Par IntelSky, le 23 mai 2026
Alerte stratégique : l’“imposture du mariage” de Trump et les tensions à leur paroxysme… Washington alimente le bourbier du Moyen-Orient. — Talal NahleVendredi 22 mai 2026 (84e jour de la guerre)
Les déclarations erratiques du président américain Donald Trump concernant les négociations n’étaient qu’un écran de fumée. Son annonce soudaine de ne pas assister au mariage de son fils pour “rester à la Maison Blanche” n’est pas l’expression innocente d’un engagement paternel ou patriotique, mais plutôt la copie conforme du célèbre mensonge de Netanyahu lors de la dernière guerre. Ce geste symbolique, associé à la démission soudaine (ou au limogeage) de la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard, et à la transformation de l’aéroport israélien Ben Gourion en la plus grande base de ravitaillement américaine flottante au monde, déclenche des sirènes d’alerte au niveau maximal.
Nous n’assistons pas à une médiation pakistanaise pour mettre fin à la guerre, mais plutôt à une couverture diplomatique bidon visant à légitimer la frappe militaire la plus massive et la plus meurtrière à ce jour. À l’inverse, l’Axe (de l’Iran au Liban) est passé de la phase préparatoire à une “attaque préventive tactique”, transformant les casernes de l’occupant en Cisjordanie en fournaises grâce à des frappes de drones, tout en resserrant son emprise sur le détroit d’Ormuz.
Voici une analyse sommaire des jours les plus dangereux de cette guerre :
1. La “supercherie du mariage” — les masques tombent
Le climat politique à Washington et à Tel-Aviv est le théâtre de préparatifs typiques de l’“heure H” :
- Réédition du scénario de la supercherie : l’absence de Trump au mariage de son fils est le “mot de passe”. Tout comme Netanyahu l’avait fait auparavant pour endormir l’Axe, Trump feint une crise d’urgence pour justifier son maintien dans la salle de crise. Cela signifie que la décision de reprendre les bombardements a été prise et sera mise en œuvre sous peu.
- Les désirs du cabinet israélien : la fuite de Channel 13 selon laquelle Netanyahu et les services de sécurité souhaitent un “retour à la guerre de plusieurs jours pour affaiblir l’Iran et cibler les installations énergétiques” confirme qu’Israël fait chanter Trump pour pousser les États-Unis en première ligne. Tel-Aviv ne veut pas mettre fin à la guerre, et le projet d’accord (qui n’inclut pas l’extraction d’uranium) représente pour lui une défaite existentielle.
- Purge des services du renseignement (démission de Gabbard) : La démission soudaine de Tulsi Gabbard (sous prétexte de se consacrer à son mari malade) à ce moment critique suscite de vifs soupçons. Gabbard, avec son passé militaire et son opposition historique aux guerres sans fin, a peut-être refusé de valider les évaluations des services du renseignement justifiant la nouvelle frappe, ou a peut-être mis en garde contre des retombées catastrophiques. Son absence ouvre la voie aux bellicistes (Rubio, Vance) pour pousser Trump vers un suicide militaire.
2. La base militaire Ben Gourion… et le stockage de carburant en vue d’une frappe majeure
Des images satellites ont révélé les intentions opérationnelles américaines :
- La flotte de ravitaillement en vol : la présence de plus de 52 avions de ravitaillement en vol américains massés à l’aéroport Ben Gourion, ainsi que les informations selon lesquelles ils y resteront jusqu’en 2027, transforment le principal aéroport civil d’Israël en plateforme logistique centrale pour la guerre. Ces avions ne sont pas là pour protéger Israël ; ils sont exclusivement destinés à soutenir et à étendre le rayon d’action des bombardiers et des chasseurs prêts à frapper en profondeur sur le territoire iranien.
- Une cible légitime : les avertissements d’experts en droit international (tels que Marko Milanovic) selon lesquels cette reconversion fait de Ben Gourion une cible militaire légitime fournissent à l’Axe (en particulier aux missiles lourds iraniens et au Hezbollah) la justification juridique et militaire nécessaire pour rayer l’aéroport de la carte dès les premières heures de la riposte.
3. L’impasse sur l’uranium et le chantage américain au Liban
La médiation pakistanaise est dans l’impasse :
- Le double veto de l’Iran : la déclaration iranienne (par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères et du Comité de sécurité nationale) selon laquelle il n’y aura “aucune extraction d’uranium” et “aucune concession sur la souveraineté d’Ormuz” met un coup fatal aux conditions de Washington. L’Iran refuse d’entrer en détail sur la question nucléaire avant la fin de la guerre, tandis que Washington exige la remise de l’uranium avant tout accord. Il s’agit là d’une contradiction que seule la force des armes pourra résoudre.
