par Dimitris Konstantakopoulos (*)
Chers amis et chers camarades,
Je tiens à vous remercier et à vous féliciter pour votre initiative d’organiser cette conférence nécessaire depuis longtemps. Je remercie tout particulièrement les camarades Babakov, Prilepin et Katsioulas pour l’énergie et le temps qu’ils ont consacrés à sa réussite.
L’Initiative des Delphes pour la défense de la démocratie, que je représente ici, est née de la conviction qu’aucune des grandes questions actuelles ne peut être traitée au niveau national ou régional. Elles sont mondiales par nature. Elles ne peuvent pas non plus être traitées par les seuls États. Pour les aborder, elles nécessitent l’entrée des mouvements de masse sur la scène de l’Histoire. D’ où la nécessité d’une nouvelle Internationale, que notre camarade Samir Amin appelait la Cinquième, ou que nous pouvons appeler la Sovintern. Un défi mondial doit être relevé par un contre-défi, une contre-vision mondiale.
Je suis particulièrement heureux que cette Conférence se tienne en Russie. Intervenant l‘avant-dernière année au club Valdaï, le président Poutine lui-même a souligné l’importance internationale de la Révolution russe. En effet, la Révolution de 1917 a été la première réponse majeure du mouvement socialiste et ouvrier mondial au phénomène de l’Impérialisme, c’est-à-dire à la politique par laquelle le Capitalisme tente de résoudre sa crise depuis le XIXe siècle.
L’Impérialisme n’est pas une caractéristique fortuite et accidentelle du système capitaliste mondial. C’est une caractéristique systémique et organique de celui-ci, nécessaire à sa propre survie.
Le premier pays qui l’a compris et y a réagi fut la Russie, car elle ne pouvait pas se développer dans le cadre donné que le capitalisme avait façonné. C’est ce qui a rendu les révolutions russe, chinoise et anticoloniales qui ont suivi à la fois nécessaires et possibles.
La Russie a appris la même leçon à ses dépens, à la fin du siècle dernier, en constatant les résultats des concessions sans précédent et incroyables que Gorbatchev et Eltsine avaient faites à l’Occident.
En 1991, les dirigeants du capital financier international ont cru un instant que nous vivions la fin de l’Histoire, qu’ils pourraient imposer leur Empire mondial, l’Empire du Finance et des Armes americains, en généralisant un système de pseudo-démocratie parlementaire, avec la force du paradigme capitaliste, politique, économique et social occidental. Ils espéraient que l’introduction des capitaux et des valeurs occidentaux en Chine déclencherait une perestroïka chinoise évoluant en katastroika, renversant le régime de l’économie planifiée. Ils espéraient que la Russie continuerait sur la voie de la désintégration, ils espéraient qu’aucune classe, nation ou État ne contesterait leur pouvoir.
Il n’en fut rien. Nous avons assisté au développement fantastique de la Chine et à la survie de son régime, au retour de la Russie, à l’essor du Sud, et à la crise économique et politique au sein même de l’Occident. Et c’est ce qui oblige l’impérialisme, sous la direction de Trump et Netanyahou, à changer de cap et à revenir aux vieilles méthodes du Fascisme et de la Guerre. Plus d’ONU, plus de droit international. La force du puissant, la volonté du Dictateur devient la loi suprême. Et nous voyons la milice Azov en Ukraine, le génocide palestinien, le Liban, la Syrie, le Venezuela, l’Iran, Cuba. Le duo Trump – Netanyahu semble suivre une variation de la stratégie d’Hitler. Hitler a conquis toute l’Europe avant d’attaquer la Russie soviétique : le duo actuel cherche à contrôler tous les points stratégiques de la Terre avant d’attaquer la Russie et la Chine.
L’Histoire nous a appris que des phénomènes similaires ne se traitent pas par des manœuvres tactiques et l’apaisement. Ils exigent la lutte la plus décisive, et j’espère que la Sovintern y contribuera.
La résistance héroïque du peuple iranien à l’impérialisme des États-Unis et d’Israël offre une opportunité historique aux forces anti-impérialistes de passer à la contre-offensive, avant que ces puissances ne parviennent à stabiliser la situation. L’Histoire ne nous pardonnera pas si nous ne l’utilisons pas.
Bien sûr, l’Impérialisme est l’enfant du Capitalisme. On ne peut pas le combattre si l’on n’oppose pas une contre-vision au Capitalisme. Nous devons redéfinir ce que le socialisme peut être, discuter de l’écologie et de l’intelligence artificielle, entre autres. Des conférences doivent être organisées précisément sur ces sujets. Et nous devons exprimer, de la manière la plus forte possible, par des paroles et par des actes, notre solidarité avec les Palestiniens et les Libanais, avec les Iraniens et avec les Cubains. Ils en ont besoin !
(*) Il s’agit du texte du discours prononcé par Dimitris Konstantakopoulos dans la salle historique des Syndicats à Moscou le 27 avril, lors de la conférence pour la création d’un réseau mondial pour la gauche du 21e siècle sous le nom de Sovintern. L’Initiative de Delphes, répondant à l’invitation reçue du parti socialiste « Juste Russie », a accepté de participer et de soutenir cette initiative de manière critique, convaincue de la nécessité d’un dialogue entre les forces de la gauche mondialement, mais surtout entre la gauche russe et la gauche internationale. Un tel dialogue revêt aujourd’hui une importance considérable.
Nous rappelons à nos lecteurs que la publication d’articles sur notre site ne signifie pas que nous adhérons à ce qui y est écrit. Notre politique est de publier tout ce que nous considérons comme intéressant, afin d’aider nos lecteurs à se forger leur propre opinion. Parfois aussi, nous publions des articles avec lesquels nous sommes en total désaccord, car nous croyons qu’il est important que nos lecteurs soient informés d’un éventail d’opinions aussi large que possible.

