Par Dimitris Konstantakopoulos
Jan 14, 2026
Dans un article precedent https://www.defenddemocracy.press/85814-2/), nous avons évoqué l’importance de Cuba (prochaine cible de Trump), du Venezuela et du Groenland pour l’équilibre stratégique entre les États-Unis et l’axe Russie–Chine, ainsi que les éléments d’une vaste mystification intégrée à la politique de Trump (et de ceux qui le manipulent dans l’ombre, comme les extrémistes de Netanyahu). Cette mystification est particulièrement évidente en Ukraine, où la guerre se poursuit sans relâche un an après le début du nouveau mandat de Trump.
Un élément central de cette tromperie réside dans ce qui est affirmé dans la Stratégie de Sécurité Nationale des États-Unis, rendue publique par Trump peu avant l’attaque contre le Venezuela : à savoir que les États-Unis ne chercheraient pas la domination mondiale. Cette formule visait à atténuer autant que possible les réactions contre Trump et à induire l’opinion publique en erreur quant à l’ampleur réelle de son expansionnisme.
Mais si Trump ne cherche pas la domination mondiale, pourquoi a-t-il approuvé le plus important budget militaire de toute l’histoire (1 500 milliards de dollars) ? Pourquoi a-t-il déclaré ne pas se soucier du renouvellement du traité START sur le contrôle des armes nucléaires stratégiques ? Pourquoi a-t-il contraint ses alliés européens à porter leurs dépenses militaires à des niveaux exorbitants, « d’avant-guerre » ? Pourquoi a-t-il bombardé le Nigeria, intensifié les bombardements en Somalie, autorisé la sécession du Somaliland et menacé l’Iran, l’Afrique du Sud et le Liban ?
Depuis l’élection de Trump — il y a quinze mois — trois États importants, également amis de la Russie, de la Chine et des BRICS, ont subi des attaques militaires directes ou indirectes des États-Unis : la Syrie d’Assad, l’Iran et le Venezuela (sans même mentionner l’extermination des Palestiniens et les menaces contre le Hezbollah, les deux alliés les plus importants, stratégiquement vitaux et les plus loyaux de la Russie, de la Chine et des BRICS en Asie occidentale).
S’agit-il d’un repli sur le continent américain et d’un évitement des guerres ? Ou bien de la préparation d’une grande guerre contre la Russie et la Chine — la guerre « apocalyptique » — avec une probabilité très élevée d’holocauste nucléaire mondial, à moins qu’il n’existe une détermination à affronter les forces qui poussent dans cette direction, sous la direction de Trump et surtout depuis les coulisses, celles de Netanyahu, et à moins que des forces au sein même des sociétés occidentales ne réagissent à temps et avec vigueur face à une telle perspective ?
Il est totalement illusoire, extrêmement dangereux et profondément stupide d’espérer que Trump se concentrera sur le continent américain et laissera le reste du monde en paix.
Avec l’intervention au Venezuela, Trump ne cherche pas seulement à frapper toutes les formes d’influence russe et chinoise dans l’hémisphère occidental — et donc leur prestige mondial. Il ne porte pas seulement un coup sévère aux ambitions des BRICS, puisque le Venezuela est puni pour s’être largement éloigné du dollar, comme l’Irak et la Libye avaient tenté de le faire avant lui. Il ne nuit pas seulement à l’approvisionnement énergétique et aux intérêts commerciaux de la Chine. Il ne frappe pas seulement des alliés mêmes des États-Unis, comme les Européens — menacés par l’annexion du Groenland — et le Canada, également menacé d’annexion. L’attaque contre le Venezuela n’est pas simplement un prélude aux attaques déjà annoncées contre l’Iran, la Colombie, Cuba, le Nicaragua, le Groenland et, en dernier ressort mais inévitablement, les gouvernements progressistes du Mexique et du Brésil (la première lettre des BRICS).
Il s’agit aussi du retour de l’humanité à l’idéologie d’Hitler et à la géopolitique de Haushofer — non plus à l’échelle européenne, mais à l’échelle mondiale — comme nous le soutenons depuis plusieurs années, en soulignant l’unité des différentes guerres déclenchées par les principales puissances de l’Occident, à savoir Israël et les États-Unis (https://www.defenddemocracy.press/ukraine-palestine-taiwan-the-course-to-world-war-and-how-to-stop-it/ ). D’abord, on « nettoie » la périphérie (Asie occidentale, Amérique latine, Afrique), on s’empare de la majeure partie des ressources de la planète, on subordonne totalement les « alliés », et ce n’est qu’ensuite que l’on s’attaque sérieusement à la Russie et à la Chine. C’est exactement ce que fit l’Allemagne nazie en occupant toute l’Europe continentale et en rassurant Moscou, avant de se retourner contre son véritable ennemi, l’Union soviétique.
Abolition du droit international
Cela équivaut également à l’abolition complète du droit international, bientôt suivie de celle du droit national. Pour la première fois dans l’histoire, le président des États-Unis déclare officiellement qu’il n’est lié ni par le droit international ni par les traités signés par son pays (https://www.defenddemocracy.press/trump-lays-out-a-vision-of-power-restrained-only-by-my-own-morality /), mais uniquement par les appétits monstrueux et prédateurs de lui-même et de ses amis et soutiens milliardaires — membres d’une aristocratie de l’argent dégénérée, porteurs d’une idéologie de ténèbres et de mort.
« Je suis la planète », proclame en substance Donald Trump, déclarant en pratique qu’il correspond à la définition du Dictateur selon Carl Schmitt, le grand philosophe du droit et président des juristes nazis : un dictateur est celui qui a le droit de déclarer l’état d’exception et d’agir en dehors du droit.
