“On est de retour au siècle dernier”: en Grèce, la remise en cause de la journée de 8h provoque un tollé

Par Angélique Kourounis
Jun 10, 2021

“Des gouvernements de droite on en a eu, mais le mépris de celui-ci est inégalable. C’est du jamais vu”. Theodore Papadopoulos la cinquantaine était dans les rues d’Athènes hier de bon matin pour protester contre le projet de loi du gouvernement  de Kiriakos Mistotakis qui selon les syndicats remet en cause, dans les faits, la journée de huit heures.

L’article 57 de ce projet de loi donne l’autorisation aux employeurs d’imposer jusqu’à 150 heures supplémentaires par an à raison de deux heures quotidiennes de plus ajoutées aux huit conventionnelles en fonction des besoins de l’entreprise. Et c’est en fonction de ses besoins que les salariés pourront récupérer ces heures sous forme de repos non payés.

L’article 97 remet lui en question les conventions collectives qui avaient été réinstaurées par l’ancien gouvernement de gauche le Syriza après que créanciers du pays durant la terrible crise économique de 2009/2019 les eusse supprimées. Pour justifier ce projet de loi le ministre du travail Kotas Hatzidakis avait déclaré à la télévision le 18 avril dernier que ” Cet aménagement du temps de travail permet aux étudiants qui travaillent en faisant leurs études d’aller passer des examens durant leur temps de travail payé alors que là ils doivent prendre sur leur jours de vacances. Après ils dédommageront l’entreprise “. Selon le ministre, ce projet de loi “permet aussi à ceux qui ont des champs d’oliviers d’aller en octobre ramasser les olives durant le temps de travail payé et après de rendre ces heures à l’entreprise”.
Pas un mot sur les heures supplémentaires imposées avec ou sans le consentement du salariés. La réaction des syndicats ne s’est pas fait attendre. Le 12 mai dernier des seaux d’olives étaient jetés devant le ministère du travail, “On nous prend pour des cons ! s’emporte Théodore Papopoulos, “Ils oublient de dire que ces heures récupérées seront non payées”.

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Main aux fesses ou heures sup non payées, il faut choisir

Devant la bronca générale du pays les manifestations constantes dans toutes les villes, et les débats houleux au Parlement, le gouvernement est passé à l’offensive avec une campagne de spots télévisés qui expliquent qu’avec ce projet de loi “est instauré pour la première fois le congé parental payé de 14 jours, et plus si nécéssaire, pour les deux parents et une protection efficace contre le harcèlement sexuel sur les lieux de travail. ”

“C’est juste mais pourquoi enlever d’une main ce que tu donnes de l’autre” se demande Eliza venue manifester comme elle dit “pour ses petits enfants”. Cette retraitée d’environ 70 ans, que l’on imagine plus à prendre le thé dans un salon qu’à manifester avec des ouvriers, se pose la question “ma petite file devrait choisir entre une main aux fesses et les heures supplémentaires non payées ?”. Philosophe, Dimitri, chauffeur de taxi, le masque sous le menton, la cigarette au bec, et le journal du parti communiste dans la poche, s’approche et lui donne un léger coup de coude ,”Que voulez vous c’est eux qui ont la cuillère et c’est eux qui ont la casserole. Ils mélangent comme ils veulent.”

Malgré la présence massive des forces de l’ordre qui encadraient la manifestation, il n’y avait aucune tension dans le cortège. Au contraire la musique qui joue à plein tube des chansons de contestation lui donnent même un air de kermesse. Mais les énormes banderoles en tête de cortège “Non à l’abolition des journées de huit heures” , “L’esclavage est pas un progrès” remettent les pendules à l’heure.

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Vassili topographe très dynamique, malgré sa cinquantaine bien entamée, marche en première ligne, ” On est de retour au siècle dernier. Là ou nous avions conquis les huit heures de travail, huit de loisir et huit de repos, on doit tout recommencer du début ! Ça passera peut être au Parlement mais pas dans la pratique. On ne se laissera pas faire”.

Négocier sans les syndicats

Pour Kostas Mélas, économiste, ce projet de loi s’inscrit dans la logique “ultralibérale” du gouvernement Mitsotakis.

” Pour le gouvernement il faut limiter au maximum, voire au niveau zéro, la possibilité de négociation des salaires via les conventions collectives et les syndicats.
Les salaires et les horaires doivent au final rester stables et être uniquement déterminés, par l’employeur en fonction de la bonne marche de l’économie, et de la dynamique de son entreprise”. Le but ultime, selon ce professeur retraité de l’université Panthion d’Athènes, est qu’en fin de chaine ” le prix du produit à la vente reste lui aussi stable, malgré l’augmentation du temps de travail afin d’avoir une augmentation de la demande et donc du PIB”.
Un calcul remis en cause par les annonces de futures augmentations d’une grande part des denrées alimentaires et des produits d’importation cet automne. Et Kostas Melas de conclure ,” Vous savez en Europe, le smic est déterminé par les conventions collectives à 71%, en Grèce à 26% mais même cela c’est trop pour le gouvernement Mitsotakis.”

Le projet de loi sera soumis au vote en assemblée plénière le 16 juin prochain. D’ici là les manifestations continueront dans tout le pays.

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