Par Badia Benjelloun
Précautions
La prĂ©cipitation du gouvernement et de lâAutoritĂ© de rĂ©glementation du mĂ©dicament et des produits de santĂ© (MHRA) britanniques Ă autoriser la vaccination dĂšs le 1er dĂ©cembre 2020 ne manque pas de surprendre. Le groupement Pfizer BioNTech venait juste par voie de presse de communiquer des rĂ©sultats intermĂ©diaires, en rĂ©alitĂ© prĂ©liminaires, de la phase qui permet de vĂ©rifier lâefficacitĂ© de la prĂ©vention du vaccin Ă ARNm. Celle-ci, dĂ©marrĂ©e dĂ©but juillet, concernait 43 538 volontaires, parmi elles, 38 955 ont effectivement reçu deux doses Ă 3 semaines dâintervalle.
Les fabricants rechignent Ă conduire cette Ă©tape qui vĂ©rifie lâefficacitĂ© de mĂ©dicaments et de dispositifs mĂ©dicaux car elle est longue et donc coĂ»teuse. De plus en plus, ils lâescamotent en invoquant lâurgence Ă autoriser leur produit de sorte quâune fois mis sur la marchĂ©, ce sont les organismes de sĂ©curitĂ© sociale qui en portent le poids financiers et les patients qui sont recrutĂ©s Ă leur insu pour expĂ©rimenter la nouvelle thĂ©rapeutique.
Pfizer a conclu Ă une efficacitĂ© de son vaccin Ă 95% le 9 novembre car, sur les 170 cas de Covid-19 symptomatiques, 8 avaient reçu effectivement les injections vaccinales et 162 nâavaient eu que le placebo. Il semble admis que les statistiques sont devenues la science des petits nombres.
Cette absence de prĂ©caution rĂ©pond Ă une demande de la population britannique qui nâest pas vaccino-sceptique (20% dâanti-Vaxx contre plus de 45% en France) confrontĂ©e Ă un systĂšme de santĂ© dĂ©faillant qui sâest montrĂ© encore moins adaptĂ© que ceux des pays du continent. Anticipant la rupture des liens avec lâUnion europĂ©enne effective un mois plus tard, lâAutoritĂ© sanitaire britannique a affirmĂ© sa souverainetĂ© vis-Ă -vis de lâAgence europĂ©enne du mĂ©dicament.
Au moment oĂč furent lancĂ©es les procĂ©dures vaccinales et encore Ă ce jour, on ne savait rien de lâefficacitĂ© des vaccins sur plusieurs catĂ©gories de la population, les moins de 16 ans, les immunodĂ©primĂ©s, les patients atteints dâune maladie auto-immune et les sujets ayant fait une sĂ©roconversion par une Covid-19 apparente ou non. Les essais en phase 3 conduits par Astra-Zeneca pour son vaccin Ă base dâADN en Afrique du Sud avaient en effet montrĂ© que 30% des volontaires Ă©taient sĂ©ropositifs pour le Sars-Cov2. Cette indication rend plausible que soit sous-estimĂ©e de part le monde la fraction dĂ©jĂ immunisĂ©e naturellement.
Il faut souligner que le retard pris par les EuropĂ©ens et surtout les Français a permis dâobserver lâabsence de dĂ©clenchement dâune rĂ©action sous forme dâorage de cytokines comme ce fut le cas pour les essais de vaccins contre le Sars-Cov de 2002-2003 et du Mers-Cov de 2012.
La lenteur dans la hĂąte du Conseil scientifique français pourrait sâapprĂ©cier dans ce sens. En effet, une stimulation immunitaire nâest pas toujours bĂ©nĂ©fique. Donc, constater la prĂ©sence dâanticorps aprĂšs une injection dâun candidat nâest pas gage de protection car outre des anticorps neutralisants, il peut ĂȘtre suscitĂ© des anticorps facilitant lâinfection.
