Régionales. Abstention, crise pour LREM et échec du RN, la droite victorieuse se positionne pour 2022

Sans surprise, avec 65% d’abstention le second tour des élections régionales a confirmé la défiance des classes populaires vis-à-vis de la classe politicienne et des institutions de la Vème République. A moins d’un an des élections présidentielles, c’est une claque pour Macron mais aussi pour le RN qui prétendait faire de ces élections un test avant 2022

Par Mahdi Adi
27 juin 2021
Crédit photo : Thierry Thorel / La Voix du Nord

Sur fond d’abstention massive, la crise continue chez LREM, tandis que pour le RN c’est l’échec sur toute la ligne

Comme lors du premier tour, c’est l’abstention massive qui surdétermine l’ensemble des résultats. En dépit des exhortations à aller voter qui se sont multipliés depuis une semaine, celle-ci se maintient quasiment au même niveau, s’établissant à 65,7%. Un record qui marque le profond discrédit des institutions politiques et de la classe politicienne, par-delà les résultats réalisés par les différentes formations politiques.

Il n’en demeure pas moins que les résultats finaux sont marqués par un double échec, à commencer par celui de LREM. Dernier dans toutes les régions où il était encore présent (huit sur douze), LREM peine ainsi à dépasser les 10% dans les différentes triangulaires et quadrangulaires du second tour. Toujours aussi incapable de s’ancrer localement, les macronistes récoltent les fruits de quatre années de politiques anti-sociales et liberticides, rythmées par attaques contre les services publics et le monde du travail, ainsi que par une gestion erratique et autoritaire de la pandémie de Covid-19.

Du côté du RN c’est un échec sur toute la ligne puisqu’il ne parvient à s’emparer d’aucune région contrairement aux prévisions, et plafonne autour de 20% sans avoir réussi à mobiliser malgré ses appels lancés pendant l’entre-deux tours. Un résultat qui démontre les contradictions d’une stratégie de “normalisation” qui à force de s’inscrire dans les institutions et ses règles néolibérales est de plus en plus assimilé au “système” qu’il dit combattre. Même en Provence – Alpes – Côte d’Azur (PACA), la principale région où un de ses candidat était donné gagnant, Thierry Mariani s’est fait devancé par Renaud Muselier (LR) qui a obtenu 57% des suffrages en bénéficiant de l’appel à « faire rempart au RN ».

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Une victoire pour la droite et Xavier Bertrand

C’est d’ailleurs un des faits marquants de ce scrutin : la droite s’impose et double la macronie sur le terrain du « barrage à l’extrême-droite ». Pendant l’entre-deux tour le candidat de la liste PCF-EELV-PS s’est retiré et l’ensemble des forces politiques de gauche en lice au premier tour – à l’exception de Lutte Ouvrière – ont appelé à voter pour la droite au second tour pour « faire rempart au RN ». Dans les Hauts-de-France aussi, région durement touchée par la crise où le RN était aussi donné comme un candidat sérieux par beaucoup d’éditorialistes, c’est Xavier Bertrand qui l’a emporté avec 53% des voix contre 25% pour Sébastien Chenu (RN) et 21% pour Karima Delli (EELV-PS-PCF-LFI).

Ce dernier qui avait conditionné sa participation aux présidentielles au fait d’être réélu au régionales a ainsi réussi son pari et peut se lancer dans la course à 2022 en se targuant d’avoir fait « rempart au RN ». Cette posture minutieusement construite, comme en atteste son soutien à la liste PCF face au RN aux élections départementales dans le Nord, lui permet de s’appuyer sur cette victoire pour incarner l’aile marchante du « front républicain » face à l’extrême-droite au détriment d’Emmanuel Macron qui avait pourtant misé beaucoup sur une stratégie de conquête de l’électorat de droite avec toute une offensive raciste et sécuritaire sur les sujets régaliens ces derniers mois.

Le PS se maintient, la défaite pour EELV, et le naufrage pour LFI avec « l’union de la gauche »

Dans les cinq régions qu’il dirigeait, le PS est reconduit partout en s’appuyant sur des listes en alliances avec le PCF, et seulement dans le Centre avec LFI. Pour la première fois depuis la fin du quinquennat Hollande, il parvient à sauver les meubles en s’appuyant sur des dynamiques locales comme en Occitanie où Carole Delga est reconduite avec 57% des voix contre 23% pour le RN et 18% pour LR. Si ces résultats peuvent sembler augurer un retour du clivage gauche-droite traditionnel avec LR d’un côté et le PS de l’autre, cela reste à relativiser étant donné que le parti d’Olivier Faure semble plus profiter de son ancrage local et de l’abstention que d’une véritable dynamique nationale.

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D’autre part EELV qui avait raflé la mise lors des élections européennes et municipales n’a non seulement gagné aucune région, mais n’est en plus pas parvenu à imposer une fusion des listes avec le PS ni en Occitanie ni en Nouvelle-Aquitaine, tout comme LFI. En Île-de-France, où une telle liste « d’union de la gauche » a vu le jour rassemblant EELV, PS, LFI et PCF derrière le secrétaire national des Verts Julien Bayou, c’est la candidate de droite Valérie Pécresse qui l’a emporté à plates coutures avec 45% des voix contre 33%, devant Jordan Bardella (RN, 11%) et Laurent-Saint-Martin (LREM, 10%). Alors qu’elle prétendait rassembler le vote populaire pour « dégager Pécresse », la liste PS-EELV-LFI fait ainsi moins que la somme des résultats qu’avaient obtenu les trois listes au premier tour (EELV avait fait 12,95%, le PS 11,07% et LFI 10,24%). Un désaveu pour ces listes d’union avec les artisans des attaques néo-libérales à l’instar du PS d’Anne Hidalgo qui s’en prend aux travailleurs du service public à Paris.

Ces opérations arithmétiques sont donc loin d’être à même de répondre aux aspirations sociales et démocratiques des classes populaires, qui ont majoritairement rejeté ces élections comme en témoignent les chiffres record de l’abstention. A rebours de toute solution dans les urnes, et encore moins dans un vote en faveur des architectes des politiques néo-libérales au second tour de ces élections régionales, la réponse de notre camp social, du monde du travail et des classes populaires devra s’exprimer dans la rue, en toute indépendance des institutions, par la mobilisation contre Macron et son monde.

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