Comment les “gilets jaunes” ont mis en place des services d’ordre pour encadrer leurs manifestations

Plusieurs dizaines de manifestants arborent, depuis deux week-ends, un brassard blanc pour fluidifier les dĂ©filĂ©s, Ă  Paris. Certains d’entre eux sont en contact avec la police.

Par Robin Prudent

Les “gilets jaunes” se professionnalisent. Samedi 19 janvier, plusieurs dizaines de manifestants ont affiché des brassards blancs, notamment dans le cortège parisien. Un symbole vestimentaire qui permet d’identifier les membres des services d’ordre chargĂ©s d’encadrer et fluidifier les manifestations, rĂ©gulièrement marquĂ©es par des violences.

“L’organisation est de mieux en mieux, de samedi en samedi, explique Mathieu Blavier, l’une des figures du mouvement dans les Bouches-du-RhĂ´ne, Ă  franceinfo. Il y a des services d’ordre dans de plus en plus de grandes villes.”

Et leurs actions Ă©taient visibles un peu partout en France, samedi 19 janvier. A Toulouse, ces manifestants chargĂ©s de la sĂ©curité ont repĂ©ré un casseur qui attaquait une vitrine de la banque HSBC. Dans le Puy-de-DĂ´me, le service d’ordre a encadrĂ© les “gilets jaunes” lors de leur passage devant la permanence d’une dĂ©putĂ©e LREM, rapporte France Bleu Pays d’Auvergne. A Saint-Avold (Moselle), ils ont aussi bloquĂ© tout accès aux CRS pour Ă©viter les dĂ©bordements, selon Le RĂ©publicain lorrain.

“On a pris nos responsabilitĂ©s”

A Paris, trois manifestations ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©es Ă  la prĂ©fecture de police, samedi 19 janvier : l’une des Champs-ElysĂ©es aux Invalides, dans le 7e arrondissement, une deuxième avec comme points de dĂ©part et d’arrivĂ©e cette mĂŞme esplanade, et un rassemblement Ă  partir de 14 heures sur la place de la RĂ©publique. Le cortège principal Ă©tait encadrĂ© par son propre service d’ordre, composĂ© de plusieurs dizaines de manifestants avec des brassards blancs, en lien avec la police.

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“On a vu beaucoup de gens qui Ă©taient blessĂ©s et beaucoup de gens qui Ă©taient rĂ©ticents Ă  venir. Donc on a pris nos responsabilitĂ©s et on s’est dit qu’il Ă©tait important de le sĂ©curiser par nous-mĂŞmes pour Ă©viter qu’il y ait des gens qui viennent de l’extĂ©rieur, qui nous manipulent ou qui engendrent d’autres violences”, a expliquĂ© Faouzi Lellouche, l’un des membres du service d’ordre, Ă  Europe 1.

“Des ‘gilets jaunes’ comme les autres”

Mais qui sont ces agents de sĂ©curitĂ© improvisĂ©s ? “Ce sont des personnes volontaires qui nous contactent, notamment sur Facebook, explique le “gilet jaune” Mathieu Blavier. Toute la semaine, on discute de l’itinĂ©raire. On leur envoie des messages, on demande des renforts si besoin.” Cette figure du mouvement estime qu’environ 150 personnes étaient mobilisĂ©es pour assurer le service d’ordre dans la capitale, samedi 19 janvier.

Parmi ces volontaires, quelques-uns ont dĂ©jĂ  fait parler d’eux. Avec leurs bĂ©rets militaires, d’anciens combattants du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, participaient Ă  la sĂ©curitĂ© lors des deux dernières manifestations parisiennes. Parmi eux, Victor Lenta, un ancien parachutiste du 3e RPIMA de Carcassonne (Aube), proche de l’extrème droite. Mais la plupart des membres des services d’ordre sont “de simples citoyens”, des “‘gilets jaunes’ comme les autres”, affirment des figures du mouvement.

Le cortège de la capitale n’est d’ailleurs pas le seul Ă  ĂŞtre encadrĂ©. A Valence (DrĂ´me), une quarantaine de volontaires s’occupent aussi de la sĂ©curitĂ©. “Ils sont rĂ©partis en tĂŞte, en queue et aussi noyĂ©s dans le cortège, explique le “gilet jaune” drĂ´mois Alexandre Compère, Ă  franceinfo. Il y a une rĂ©union une fois par semaine pour organiser le cortège du samedi et Ă©viter tout dĂ©bordement.” Une fois sur place, ces Ă©quipes repèrent les “personnes un peu excitĂ©es” et les pancartes insultantes, afin que la manifestation se dĂ©roule dans le calme.

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Des services d’ordre en lien avec la police

L’apparition de ces services d’ordre est vue d’un bon Ĺ“il du cĂ´tĂ© de la police. “Depuis la semaine dernière, certains membres du service d’ordre de la manifestation parisienne sont dĂ©clarĂ©s et identifiĂ©s par la police, explique LoĂŻc Travers, secrĂ©taire national adjoint du syndicat de police Alliance, Ă  franceinfo. C’est ce que l’on rĂ©clame depuis le dĂ©but du mouvement, afin de fluidifier les manifestants et responsabiliser les organisateurs.” 

Une fois identifiĂ©s, les membres de ces services d’ordre peuvent ainsi ĂŞtre en contact avec les policiers pour éviter les dĂ©bordements ou signaler la prĂ©sence de casseurs. “La primautĂ© est laissĂ©e au service d’ordre. Et si jamais ils n’y arrivent pas, s’ils sont dĂ©bordĂ©s, des brigades interviennent, confirme le porte-parole du syndicat SGP Police FO, Eddy Sid, sur BFMTV. On travaille vraiment en adĂ©quation avec eux.”

Ces services d’ordre rassurent aussi certaines personnalitĂ©s politiques. A l’image de la dĂ©putĂ©e MoDem du Val-d’Oise, Nathalie Avy-Elimas. “Les manifestations se dĂ©roulent dans le calme parce que le mouvement se structure : dĂ©claration, tracĂ© dĂ©fini, service d’ordre pour Ă©viter les dĂ©rives. On est passĂ© de mouvements dĂ©sorganisĂ©s Ă  un mouvement social et politique plus traditionnel”, a-t-elle dĂ©clarĂ©, samedi 19 janvier, sur CNews. La manifestation s’est ainsi dĂ©roulĂ©e dans le calme tout le long du cortège, sur le trajet dĂ©clarĂ©, Ă  Paris. Les tensions n’ont dĂ©butĂ© qu’en fin de journĂ©e, Ă  partir de 17 heures, lors de la dispersion de la manifestation.

https://www.francetvinfo.fr/economie/transports/gilets-jaunes

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