Par ailleurs, les dommages créés par les virus qui occasionnent des dĂ©tresses respiratoires sont plus liĂ©s au dĂ©sordre immunitaire quâils induisent, une sorte dâexcĂšs de rĂ©ponse nĂ©faste, quâĂ un effet destructeur direct sur les cellules colonisĂ©es. Les essais tentĂ©s avec le virus Sars-Cov de 2002-2003 avaient Ă©tĂ© abandonnĂ©s dĂšs les expĂ©rimentations sur lâanimal car ils avaient montrĂ© que la prĂ©vention vaccinale donnait lieu Ă des effets adverses. En effet, quand ont Ă©tĂ© vaccinĂ©es des souris avec des virus inactivĂ©s ou une protĂ©ine spicule de synthĂšse, une fois infectĂ©es par voie nasale et sacrifiĂ©es 48 heures aprĂšs, il a Ă©tĂ© constatĂ© des infiltrats cellulaires dans le poumon des animaux tĂ©moignant dâune rĂ©action immunitaire pĂ©jorative.
LâhypothĂšse que cette rĂ©action hyper-immune serait plutĂŽt dĂ©clenchĂ©e par les antigĂšnes de la nuclĂ©ocapside forts diffĂ©rents de ceux de la protĂ©ine spicule de surface, Ă©lue comme immunogĂšne par tous les fabricants est actuellement admise*.
Les scientifiques ne se sont pas inquiĂ©tĂ©s dâune Ă©ventuelle intĂ©gration du morceau dâARNm simple brin dans le patrimoine gĂ©nĂ©tique des cellules du receveur car elle est impossible. Pour ĂȘtre intĂ©grĂ© Ă lâADN nuclĂ©aire, il faudrait au prĂ©alable une transformation par un  équipement enzymatique** inexistant chez les mammifĂšres enzymatique de lâARN en ADN. une transcriptase inverse et des enzymes de coupure et dâinsertion, des intĂ©grases,. Ces enzymes ne peuvent pas non plus ĂȘtre produites par une sĂ©quence de rĂ©trovirus fossiles. La vaccination par ARNm est encore moins une thĂ©rapie gĂ©nique puisque celle-ci suppose le remplacement dâun gĂšne dĂ©fectueux par un gĂšne fonctionnel que lâon introduit grĂące Ă un certain nombre dâartifices assez complexes dans certaines cellules du receveur soit ex vivo soit in vivo. La durĂ©e de vie de lâARNm injectĂ© une fois parvenu dans le compartiment cytoplasmique oĂč il est pris en charge par des ribosomes pour ĂȘtre traduit en protĂ©ine est de courte durĂ©e. TrĂšs vite, il se fait dĂ©couper par des ribonuclĂ©ases au point que certains fabricants (Imperial College of London, essais en cours) ont adjoint Ă la sĂ©quence codante pour la protĂ©ine spiculaire une enzyme ârĂ©plicaseâ, amplificatrice, afin dâoptimiser le temps de la production protĂ©ique.
Une incertitude majeure dont ne sâexonĂšre aucun laboratoire pharmaceutique concerne la durĂ©e de lâefficacitĂ© vaccinale, limitĂ©e on lâa compris, Ă rĂ©duire la gravitĂ© de la maladie virale. Il a Ă©tĂ© seulement constatĂ© la persistance dâanticorps circulants reconnaissant la protĂ©ine spicule six mois aprĂšs la deuxiĂšme injection. Remarque adjacente mais essentielle, seule une exposition au virus nâentraĂźnant pas de maladie vaut dĂ©monstration dâune protection.
Variations
Surtout, et câest un requis exigible dâune prĂ©vention de masse, les sujets vaccinĂ©s sont-ils susceptibles de transmettre le virus ? Autrement dit, leur statut empĂȘche-t-il la multiplication dans leur oropharynx et donc interdit la contamination dâindividus vierges du contact avec le virus ?
Cette question redouble celle qui inquiĂšte les politiciens et les scientifiques Ă lâheure actuelle. Lâapparition de âvariantsâ, câest-Ă -dire de groupes de virus sur des lignĂ©es qui pour certains seraient plus contagieux, pour dâautres plus pathogĂšnes ou encore qui Ă©chapperaient au systĂšme immunitaire Ă©duquĂ© par la maladie confĂ©rĂ©e par la lignĂ©e dominante ou les vaccins actuellement disponibles. Certains variants peuvent accumuler les trois propriĂ©tĂ©s.