Il faut également souligner que, derrière les lignes de la « Stratégie de Sécurité Nationale » de Trump — le Mein Kampf de notre époque — se cache une tentative à peine dissimulée de préparer l’affrontement final avec la Chine. Le texte ne traite même pas des énormes problèmes sociaux, internationaux et économiques d’une planète au bord de l’explosion (à l’exception du changement climatique, qu’il nie). Trump ne se préoccupe que des Américains — et plus précisément des Américains blancs et riches. La planète n’est qu’un espace de matières premières à piller. Plus grave encore, il semble croire que l’Amérique peut survivre dans un monde qui se disloque et s’effondre. Une telle illusion encourage l’aventurisme à l’échelle mondiale et peut faciliter les holocaustes nucléaire et écologique qui menacent notre espèce plus directement que jamais. L’« holocauste culturel » — l’incendie du cerveau et de la conscience de l’humanité — est déjà en cours et prépare le terrain pour le reste.
J’ai récemment lu une analyse affirmant, en substance, que « le droit international est mort — vive le droit international ». Quiconque soutient de telles idées risque de jeter le bébé avec l’eau du bain. Le droit international n’a peut-être pas toujours été appliqué, mais il constituait une barrière juridique, politique et idéologique majeure qui limitait l’« hyper-impérialisme ». Le droit international, notamment tel qu’incarné par la Charte des Nations unies, est l’un des plus grands acquis de l’ère moderne, un fondement essentiel de notre civilisation (pour ceux d’entre nous qui en possèdent encore une) et, surtout, la plus grande victoire de la lutte de l’humanité contre le nazisme.
Le nouveau national-socialisme
Derrière la figure étrange de Trump, quiconque a des yeux pour voir peut discerner l’ombre de Benjamin Netanyahu — fondateur, inspirateur et financier du courant néoconservateur ; chef de l’aile la plus extrémiste et totalitaire de l’Occident collectif ; partisan de la guerre et du chaos permanents ; et mentor et supposé maître-chanteur (via les listes Epstein) du président américain. Depuis deux ans, M. Netanyahu non seulement commet, mais — contrairement aux nazis allemands — ne tente même pas de dissimuler et affiche ouvertement le génocide des Palestiniens. D’une manière qui aurait sans doute laissé sans voix les pères de la dialectique — Héraclite, Hegel, Marx — le national-socialisme, ses idées et ses méthodes, se transforment aujourd’hui en sionisme. Il est également probable que Netanyahu et Trump, qui ont passé le Nouvel An ensemble, aient planifié conjointement l’enlèvement de Maduro (https://www.defenddemocracy.press/netanyahu-joins-trump-to-ring-in-the-new-year-in-florida/). La méthode est conforme aux pratiques israéliennes, elles-mêmes inspirées de celles de l’Ordre des Assassins — à ceci près qu’ils n’ont pas assassiné Maduro et son épouse. Israël demeure l’avant-garde du totalitarisme mondial en Occident, toujours un pas en avance sur les autres.
Il va de soi que ces méthodes commencent déjà à apparaître au sein même de l’« Occident civilisé ». Le programme de « guerre permanente » est incompatible avec l’État-providence et les droits démocratiques et tend inévitablement à l’imposition de dictatures plus ou moins ouvertes — ou déguisées — à l’échelle mondiale. Nous l’avons déjà constaté dans la répression horrifiante des Gilets jaunes en France et dans la persécution massive, souvent illégale, de toute personne critiquant la politique de l’OTAN ou défendant les Palestiniens.
Notons également que le droit international n’est pas seulement un mécanisme fondamental de protection des petits peuples et des petits États ; conjointement avec le contrôle des armements — que Trump achève aujourd’hui de démanteler — il constitue aussi un mécanisme essentiel de protection des grandes puissances elles-mêmes contre les conséquences potentiellement catastrophiques de leurs rivalités et de leurs conflits.
Retour à l’entre-deux-guerres, mais avec des moyens de destruction massive
Je suis pleinement conscient que beaucoup considéreront l’analyse ci-dessus comme exagérée. Ils le feront non parce qu’elle serait insuffisamment étayée par des mots et, surtout, par des faits, mais parce que ses conclusions sont terrifiantes et exigent une action décisive et des sacrifices réels.
Il en alla de même à la veille des deux guerres mondiales. L’humanité ne voulait pas croire à ce qui arrivait. Il en fut de même dans les années 1930, lorsque tout le monde — ou presque — observa passivement, voire soutint, l’ascension d’Adolf Hitler. Il en alla de même pour les Soviétiques, qui s’attendaient à voir régner la liberté et affluer les dollars dans leur pays, avant de subir la plus grande catastrophe sociale de l’histoire et de voir leur État se dissoudre en ses parties constitutives.
Les sécurité et plaisirs de la Belle Époque sont doux, mais plus l’ivresse dure, plus la gueule de bois est sévère (si les conséquences se limitent à une gueule de bois).
Depuis cent ans, nous savons que le capitalisme, confronté à la crise et au risque de perdre son hégémonie, recourt à l’impérialisme, à la guerre, à la dictature et au fascisme. Plus tôt — et plus résolument — ce phénomène est affronté par les mouvements populaires, par les États résistants, par la « majorité globale » et par les classes populaires au sein même de l’Occident, mieux ce sera.
Comme l’enseignait Hippocrate, le fondateur grec de la médecine :
«Prévoir et prévenir vaut mieux que guérir.»











