De l’Allemagne de 1933 à la France de 2024. L’imposture de Marine Le Pen

Par Dimitris Konstantakopoulos 

Les Allemands voulaient faire la révolution, mais ils avaient peur de la faire, alors ils l’ont confiée à Hitler.
Wilhelm Reich

Non, il n’est pas du tout certain que Marine Le Pen se transformera bientôt en une sorte d’Hitler, plus précisément en un petit allié régional d’un “Hitler” aux États-Unis. Mais il ne serait pas sage non plus d’exclure complètement cette possibilité si les guerres en cours de l'”Occident collectif” s’intensifient encore ou s’il est frappé par une vague de crise économique majeure. 

Quoi qu’il en soit, le lancement dans l’arène politique d’une force issue du fascisme français et porteuse d’une idéologie autoritaire quelque peu dissimulée, qui n’est certainement pas l’idéologie de la France d’après-guerre, n’est pas anodin. Elle crée les conditions d’un régime de néo-fascisme qui ne peuvent pas apparaître du jour au lendemain. 

Le premier tour des élections législatives françaises a eu un gagnant évident, celui de l’extrême droite de Marine Le Pen et de la jeune “star” inconnue, comme il est d’usage en ces temps où la politique est une industrie publicitaire, Jordan Bardella. Mais il a eu aussi, comme nous allons le montrer, deux autres gagnants plus importants mais “secrets” en coulisses : les grandes banques et… Benjamin Netanyahu, figure de proue du parti occidental de la guerre et du totalitarisme. 

Le résultat des élections françaises revêt certainement une importance historique. Nous ne savons pas encore si l’extrême droite française obtiendra ou non la majorité absolue et si elle formera ou non le prochain gouvernement. Mais nous savons qu’elle a le vent en poupe. Elle représente la majorité relative du peuple français et une dynamique dont l’influence ne cesse de croître. Passé un cap, les appels incessants aux Français pour qu’ils ne votent pas pour elle, notamment de la part des représentants d’un establishment détesté, produisent l’effet inverse. 

La seconde mort de Voltaire et du Général de Gaulle 

D’une manière ou d’une autre, le pays de Voltaire et de Rabelais, de Balzac et de Zola, de Jaurès et du Général de Gaulle, de Camus et de Sartre s’apprête, désespéré et en pleine déliquescence, à se rendre maintenant, ou sinon dans deux ou trois ans, aux descendants de Vichy et de Pétain, de l’OAS, des assassins et des bouchers d’Algérie. Le pays qui a donné naissance à la civilisation européenne, depuis les Lumières, produit aujourd’hui d’incroyables inepties politiques et intellectuelles, comme les théories stupides et racistes du grand remplacement.

Le pays qui a jalousement gardé son indépendance vis-à-vis des Américains pendant toute la période de l’après-guerre, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Sarkozy en 2007, est devenu une annexe et une base en Europe des USA et, peut-être plus, d’ un Israel que gouvenre maintenant l’extrême droite israélienne sioniste de Benjamin Netanyahou, qui veut même étendre ses guerres à tout le Moyen-Orient ! 

Le poison du totalitarisme a maintenant repoussé – dans un incroyable triomphe de la dialectique – sur le peuple même qui en a été sa victime par excellence. Et le pays des droits de l’homme est devenu le partisan du Génocide ! 

Le plus choquant de tout : Israël et les dirigeants officiels des organisations de Juifs de France ont autorisé l’ extreme droite pretendument réformée à gouverner le pays  https://www.defenddemocracy.press/plutot-hitler-que-le-front-populaire/. La contrepartie n’est pas difficile à imaginer. Un gouvernement Le Pen ou Bardella va donner demain son accord total à Israël et à ses guerres, qui menacent également de devenir des guerres mondiales. D’autant plus si, comme probable, Donald Trump est également élu aux États-Unis, vu qu’après tout il est en grande partie une création de Netanyahou et contrôlé par lui. https://www.thenation.com/article/world/trump-israel-collusion/.  

