Notre ami, camarade et auteur Mohammed Harbi est décédé ce 1er janvier 2026, à l’âge de 92 ans. Acteur et historien de la lutte de libération algérienne, partisan de la démocratie et de l’autogestion, il a accompagné avec constance nos éditions et nos combats pour l’émancipation en contribuant à l’Encyclopédie internationale de l’autogestion, préfaçant nombre de nos livres, dont L’Algérie au coeur de Clara et Henri Benoits.
Il nous avait fait l’amitié de nous confier la publication de plusieurs de ses ouvrages: Autogestion en Algérie: une autre révolution et l’édition augmentée et actualisée de Le FLN: mirage et réalité. que nous avons publiée avec nos amis des éditons Page 2 (Lausanne).
Ses Mémoires filmés constituent une contribution inestimable à l’histoire de la lutte de libération nationale et de la révolution.
Mohammed Harbi est né en 1933 à El Harrouch (Skikda). Il s’engage dès l’âge de 15 ans dans le combat contre le colonalisme et pour l’indépendance de l’Algérie. D’abord au PPA-MTLD, il est responsable de l’organisation des étudiants nord-africains en France, puis membre de la direction de la Fédération de France du FLN où il s’occupe de la presse et de l’information.
C’est en France qu’il a l’occasion de rencontrer des militants ouvriers et intellectuels comme Daniel Guérin (qui dans Ci-git le colonialisme confirme que Mohammed Harbi est le rédacteur du texte de la Fédération de France sur le FLN, « Le PCF et la question algérienne » paru dans Quatrième internationale en 1958). Il participe aux premières négociations d’Evian et, après l’indépendance, il est conseiller de la présidence sous Ben Bella. Dans Une vie debout, (La Découverte, 2001)) il retrace cet itinéraire, jusqu’en 1962.
Après l’indépendance, il s’affirme comme un des penseurs et praticiens de l’autogestion. Il se heurte à une bonne part de l’appareil politico-administratif et militaire. Il participe à la rédaction du programme de Tripoli, dirige le journal Révolution africaine et anime avec d’autres (dont Michel Pablo-Raptis) le Bureau national d’animation du secteur socialiste.
Arrêté en 1965 au moment du coup d’Etat de Boumédiène, il est emprisonné, puis placé en résidence surveillée. Il s’évade en 1973. Avec Hocine Zahouane, il portait le projet de constitution d’une gauche du FLN.
C’est en exil en France que Mohammed Harbi reprend des études d’histoire et langues orientales et devient l’un des principaux historiens de l’Algérie contemporaine s’appuyant sur une approche sociologique des groupes sociaux, des classes et des pratiques. Ce qui lui permet de saisir les obstacles concrètement dressés face aux dynamiques autogestionnaires.
Maître de conférences à l’Université de Paris 8, il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine. Il a également publié Le FLN : documents et histoire, 1954-1962 (avec Gilbert Meynier) et La guerre d’Algérie (avec Benjamin Stora).
Ses recherches ne l’ont pas retiré des combats pour la démocratie. Pour reprendre l’expression de Paul Bouchet, Mohammed Harbi n’était pas un « ancien combattant » mais un vieux lutteur.
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