Il faut distinguer le taux de mutation dâun virus de son taux dâĂ©volution. Tous les virus font des erreurs quand ils se rĂ©pliquent, substitution, dĂ©lĂ©tion ou rĂ©pĂ©tition. Le Sars-Cov2 possĂšde une enzyme de relecture qui les corrige, parfois quand le dispositif est dĂ©passĂ© par la vitesse de reproduction. Il a Ă©tĂ© recensĂ© 80 000 gĂ©nomes diffĂ©rents en aoĂ»t 2020 du Sars-Co2, en novembre pas moins de 180 000 ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s dans une librairie publique. Elles ne sont significatives que si elles ne sont pas dĂ©lĂ©tĂšres pour le virus et quâelle atteignent un niveau de stabilitĂ© suffisant pour gĂ©nĂ©rer un variant repĂ©rable par les pathologistes en raison de modifications de ses interactions avec lâhĂŽte.
Les variants peuvent ĂȘtre figurĂ©s comme des grappes faisant issue sur des branches, les lignĂ©es, issues de lâancĂȘtre identifiĂ© Ă Wuhan en dĂ©cembre 2019. La lignĂ©e qui a dominĂ© en Europe et dans les AmĂ©riques est la lignĂ©e B1, repĂ©rĂ©e par 4 mutations dont la plus importante, notĂ©e D614G, concerne lâacide aminĂ© 614 qui a Ă©changĂ© la glycine, neutre, contre lâacide aspartique (Les acides aminĂ©s sont dĂ©signĂ©s par convention par des lettres).
Les trois variants prĂ©occupants actuellement viennent dâĂ©merger dans trois pays, le Royaume-Uni, lâAfrique du Sud et le BrĂ©sil, ils ont acquis indĂ©pendamment les uns des autres une mutation commune, N501Y, qui modifie la polaritĂ© dâune rĂ©gion de la spicule, liant plus efficacement le virus au rĂ©cepteur. Un quatriĂšme vient dâĂȘtre identifiĂ© en Californie. De maniĂšre non surprenante, ils se sont individualisĂ©s lĂ oĂč nâont pas Ă©tĂ© appliquĂ©es avec rigueur les mesures sociales dâendiguement de lâĂ©pidĂ©mie, laissant le virus prospĂ©rer, condition de reproduction effrĂ©nĂ©e favorable Ă son Ă©volution, sĂ©lectionnant des conformations plus transmissibles sinon plus pathogĂšnes.
Les confinements, qui sont aussi âliberticidesâ et destructeurs de lâĂ©conomie, ont ralenti la propagation, rĂ©duit lâafflux des malades dans les services hospitaliers et les rĂ©animations et limitĂ© aussi par lĂ la sĂ©lection de souches plus agressives.
Le variant britannique, notĂ© B.1.1.7, cumule 19 mutations dont 8 concernent la spicule. Il est crĂ©ditĂ© dâune capacitĂ© plus importante Ă ĂȘtre plus aisĂ©ment transmis, de 30 Ă 50% selon les auteurs, liĂ©e soit Ă une plus grande affinitĂ© pour le rĂ©cepteur cellulaire de la spicule, soit Ă un portage prolongĂ©, voire les deux. B.1.1.7 va devenir dominant en France Ă partir de la mi-mars.
Le Sud-Africain, le B.1.351 (90% en Afrique du Sud), reprĂ©sente 4 Ă 5% des contaminations en France avec des disparitĂ©s rĂ©gionales. Il a cumulĂ© 18 mutations dont 8 sur la partie codant pour la protĂ©ine spiculaire. Il est comme le prĂ©cĂ©dent et pour les mĂȘmes raisons plus facilement transmissible mais surtout il a acquis une mutation (E484Y) sur lâacide aminĂ© en position 484 sur la spicule qui a Ă©changĂ© une lysine basique contre lâacide glutamique. Il en rĂ©sulte une modification de conformation qui le fait Ă©chapper Ă la protection acquise par la maladie naturelle ou celle confĂ©rĂ©e par les vaccins actuels.
