Répression, pourrissement et provocation: la méthode Macron

Par Mathieu Morel

Bien sûr, personne ne peut raisonnablement dire que les réponses politiques – les seules qui vaillent, pourtant – sont faciles à trouver. Encore faudrait-il au moins se donner la peine de les chercher. Encore faudrait-il… faire de la politique.

Le pouvoir – c’est décidément sa méthode constante – a parié sur le pourrissement et la provocation. Nous savions depuis trois ou quatre décennies dans quel mépris il tenait le peuple. En plaçant ce forcené à sa tête au moment précis où tout commençait à flamber, il y a ajouté l’insulte. Ne nous payons plus de mots : il a clairement fait le choix de l’affrontement, et la perspective d’une guerre civile ne l’effraie plus, lui. Par des provocations incessantes, par des inconséquences plus ou moins fortuites (comment peut-on sérieusement interpréter une crâneuse sortie au ski sous l’objectif flagorneur des photographes alors qu’on sait que Paris va être sous tension ?), en ajoutant l’insulte à l’arrogance, en laissant opportunément casser les professionnels de la casse tandis qu’il poursuivait assidûment (et indûment) ceux qui ne présentaient pas un grand danger. Bref : rien n’a manqué pour que la contestation dégénère.

Voilà des décennies que cette caste a pris en otage la démocratie et la république. Ils se donnent d’ailleurs de moins en moins de mal pour en sauver les apparences. Qu’ils se rassurent, la quille arrive, ça sera bientôt tout à fait superflu : les braves gens vont réclamer « spontanément » – les journaux télévisés nous y préparent à petit feu – une bonne dictature autoritaire (« mais progressiste », bien entendu) pour que règne enfin l’ordre et que cesse la peur. Notre Jupiter pourra faire son 2 décembre sous les hourras comme d’autres ont fait leur 10 juillet. Il n’y a pas de débat démocratique avec ces gens-là : même ce qu’ils vendent en grande pompe comme « grand débat » n’est qu’une nouvelle forme de campagne électorale larvée au service du chef de parti Macron : une escroquerie intellectuelle, un exercice de propagande dans la plus pure tradition. Là encore, toutes les règles élémentaires de nos démocraties, aussi imparfaites soient-elles, sont pulvérisées, piétinées chaque jour dans l’indifférence générale et avec la bénédiction gluante d’une corporation médiatique qui devra un jour aussi rendre des comptes.

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La situation est pourrie. Le jeu est cassé, après avoir été soigneusement pipé par ceux-là mêmes qui étaient censés en garantir le bon, juste et loyal fonctionnement. Et l’on voudrait que des bougres hétéroclites, qu’on a méticuleusement déboussolés, trahis, trompés depuis des décennies, trouvent tout de suite, en harmonie, la bonne méthode, la juste manière pour remettre tout ça d’aplomb ? Mais il n’y a pas de « bonne méthode ». L’insurrection n’est JAMAIS une bonne méthode. Malheureusement, il arrive parfois que ce soit la seule qui leur reste.

C’est d’ailleurs pour l’éviter qu’on a inventé laborieusement des organisations politiques censées garantir une certaine justice – ou du moins amortir de trop criantes iniquités. Ce sont décidément ces gens-là qui ont perdu tout sens de la mesure.

Il faut se méfier autant des fanatismes que des tiédeurs (ça finit d’ailleurs souvent dans le même camp). Il est à craindre qu’on ne sorte pas de ce foutoir, de 40 ans de mensonges, d’humiliations et d’escroqueries, sans casse, sans dommage, sans quelques victimes innocentes – du reste, combien en ont-ils fait, eux, de victimes innocentes, avec leurs politiques faillies et obstinées ? Ou alors acceptons notre sort : laissons-nous piétiner chaque jour un peu plus par une poignée de vendus capricieux, vains et goguenards qui se goinfrent à nos frais en nous expliquant avec morgue que c’est ça, le réalisme et le progrès.
Lorsque, il y a 80 ans, la République a été congédiée par quelques roublards de sinistre mémoire, il a fallu un peu plus que des « manifestations dûment déclarées » et « bon enfant » pour les déloger. Il a sûrement fallu perturber le confort de bien des braves gens qui n’étaient « ni pour ni contre », qui se demandaient si c’était bien la meilleure méthode, si c’était tactiquement opportun, si les saboteurs de ponts et de voies ferrées ne risquaient pas de desservir leur cause. Aujourd’hui, c’est plus ou moins la même famille, la même oligarchie, le même parti qui est à l’œuvre. Il suffit d’ailleurs de voir avec quel zèle, avec quelle gourmandise ils s’emploient à répéter que « Vichy c’est la France », ce qui constitue au mieux un contresens, au pire un aveu. Vichy n’a jamais « été la France » que pour les esprits vichystes, et c’est précisément à ceux qui ne s’y résignaient pas que l’Histoire, jusqu’ici, avait donné raison. Ils ont juste compris que plutôt que congédier brutalement la République, à laquelle les Français sont attachés malgré tout et même sans toujours en maîtriser exactement tous les contours, il valait mieux la vider de sa substance, la rendre inopérante mais continuer à s’en réclamer.

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Ceux qui cherchent à « tuer la République », ce sont d’abord Macron, ses mentors, ses sbires et ses mécènes.
En démocratie, on veut bien être bon perdant face à des adversaires un tant soit peu loyaux. Face à des ennemis, il n’y a aucune loyauté à attendre. A chacune de leurs victoires, à chacune de nos faiblesses, c’est un peu de nous qu’on leur donne. Pour qu’ils nous le revendent ensuite, mais dans quel état ?

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