans pour te coincer,

pour ranger un corps dans une case.

Il nous a suffi d’un instant.

Un regard le 1er janvier 2012 sur un lit d’hôpital pourtant pour comprendre les violences.

On a gagné.

Des quatre coins de France et du monde,

des liens forts, sincères, indestructibles, authentiques

se sont tissés.

On a gagné.

Les deux poids, deux mesures sont là,

en pleine lumière,

gravés dans l’histoire piur celui qui veut bien voir et qui sait que la raison gouverne le monde.

On a gagné.

On a gagné.

On a gagné.

Des livres, des documentaires, des archives restent et resteront pour ceux qui voudront bien voir.

Des voix fixées sur des audios où résonnent les sons passés,

Des affiches lacérées par nos bourreaux dans les rues,

Des mots jetés sur le papier comme des bouteilles à la mer.

Ils croyaient tourner la page.

Nous en avons fait une bibliothèque,

On a gagné.

Nous savons ce qu’il s’est passé,

et maintenant tout le monde le sait,

Wissam.

Un prénom qui résonne.

On a gagné.

“Les violences policières n’existent pas” ?

Elles existent dans chaque corps qui tombe,

dans chaque souffle qui s’arrête,

dans chaque respiration que l’on bouche,

dans chaque goutte de sang que l’on nettoye,

dans chaque rapport qu’on corrige,

dans chaque médaille que l’on donne,

dans chaque dossier qui traine,

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dans chaque mère qui, un soir, appelle son vivant par le prénom de son mort.

Nous, nous avons tout enregistré.

Dans nos têtes,

dans nos ventres,

dans nos nuits,

dans nos coeurs,

dans nos vaines,

dans nos poings,

On a gagné.

N’ayez pas pitié de nous.

Nous n’avons pas besoin de pitié.

Nous avons besoin de vie et de nous tenir encore plus serrés pour les batailles qui viennent.

On a gagné.

Nous ne sommes pas tristes,

nous sommes libérés.

Désormais il n’y a plus rien à attendre,

Il reste à percer les lignes,

Nous ne sommes pas devenus mauvais,

nous sommes devenus lucides.

Nous tenons mieux sur nos jambes,

même quand nos voix tremblent,

même quand nos mains se crispent,

même quand nos gorges ne peuvent plus rien avaler,

Nos cicatrices, nos rides, nos nerfs, sont devenues des cartes et des boussoles.

On a gagné.

Nous ne nous sommes pas endormis,

nous avons appris à veiller.

A écouter ce que les silences cachent,

A repérer les répétitions maladroites,

A lire entre les lignes pour mieux un jour les percer.

On a gagné.

On a gagné.

On a gagné.

Notre combat ne se limite pas à Wissam.

Il commence avec lui.

Il déborde ici et là,

ici et maintenant,

là bas et demain,

Il traverse les quartiers,

les langues,

les couleurs,

les mythes.

Il nous dépasse et touche à de l’universel,

Il nous oblige.

Il dépasse même ceux qui ne croient plus en rien.

On a gagné.

Si personne n’est responsable,

alors ils le sont tous.

Si la vie ne compte plus,

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alors c’est la mort qui devient preuve.

Si tout est possible alors l’impossible l’est tout autant.

On a gagné.

Tout le monde est Wissam

et Wissam est tout le monde.

Son prénom se lie à d’autres,

un autre frère,

une autre sœur.

Il se lie à toi et à ce qui compte pour toi.

On ne peut plus tous nous faire taire,

Parce que chaque nom effacé, chaque destin brisé, est une braise et nous sommes l’incendie.

On ne peut plus écoper un cadavre à la dérive.

On a gagné !

Wissam n’a jamais été

et ne sera jamais

autant vivant que mort.

On a gagné !!

Parce qu’à partir de lui,

plus rien n’est comme avant.

ON A GAGNÉ !!!!!!!!

C’est un drapeau.

C’est un point de rassemblement quand on sonne l’alarme.

C’est un slogan.

Ce non-lieu n’est pas une fin.

C’est un début.

Le non-lieu n’est pas une défaite,

C’est notre lieu.

C’est l’endroit où les non êtres ont à être, à devenir, à honorer le vivant, nos rêves d’enfants.

Nous avons la certitude d’être du bon côté de l’histoire.

C’est l’humanité toute entière qu’on chercher à enterrer.

Quand on entendra à Clermont-Ferrand

“Tu te souviens de l’affaire Wissam ?”

Résonnera désormais dans les sourires génés la note “Ce jour-là, quelque chose a basculé.”

ON A GAGNÉ !!!!!!!!

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