Enfin, celui qui a Ă©tĂ© Ă lâorigine de la deuxiĂšme vague catastrophique pour la population indigĂšne Ă Manaus au BrĂ©sil, le B.1.1.248. Il a beaucoup de mutations communes avec le prĂ©cĂ©dent, il est plus transmissible. Il a Ă©tĂ© montrĂ© Ă lâoccasion des ravages quâil a causĂ©s quâune immunitĂ© collective solide contre la lignĂ©e dâorigine B1 ne protĂšge pas contre certaines versions mutĂ©es du virus. Cela montre ainsi les consĂ©quences doublement criminelles du libĂ©ralisme de Johnson, Trump et Bolsonaro face Ă lâĂ©pidĂ©mie car dâavoir laissĂ© mourir par milliers lors de la premiĂšre vague nâa pas empĂȘchĂ© les morts et les dĂ©tresses respiratoires de la deuxiĂšme.
La restriction des libertĂ©s de circulation, confinements et couvre-feux, punissable en cas dâinfraction de lourdes amendes, a Ă©tĂ© lâoccasion pour le gouvernement français de limiter voire dâinterdire lâexpression syndicale. Sous la fĂ©rule de Monarc 1er, les projets de cession des services publics vont bon train. Dans la RATP, les licenciements des travailleurs sous les anciens contrats âmaisonâ se multiplient en vue de la privatisation imminente des bus prĂ©vue pour 2022. Le projet Hercule pour EDF qui va scinder lâactivitĂ© en trois entitĂ©s fait pour complaire aux exigences de concurrence de lâUnion europĂ©enne va dĂ©manteler une production intĂ©grĂ©e dâĂ©lectricité au niveau national.
La petite bourgeoisie urbaine des pays occidentaux, semi-cultivĂ©e, empĂȘchĂ©e dans son mode de vie, empĂȘtrĂ©e dans des jugements souvent non fondĂ©s, sâest trouvĂ© une vocation rĂ©volutionnaire. Elle a protestĂ© contre la privation de âlibertĂ©sâ quand lui furent imposĂ©s port de masque et distanciation physique. Cette rĂ©elle dĂ©tresse exprime une rĂ©action Ă lâentrave Ă sa consommation qui de toutes les façons est enfermĂ©e dans les faux choix du mode de production capitaliste.
Une Hongroise chez les Turcs
Durant lâannĂ©e Ă©coulĂ©e, des indices nombreux avaient prĂ©parĂ© les esprits Ă considĂ©rer quâil fallait sâadapter Ă vivre avec ce virus, comme ce fut le cas Ă chaque fois que lâhomme a rencontrĂ© des micro-organismes responsables de nouvelles maladies. Ce fut le cas Ă chaque fois quâil a progressĂ© dans la colonisation de la planĂšte. Parmi les pathologies les plus anciennes, la fiĂšvre des marais ou paludisme tue 500 000 personnes par an en raison dâune proximitĂ© de lâhomme avec lâhabitat dâinsectes transmetteurs de parasites. La bilharziose, maladie parasitaire contractĂ©e sans hĂŽte intermĂ©diaire dans des eaux stagnantes, tue annuellement entre 20 000 et 200 000 dans des rĂ©gions tropicales et subtropicales. Plus rĂ©cemment, les Ă©pidĂ©mies mortelles dues au virus du Chikungunya et du virus Ebola tĂ©moignent de perturbations Ă©cologiques aux consĂ©quences sanitaires souvent dramatiques.
La dispersion trĂšs facile de lâactuel coronavirus sur toute la planĂšte en raison de sa capacitĂ© de survie dans le milieu extĂ©rieur, de sa transmission aisĂ©e par les voies aĂ©riennes en ont fait un problĂšme rapidement planĂ©taire en raison de la division internationale du travail et de lâintensitĂ© des Ă©changes commerciaux. La solution ne peut sâenvisager quâĂ un niveau global.
Lâattitude hautement criminelle de lâentitĂ© sioniste qui a dĂ©libĂ©rĂ©ment privĂ© le peuple palestinien de vaccination finira par se retourner contre elle. En effet, laisser croĂźtre des foyers Ă©pidĂ©miques Ă proximitĂ© accroĂźt la possibilitĂ© que surviennent des formes non sensibles aux efforts de prĂ©vention ciblant le « Peuple juif » exclusivement. Les travailleurs palestiniens dans la Palestine de 1948 sont exclus du programme de vaccination de lâentitĂ© qui a bloquĂ© par ailleurs lâentrĂ©e des premiĂšres livraisons de vaccins aux deux millions de Gazaouis, toujours sous blocus depuis 2007.