- Les sanctions, “arme des impuissants” : l’imposition par Washington de sanctions à l’encontre de 9 personnalités (dont des députés libanais et un ambassadeur iranien) constitue une sanction politique pour le refus du Liban d’accepter le plan de la Déclaration d’intentions et le piège sécuritaire du Pentagone. Téhéran a parfaitement décrypté cette manœuvre, la considérant comme une preuve irréfutable de la complicité américaine dans l’atteinte à la souveraineté du Liban et la prolongation de l’anéantissement.
4. La Résistance au Liban… Ababil réduit en fumée les casernes de l’occupant
En réponse à l’intransigeance diplomatique et à l’intensification des frappes aériennes israéliennes (Yater, Choukine, Hanouiyeh, Baraachit), la Résistance libanaise a intensifié ses actions jusqu’à atteindre un niveau de “destruction chirurgical” contre l’armée d’occupation :
- Paralysie du nord d’Israël : 16 communiqués du Hezbollah ont abouti à une série de percées décisives grâce à l’utilisation de drones kamikazes Ababil. Les frappes à deux reprises contre la caserne Biranit (visant un rassemblement de troupes puis un lanceur du Dôme de fer), ainsi que celles contre Misgav Am et les hauteurs de Ramim, ont fait des dizaines de victimes israéliennes (dont un soldat gravement blessé) et entraîné des évacuations par hélicoptère.
- Échecs de détection et confusion israélienne : Le hurlement continu des sirènes (à Zar’it, Misgav Am) et la difficulté avouée par Israël à détecter les drones du Hezbollah confirment qu’Israël a perdu sa souveraineté tactique sur son propre espace aérien. Ces opérations corroborent la déclaration du chef du Bloc de loyauté envers la Résistance : “Nous sommes confrontés à une guerre destructrice visant à briser notre détermination. […] Et nous ne céderons pas”.
Conclusion et “heure H”
Le tweet de Trump sur le “mariage” est l’alerte ultime. Les négociations menées par l’intermédiaire du médiateur pakistanais ne sont qu’une opération “soporifique” destinée à faire diversion et à dissimuler la mobilisation logistique américaine.
Alerte stratégique : Washington et Tel-Aviv ont achevé leurs préparatifs. La présence de 52 avions ravitailleurs à Ben Gourion, le nouveau budget militaire colossal de Trump et les déclarations de Rubio confirment qu’une campagne aérienne et de missiles intensive sera lancée contre l’Iran (coïncidant potentiellement avec une escalade extrêmement violente et destructrice au Liban) dans les 48 à 72 heures prochaines.
Si Israël met à exécution son intention de cibler les installations énergétiques iraniennes (comme l’a révélé Channel 13), les représailles promises par les imams de Téhéran et les commandants des Gardiens de la Révolution se concrétiseront : le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb seront fermés sous le feu, les câbles sous-marins seront neutralisés, et les bases régionales ainsi que les infrastructures énergétiques (y compris Ben Gourion et toute base ayant facilité l’attaque) seront pilonnées quotidiennement par des centaines de missiles. Les États-Unis et Israël jouent à la “roulette russe”, et l’issue ne sera autre que l’effondrement de l’économie mondiale (accompagné d’une flambée sans précédent des prix de l’essence aux États-Unis) et un remaniement radical de l’équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient.
Les républicains de la Chambre bloquent le vote sur la résolution autorisant les pouvoirs de guerre contre l’Iran, résolution qui était pourtant pressentie pour être adoptée.
L’adoption d’une résolution autorisant les pouvoirs de guerre contre l’Iran gagne du terrain à la Chambre et au Sénat.
Par Dave DeCamp | 21 mai 2026 à 19h20 HE | Iran
Jeudi, les républicains de la Chambre ont annulé le vote sur une résolution autorisant les pouvoirs de guerre pour mettre fin à la guerre menée par le président Trump contre l’Iran, constatant qu’ils ne disposaient pas des voix nécessaires pour la rejeter. Ce report signifie que la Chambre n’examinera pas le projet de loi avant le retour des parlementaires de la pause du Memorial Day.