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Vote antisystémique en faveur d’un parti “crypto-systémique 

Le vote pour Le Pen est en principe un vote anti-système, anti-regime. C’est-à-dire un vote d’indignés et de révoltés qui veulent protester contre beaucoup de choses qui se passent, comme les questions dites “identitaires”, le malaise face à l’extrémisme et aux absurdités du politiquement correct libéral et “gauchiste” à l’égard des LGBTI, des trans, etc, les problèmes causés par la dégradation des quartiers où ils vivent, sur la transformation des banlieues en « favélas », sur la déconsidération de leur pays et de leur nation, sur la complicité de la France avec la guerre de l’OTAN contre la Russie. 

Mais il y a surtout deux grandes questions qui suscitent l’indignation de la population dans tout l’Occident et qui ont provoqué le basculement vers Le Pen en France : 

· La baisse constante et rapide du niveau de vie,

· La mise à l’écart des gens ordinaires, le mépris des citoyens et de leur opinion, la consolidation progressive d’une dictature au visage démocratique imposée par l’oligarchie financière. 

Ces deux questions ont également été à la base du soulèvement quasi révolutionnaire des Gilets jaunes qui a secoué tout le pays en 2018-20, avant que les verrouillages par le coronavirus ne le fasse éclater. Ils y ont contribue aussi la scission au sein du mouvement lui-même entre ” antivax ” et ” provax “, ainsi que des conséquences de son ‘” allergie ” à toute hiérarchie organisationnelle verticale. La tendance est allée vers le nivellement de tout ; les Gilets ont même rejeté l’idée d’avoir un comité de coordination ou un service de presse, craignant la dégénérescence bureaucratique des leaderships. C’était une réaction à des décennies de trahisons répétées de la part des directions successives des mouvements de gauche, qui ont culminé avec le comportement misérable et sordide de la direction de Syriza et de Tsipras en Grèce. 

C’est ce que m’ont dit les Gilets eux-mêmes lors des deux visites que j’ai faites à l’époque à leurs assemblées générales. Ce n’est pas très connu en Grèce, mais la façon dont Tsipras lui-même et le gouvernement Syriza-ANEL ont oublié en une semaine pourquoi les Grecs avaient voté pour eux, ce qu’ils disaient avant de remporter les élections et le résultat du référendum lui-même qu’ils avaient provoqué, tous ces faits totalement scandaleux et sans précédent historique dans aucun autre pays du monde ont choqué l’opinion publique non seulement européenne mais mondiale aussi et ont sapé la crédibilité de la “gauche radicale” dans le monde entier, renforçant inversement celle de l’extrême-droite. 

Le soir même de l’humiliante capitulation avec la signature du troisième mémorandum grec, Marine Le Pen a déclaré : “Tsipras a trahi !”. En d’autres termes, ne faites pas confiance aux gauchistes, venez vers moi. Quatre ans plus tard, les Gilets jaunes sont le premier grand soulèvement social de l’histoire de France à ne pas utiliser le drapeau rouge – c’était un premier “carton jaune” du peuple à la gauche. Neuf ans plus tard, la candidate d’extrême droite Le Pen est sur le point d’accéder au pouvoir, prenant la première place parmi ceux qui contestent le système, bien qu’une partie importante des électeurs “antisystème” ne soit pas prête à lui faire confiance, d’où le pourcentage non négligeable du “Nouveau Front populaire”. Nous assistons aujourd’hui en France à une évolution qui commence à ressembler aux statistiques électorales des socialistes, des communistes et des nazis à la fin de la période de Weimar (1). 

La “démocratie” totalitaire des marchés 

Ce que les Gilets jaunes ont surtout demandé, les deux revendications qui ont recueilli le soutien de 80 à 90 % de la population dans les sondages d’opinion, c’était le rétablissement du niveau de vie des couches populaires et l’introduction de l’institution d’un référendum d’initiative populaire. C’est-à-dire que les citoyens devraient avoir le droit de soumettre à référendum et d’approuver ou de rejeter les lois adoptées par l’Assemblée nationale, le droit d’introduire des lois pour le vote et de révoquer les représentants élus. 