Il conviendrait que soit pensĂ©e une stratĂ©gie vaccinale Ă lâĂ©chelle planĂ©taire pour que soient couverts au plus vite plus de la moitiĂ© de la population mondiale dans des dĂ©lais trĂšs brefs si lâon espĂšre ne pas sĂ©lectionner des formes qui Ă©chapperaient Ă la vaccination conduite de façon anarchique et en tout les cas trop progressivement.
Pourquoi ne pas avoir lancĂ© un vaste programme concertĂ© avec une technologie Ă©prouvĂ©e du virus inactivĂ©. Certes, les Ă©pitopes sont en partie endommagĂ©s par le traitement chimique, certes, il faut adjoindre un adjuvant source trĂšs rarement dâeffets secondaires, certes, cela impose de manipuler et de mettre en culture les virus avec les risques connus et mesurĂ©s que cela implique. Mais les chaines de fabrication sont aisĂ©es Ă rĂ©aliser car leur conception est maĂźtrisĂ©e, ce qui est un gain de temps. Les prĂ©parations vaccinales ne nĂ©cessitent pas des conditions de conservation et de transport trĂšs contraignantes.
En place et lieu dâune convergence rĂ©solue, le fractionnement des efforts a mis en compĂ©tition des fabricants privĂ©s soutenus massivement par des gouvernements occidentaux dominant le reste du monde grĂące Ă leur monnaie imprimĂ©e selon leur besoin. Les bĂ©nĂ©ficiaires ont drainĂ© Ă la fois les meilleures compĂ©tences disponibles et des ressources financiĂšres considĂ©rables, levĂ©e de capitaux sur les marchĂ©s financiers et commandes des Etats.
Il est vrai que la technologie de lâARNm prĂ©sente quelques avantages. Le virus nâest pas manipulĂ©. Il nâest pas nĂ©cessaire dâadjoindre un adjuvant. Mais les chaines de production sont Ă concevoir avant dâĂȘtre construites, la fragilitĂ© du matĂ©riel gĂ©nĂ©tique est telle que beaucoup de fragments insignifiants contaminent un produit final Ă conserver dans des conditions de tempĂ©rature drastiques et trĂšs coĂ»teuses (-70°). Les retards constatĂ©s aux livraisons tĂ©moignent de la difficultĂ© Ă assurer une qualitĂ© constante du produit final.
On estime que le prix de revient dâune dose injectĂ©e de Moderna ou de Pfizer sâĂ©lĂšve Ă 15 euros contre 1,5 euro pour le vaccin dâAstra Zeneca, lui mĂȘme assez sophistiquĂ© puisquâil sâagit, comme le vaccin russe Spoutnik V, dâune chimĂšre que lâon sait produire en biologie molĂ©culaire. On adjoint Ă un virus de chimpanzĂ© non pathogĂšne une instruction pour produire la protĂ©ine spiculaire.
Lâamplitude des effets secondaires est importante, inconnue avec les anciennes techniques. Elle a Ă©tĂ© estimĂ©e Ă prĂšs de 60% dans les deux Ă©tudes intermĂ©diaires publiĂ©es par Pfizer et Moderna contre 20 Ă 30% chez les patients tĂ©moins.
Les profits et le difficile cheminement dâune idĂ©e
Le scandale financier de lâĂ©nergĂ©ticien Enron aux Usa au dĂ©but des annĂ©es 2000 nous a accoutumĂ© Ă ce que ce soit la manne financiĂšre rĂ©coltĂ©e par les actionnaires qui importe. Les deux firmes qui ont Ă©tĂ© les premiĂšres, avec trĂšs peu de semaines dâavance, Ă prĂ©senter des rĂ©sultats encourageants confiĂ©s secrĂštement aux responsables des gouvernements clients ont raflĂ© la mise. On peut relever par contraste quâAstra Zeneca a pris la peine de publier ses donnĂ©es dans une revue relue par des pairs, susceptibles en principe de comprendre et de critiquer les travaux quâon leur confie. La commission europĂ©enne a tenu Ă ce que les contrats engagĂ©s avec les firmes soient tenus secrets aussi bien en terme de prix, de contraintes de livraison et de ârespectâ du secret industriel. Cette opacitĂ© ne peut quâaccroĂźtre la mĂ©fiance des citoyens que ne convainquent plus les communications conseillĂ©es par la firme Ă©tasunienne dâingĂ©nierie sociale, McKinsey.