« Les républicains viennent d’empêcher la Chambre de voter sur une résolution autorisant les pouvoirs de guerre car ils savaient qu’elle serait adoptée », a écrit le représentant Greg Casar (démocrate-Texas) sur X.
« Les républicains peuvent fuir la guerre désastreuse de Trump, mais ils ne peuvent pas se cacher. Des milliers de personnes sont mortes, les prix de l’essence et des produits alimentaires ont augmenté, et les progressistes continueront d’exiger un vote sur la résolution autorisant les pouvoirs de guerre jusqu’à ce que la guerre soit réellement terminée », a ajouté M. Casar.
Le dernier vote à la Chambre des représentants sur une résolution relative aux pouvoirs de guerre contre l’Iran s’est soldé par un résultat serré (212 voix pour, 212 contre), tandis que la dynamique en faveur de l’adoption du texte continue de s’amplifier dans les deux chambres du Congrès. Mardi, le Sénat a adopté une résolution similaire par 50 voix contre 47, une mesure de procédure. Toutefois, le texte doit encore faire l’objet d’un vote final avant d’être transmis à la Chambre des représentants.
Le représentant Gregory Meeks (démocrate de New York), à l’origine de la résolution, a déclaré que cette initiative bénéficiait d’un soutien croissant de la part des républicains, ces derniers subissant la pression de leurs électeurs confrontés à la hausse des prix de l’essence, conséquence de la guerre menée par Trump, extrêmement impopulaire auprès des Américains.
L’annulation du vote intervient alors que les États-Unis et Israël pourraient reprendre à tout moment leur campagne de bombardements massifs et que les États-Unis maintiennent le blocus imposé à l’Iran, un acte de guerre qu’une résolution relative aux pouvoirs de guerre enjoindrait Trump à lever. Le projet de loi est loin d’obtenir la majorité requise pour contrer un veto présidentiel, mais son adoption constituerait un désaveu significatif du président et compliquerait politiquement toute escalade.
L’administration Trump a manœuvré pour contourner la loi de 1973 sur les pouvoirs de guerre, adoptée pour limiter le mépris du pouvoir exécutif pour le principe constitutionnel qui confère au Congrès le pouvoir exclusif de déclarer la guerre.
Cette loi prévoit un délai de 60 jours pour que le président mette fin à toute action militaire non autorisée ou obtienne l’autorisation du Congrès. Or, cette disposition a été interprétée à tort comme autorisant le président à mener une guerre pendant 60 jours sans autorisation parlementaire.
Le délai de 60 jours pour la guerre contre l’Iran a expiré le 1er mai. L’administration a tenté d’affirmer que le cessez-le-feu aurait dû suspendre ce délai, mais le blocus signifie que l’armée américaine est toujours engagée dans des hostilités contre ce pays.
Selon un reportage de NBC News, le Pentagone envisage de rebaptiser la guerre contre l’Iran, actuellement baptisée « Opération Fureur Épique », en « Opération Marteau de Fer ». La Maison Blanche estime qu’un nouveau nom permettrait de remettre à zéro le compteur des pouvoirs de guerre. Cependant, toutes ces hostilités s’inscrivent clairement dans le cadre de la même guerre lancée par les États-Unis et Israël le 28 février.
Paradoxalement, la peur est le fondement de la stabilité ; la dissuasion est efficace
Alastair Crooke, 20 mai 2026. – Forum sur les conflits
Le professeur Sergueï Karaganov a publié un article intitulé « Comment gagner une guerre mondiale », dans lequel il préconise une frappe nucléaire limitée contre un adversaire par la Russie afin de prévenir une guerre mondiale.
À première vue, cela peut sembler paradoxal : une frappe nucléaire précisément pour éviter une guerre mondiale. Plusieurs commentateurs occidentaux ont réagi avec une hostilité sans bornes, présentant le professeur Karaganov comme un marginal, défendant des politiques extrémistes susceptibles d’ouvrir la boîte de Pandore et de déclencher un conflit nucléaire de plus grande ampleur.
S’agit-il d’un bluff ou d’une refonte révolutionnaire de la stratégie de défense russe ?
Pourtant, l’Occident devrait prendre très au sérieux la thèse du professeur Karaganov pour deux raisons : d’abord, parce qu’elle est pertinente et qu’elle touche à la psyché de notre époque, ainsi qu’aux contradictions sociétales toxiques qu’elle a engendrées ; ensuite, et plus directement, parce que son article, et les nombreux entretiens qu’il a suscités, ont provoqué un changement significatif dans la pensée politique et sécuritaire russe.