C’est-à-dire qu’en réaction à un système qui les appauvrit et rend la “démocratie” une réalité virtuelle, ils ont revendiqué le droit de la contrôler. 

Bien sûr, ces deux demandes sont “révolutionnaires” dans les conditions actuelles, dans le sens où elles présupposent un changement radical de la base même du capitalisme néolibéral actuel et de son incarnation européenne, l’Union européenne, qui est une machine de “libéralisation” constante des marchés et d’élargissement constant de l’UE, qui conduit à long terme à un effondrement du niveau de vie de la périphérie européenne en particulier, dont la France elle-même et, plus encore à long terme, des autres pays de l’UE également. Ce système tend vers la centralisation la plus extrême du capital financier, se transformant en une sorte de néo-féodalisme post-capitaliste et conduisant à l’absorption effective des États-nations dans un système de “super-impérialisme”, c’est-à-dire d’intégration inégale des États de l'”Occident collectif”. Dans le contexte de cette transformation, l’Europe est actuellement en train de se “tuer” économiquement, en détruisant les fondements mêmes de sa prospérité d’après-guerre (énergie bon marché en provenance de la Russie et faibles dépenses militaires). 

Aucune stratégie de remise en cause, même limitée, de l’eurolibéralisme n’apparaît dans le “Rassemblement national. En revanche, Marine Le Pen a mis beaucoup d’eau dans son vin depuis les années 2010 lorsque, dans le sillage de la gauche radicale de l’époque, elle a fortement contesté l'”eurolibéralisme”, comme elle l’avait fait à l’époque le Front national lors du référendum de 2005. Pendant la campagne électorale, le jeune poulain Bardella retirait chaque jour de son programme un élément de politique sociale et une critique de l’OTAN. 

En effet, s’il n’avait pas fait de telles concessions et s’il n’avait pas également promis un soutien sans faille au leader de l’extrême droite israélienne, comment aurait-il pu bénéficier du soutien massif ou de la tolérance dont il a bénéficié de la part des médias qui, rappelons-le, sont tous plus otaniens les uns que les autres. 

Comme nous l’avons noté dans un précédent article https://www.defenddemocracy.press/72160-2/ , nous ne pouvons pas savoir à l’avance jusqu’à quel point la situation va évoluer vers des solutions extrêmes, comme une sorte de “guerre civile” dans les quartiers populaires de France et le renforcement des différentes “guerres d’identité” qui divisent les peuples et les empêchent de poser la question d’un changement radical du système social et économique qui est la cause fondamentale de leurs problèmes. 

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L’approfondissement même de la crise du capitalisme occidental qui a commencé en 2008, ainsi que les guerres en cours en Ukraine, au Moyen-Orient, peut-être demain en Chine, mais aussi contre la civilisation et la Nature, ont besoin de et sont accélérés par la montée de l’extrême droite en Italie, en France et demain aux USA. Une extrême droite qui consolide ses positions aujourd’hui parfois en “agneau”, comme en Italie, mais qui pourrait bien montrer des dents de “loup” demain quand le grand capital le décidera. Déjà, d’ailleurs, la démolition des droits démocratiques s’accélère aujourd’hui dans un Occident de plus en plus militarisé. 

Seule l’émergence opportune d’un grand mouvement de masse social, anti-guerre, démocratique et écologique, constitué sur une base organisationnelle démocratique et avec un grand sérieux programmatique, sera en mesure d’arrêter la marche vers le fascisme et la guerre, voire la destruction de l’humanité, dont nous n’avons jamais été aussi proches.

Note

(1)  pour cette période, les articles de Trotsky de 1929-1933 (“Contre le Fascisme” de Leon Trotsky, ed. Syllepse) sont des outils indispensables pour comprendre les changements rapides subis par les consciences. Rejetez-le comme politicien si vous voulez, mais lisez-les, ce sont, comme l’Histoire de la révolution russe, des textes uniques dans l’histoire de la littérature politique mondiale pour analyser les changements rapides dans la psychologie politique des masses en période de crises révolutionnaires et contre-révolutionnaires. 

Traduit du grec par Christos Marsellos

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