Il convient de souligner quâil revient Ă une obscure chercheuse dâorigine hongroise, Katelin Kariko, dâavoir obstinĂ©ment cherchĂ© pendant des dĂ©cennies Ă faire produire par des cellules de mammifĂšres des mĂ©dicaments en leur injectant lâARNm codant pour ces molĂ©cules. Ses travaux, menĂ©s dans les pires difficultĂ©s, sans allocation de recherche, ont durĂ© des annĂ©es de 1990 Ă 2005. Elle a fini par trouver au cours de sa collaboration avec lâimmunologiste Drew Weissman Ă lâUniversitĂ© Penn de Philadelphie le moyen de feinter la vigilance du systĂšme immunitaire. TrĂšs rapidement, les brins dâARNm synthĂ©tiques ayant une conformation reconnue immĂ©diatement comme Ă©trangĂšre se font dĂ©truire, ils peuvent mĂȘme mettre en danger le receveur en suscitant une violente rĂ©action de rejet. Les nombreuses publications qui apportaient la preuve quâun problĂšme technique a pu ĂȘtre contournĂ© nâont pas reçu dâĂ©cho important. Les futurs fondateurs de BioNTech en Allemagne, le couple dâimmunologistes turcs qui axaient leur recherche dans le domaine dâimmuno-oncologie, ont compris quâils pouvaient tirer quelque profit de la manipulation dâARN synthĂ©tique. Ils sâattellent Ă trouver des financeurs et crĂ©ent leur entreprise en 2008.
Aux Usa, Derrick Rossi, un chercheur en post-doc Ă Stanford qui y a prĂȘtĂ© attention, a  tentĂ© de transformer des cellules adultes en cellules embryonnaires multi-potentes dans un but thĂ©rapeutique des maladies neuro-dĂ©gĂ©nĂ©ratives. En 2009, il obtient quelques rĂ©sultats. Il contacte un collĂšgue de Harvard et, avec un professeur en ingĂ©nierie biomĂ©dicale, ils font appel Ă un entrepreneur qui avait dĂ©jĂ créé plusieurs start-up dans le domaine biomĂ©dical pour fonder Moderna en 2010. Un an plus tard, Moderna dĂ©bauche le dirigeant de BiomĂ©rieux, le chimiste français StĂ©phane Bancel.
Les travaux pour faire avancer des thĂ©rapeutiques reposant sur lâinjection de RNA synthĂ©tique se sont confrontĂ©s Ă une difficultĂ© insurmontable. Le systĂšme immunitaire Ă©duquĂ© par la premiĂšre injection rejette et dĂ©truit le matĂ©riel gĂ©nĂ©tique injectĂ© la seconde fois. Or, cette reconnaissance lors dâune prochaine exposition de lâintrus est le fondement de la conception dâune vaccination.
Katelin Kariko avait été embauchée par BioNTech comme conseillÚre à la production en 2013.
Le sĂ©quençage du virus de Wuhan a Ă©tĂ© rendu public dĂšs janvier par les virologues chinois. La connaissance accumulĂ©e des coronavirus de 2002-2003 et de 2012 a aidĂ© Ă faire choisir la protĂ©ine spicule comme antigĂšne cible. Les dirigeants des entreprises pharmaceutiques Ă lâaffĂ»t de la bonne affaire ont vite compris, contrairement aux dirigeants politiques endormis par des conseillers indolents et sans doute incompĂ©tents, lâimportance de lâĂ©pidĂ©mie Ă venir. Les deux Ă©quipes se sont immĂ©diatement attelĂ©es Ă la tache, dĂšs janvier-fĂ©vrier 2020.
Lâattention distraite par la presse dominante occidentale, on en oublierait presque quâactuellement plus de cinquante vaccins candidats sont en cours de dĂ©veloppement, dans leur deuxiĂšme ou troisiĂšme phase dâessais cliniques. En particulier, le Novavax, tout prĂȘt Ă ĂȘtre finalisĂ© et validĂ©, offre la solution originale dâinjecter la protĂ©ine spicule synthĂ©tisĂ©e dans des cellules bactĂ©riennes. Elle est produite dans sa conformation trimĂ©rique, encapsulĂ©e dans un rĂ©seau de tubules qui constitue son adjuvant. TrĂšs prometteur, il est pour lâinstant le seul Ă avoir empĂȘchĂ© lâarrivĂ©e du moindre virus Sars-Cov2 aux poumons du chimpanzĂ© vaccinĂ© par cette technique. Il prĂ©sente lâĂ©norme avantage de ne pas nĂ©cessiter une chaĂźne de froid impossible Ă garantir pour la majoritĂ© de la population mondiale.