Comment, dès lors, ne pas y réfléchir sérieusement, notamment pour les Européens qu’elle peut concerner directement ?
Au fond, il y a une proposition très claire : la Russie, après avoir été attaquée par l’Allemagne et la quasi-totalité de l’Europe, a, au prix d’efforts considérables, créé, à partir du milieu des années 1950, l’arme nucléaire « pour garantir sa souveraineté et sa sécurité, et a ainsi atteint la parité nucléaire… Sans nous en rendre compte à l’époque, nous avons ainsi démantelé la supériorité militaire européenne/occidentale, fondement de son colonialisme et de sa domination idéologique ».
La dissuasion russe a porté ses fruits : la peur d’une guerre nucléaire a commencé à faire pencher la balance des pouvoirs… pour un temps. L’effondrement de l’Union soviétique en 1991 a toutefois inversé la tendance.
Mais à partir de 2000, alors que les États-Unis cherchaient à affirmer leur domination, la crédibilité de la dissuasion nucléaire russe s’est progressivement érodée. Aucun État occidental ne craignait véritablement l’arsenal nucléaire russe, les néoconservateurs occidentaux proclamant haut et fort qu’il s’agissait d’un bluff : la Russie n’oserait jamais l’utiliser. Le récit d’une Russie excessivement prudente et faible s’est enraciné.
Le professeur Karaganov admet ouvertement que la Russie porte une part de responsabilité dans la perte de la dissuasion. Il analyse ce déclin, les erreurs commises et constate que la Russie se retrouve aujourd’hui soumise à un système d’usure économique et militaire imposé par l’intermédiaire de l’Ukraine, alliée de l’Occident.
Ce conflit ukrainien n’est néanmoins que la partie émergée d’un iceberg, dont la majeure partie immergée est la guerre – notamment l’obsession européenne de fracturer et de vaincre la Russie, et de contenir la Chine. et la tentative américano-israélienne de démembrer le Moyen-Orient.
« La Russie a besoin d’une nouvelle politique », conclut Karaganov.
Premièrement, souligne-t-il, il est indispensable de reconnaître comment cette ère nihiliste post-moderne a sapé « l’essence même de l’homme » et mis en péril la civilisation humaine. Les civilisations, c’est-à-dire celles qui transcendent le matériel et qui offrent un cadre moral conférant sens et stabilité à l’existence.
Deuxièmement, le professeur Karaganov affirme qu’un accord négocié avec l’Occident est tout simplement hors de question – aussi séduisant qu’il puisse paraître – tant que l’hubris et l’arrogance occidentales persistent. La dissuasion requiert une crainte réelle. Il faut, selon lui, faire comprendre à la Russie qu’elle pourrait effectivement utiliser l’arme nucléaire, même de façon limitée, si l’on veut briser le réflexe de complaisance qui consiste à croire que « la Russie n’oserait jamais… ».
Il souligne : « L’utilisation de l’arme nucléaire est un péché grave. Mais le refus de facto de l’utiliser est un péché impardonnable, mortel et criminel, car il ouvre la voie à l’expansion et à l’escalade de la guerre mondiale déclenchée par l’Occident. Si rien n’est fait, cela mènera très certainement à la destruction de l’humanité, y compris de notre propre pays. La question de Vladimir Poutine, « À quoi bon un monde sans la Russie ? », reste d’actualité. »
Troisièmement, Karaganov soutient que cette approche devrait s’accompagner d’essais et d’une modernisation visibles de la triade nucléaire, tandis que, parallèlement, une nouvelle génération de « Burevestniks, Orechniks et autres vecteurs hypersoniques » devrait être développée afin de dissuader les Américains et les Européens de toute illusion d’imposer leur volonté par la force. Ce que préconise Karaganov, c’est de frapper d’abord les cibles européennes avec des armes conventionnelles – et de n’utiliser l’arme nucléaire qu’en dernier recours. Ceci est particulièrement pertinent aujourd’hui, compte tenu des attaques de drones facilitées par l’Europe, menées en profondeur en Russie et qui semblent hors de contrôle. Il paraît peu probable que la Russie tolère que cette situation perdure.
Enfin, le professeur Karaganov suggère : « Nous devrions tirer profit de l’expérience iranienne en matière de défense contre une agression. Téhéran a frappé les points faibles de l’ennemi ; celui-ci en a subi les conséquences et a battu en retraite… Les Européens devraient savoir qu’ils ne peuvent pas se terrer dans des bunkers ou sur des îles. Notre ministère de la Défense a récemment publié une liste d’entreprises européennes produisant des armes pour le régime de Kiev ; Ce n’est qu’un tout petit pas, mais dans la bonne direction.
Le contexte (que Moscou ne peut ignorer) est le leitmotiv des Européens à réclamer une guerre contre la Russie. Le discours public européen est dominé par la guerre, la guerre et encore la guerre contre la Russie, au moins d’ici 2030. Le roi Charles d’Angleterre, dans son récent discours malheureux devant le Congrès américain, a lui aussi appelé l’Amérique à se joindre à l’Europe pour préparer une guerre contre la Russie.
Pourtant, l’Europe ne dispose ni des moyens militaires ni financiers nécessaires pour une guerre d’envergure contre la Russie. Le roi Charles, pressentant sans doute la fin imminente de l’ère Trump, préparait le terrain pour que l’Europe tente d’entraîner une nouvelle administration américaine, d’abord, vers le retour des États-Unis sur le continent ; et ensuite (comme par le passé), vers une guerre contre la Russie.
Certains courants financiers et sécuritaires européens ne renonceront jamais à ce projet.
« Aujourd’hui, l’élite occidentale fait semblant de nous craindre », déclare Karaganov, « mais en réalité, elle ne nous craint pas, persuadée que la Russie ne la punira jamais avec des armes nucléaires. » Il nous faut [cependant] leur instiller une peur viscérale. Peut-être alors reculeront-ils, ou leurs maîtres de l’État profond les expulseront-ils. Peut-être les sociétés se soulèveront-elles.
« Renforcer la crédibilité nucléaire de la Russie est également nécessaire pour sortir les sociétés européennes de leur « parasitisme stratégique » – cette croyance qu’il n’y aura pas de guerre et que tout finira par s’arranger. » Il faut redonner à ceux qui ont oublié leurs guerres et leurs crimes passés le sens de l’instinct de survie.
Rien d’étonnant, dès lors, à ce que Dmitri Trenin, collègue du professeur Karaganov et récemment nommé président du Conseil russe des affaires internationales, ait publié un article intitulé « La stabilité stratégique repose désormais sur la peur ».
L’ère du contrôle des armements, écrit Trenin, souvent assimilée à la stabilité stratégique, « est en réalité révolue depuis longtemps, avec le refus croissant de Washington de rester lié par des engagements pris dans un contexte historique différent : la fin de la Guerre froide et ses conséquences ». « Voici venu le véritable ordre nucléaire. »
« Au printemps 2022 », écrit Trenin,« alors que le traité New START était encore formellement en vigueur, les États-Unis ont ouvertement déclaré leur intention d’infliger une défaite stratégique à la Russie dans le conflit par procuration ukrainien. Dans le même temps, Washington proposait des consultations sur la « stabilité stratégique ». En réalité, les États-Unis cherchaient à affaiblir une superpuissance nucléaire dans une guerre conventionnelle tout en préservant des mécanismes de contrôle des armements qui les protégeaient des conséquences d’une telle escalade. » Cette contradiction a révélé les failles de l’ancien système.
Dans le même esprit que la proposition de Karaganov – « Les adversaires potentiels doivent savoir qu’une course aux armements est absurde, voire suicidaire : un dialogue, au moins avec les Américains, doit être instauré à ce sujet » – Trenin conclut également que « des échanges bilatéraux et multilatéraux soutenus, des mesures de transparence et des canaux de communication permanents sont nécessaires ».
Pourtant, le fond du problème demeure inchangé depuis un demi-siècle. La stabilité stratégique repose en définitive sur une dissuasion nucléaire crédible – un arsenal suffisant et la capacité démontrée de l’utiliser si nécessaire. L’intimidation, aussi déplaisant que soit le terme, reste le fondement de la paix entre puissances nucléaires.
Une dissuasion nucléaire russe crédible est-elle alors aussi un intérêt européen ? Oui, sans aucun doute. Les canaux de communication sont essentiels – et doivent être gérés avec soin.
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Guerre totale en Iran : voilà ce dont Netanyahu a besoin
La dissuasion est efficace et la dissuasion russe est aussi un intérêt européen.
Alastair Crooke et Lieutenant-colonel Daniel Davis /
21 mai 2026
https://youtu.be/jyVazLRejw8. 1 h 03mn
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