Cuba, la Chine et la Russie préparent également chacun un vaccin protéique.
Mais bien dâautres sont prĂȘts Ă ĂȘtre employĂ©s. LâOccident a dâores et dĂ©jĂ perdu la bataille sinon la guerre diplomatique sanitaire. La Russie et la Chine ont fourni prĂšs de 800 millions de doses vaccinales Ă 41 pays. La Russie vient dâoffrir Ă lâUnion africaine 300 millions de doses de Sputnik V quand avec une gĂ©nĂ©rositĂ© dâun Harpagon condescendant, Monarc 1er va plaider pour que les pays du G7 transfĂšrent 3 Ă 5% de leur stock aux pays africains quâils ont contribuĂ©s Ă appauvrir sans vergogne. TrĂšs investi dans la recherche biomĂ©dicale de pointe, Cuba est Ă la veille de lancer son programme de prĂ©vention de masse avec son propre vaccin, programme quâil Ă©tendra aux touristes qui viendront visiter lâĂźle sous blocus depuis 1962.
La guerre ou encore la course technologique dans cette pandĂ©mie nâest pas de mise, elle se rĂ©vĂšle pĂ©jorative dans son contrĂŽle.
Le systĂšme capitaliste basĂ© sur la recherche du profit en exploitant un travail social qui est sa condition prĂ©alable tue plusieurs fois, mĂȘme quand il prĂ©tend apporter des remĂšdes. La course (sans fin ?) Ă la vaccination des variants est dĂ©sormais lancĂ©e.
Notes :
Le virus Sars-Cov-2 est constituĂ© de son matĂ©riel gĂ©nĂ©tique, une molĂ©cule dâARN simple brin enveloppĂ©e dans diverses structures. LâARN avec sa protĂ©ine N de protection forme la nuclĂ©ocapside. Cette structure est entourĂ©e par une enveloppe faite dâune protĂ©ine E et de protĂ©ine M (pour membrane). Dans cette enveloppe sont plantĂ©es les protĂ©ines spicule qui ont une partie interne Ă lâenveloppe mais dont lâessentiel est Ă sa face externe. Elles sont vues en microscopie Ă©lectronique comme une couronne dâoĂč le nom de cette famille de virus.
La protĂ©ine S sâattache par une partie de sa surface appelĂ©e RBD Ă une structure, lâACE2 qui est une enzyme prĂ©sente Ă la surface de la majoritĂ© des cellules de lâorganisme. LâACE2 intervient physiologiquement en captant lâangiotensine I une protĂ©ine fondamentale, dans la rĂ©gulation de la tension artĂ©rielle et de la permĂ©abilitĂ© vasculaire pour contrebalancer les effets  dâautre rĂ©cepteur lâACE. IndĂ©pendamment du fait que lâACE2 est la porte dâentrĂ©e du virus dans les cellules de lâhĂŽte, on ne sait pas si lâoccupation virale de cette enzyme participe Ă la pathogĂ©nie du virus.
** une transcriptase inverse qui transforme lâARN en ADN et des enzymes de coupure et dâinsertion, des intĂ©grases. Il nây a aucune possibilitĂ© quâun morceau dâARN sâinsĂšre spontanĂ©ment dans le patrimoine gĂ©nĂ©tique des cellules eucaryotes. Autant admettre alors que lâinfection par elle-mĂȘme, productrice de quantitĂ©s considĂ©rable dâARN par la cellule infectĂ©e, permet lâintĂ©gration de ce matĂ©riel Ă©tranger Ă lâespĂšce et au noyau dans lâADN.
http://www.librairie-tropiques.fr/2020/05/immunite-et-vaccins.html
http://inpalestine.site/archives/11666
https://fr.wikipedia.org/wiki/Enron
https://www.nytimes.com/2021/02/17/world/americas/coronavirus-cuba-vaccine.html

