23 avril 2018
Dâabord, quâon arrĂȘte de parler de « frappes ». Chirurgicales ou non, ces actes de guerre sont destinĂ©s Ă tuer et Ă dĂ©truire et ne sauraient sâassimiler Ă de simples fessĂ©es punitives. Paradoxalement, les bombardements occidentaux du 14 avril 2018 effectuĂ©s sur la Syrie nâont fait que trois blessĂ©s lĂ©gers ; ils ont suscitĂ© en tout cas des scĂšnes de liesse populaire et renforcĂ© le prestige de Bachar al-Assad, leader arabe qui aura mis en Ă©chec la stratĂ©gie occidentale au Proche-Orient. Brillant rĂ©sultat !
En dehors de toutes considĂ©rations gĂ©opolitiques (nous y reviendrons), on a atteint â avec les derniĂšres pĂ©ripĂ©ties de la crise syrienne -, des sommets himalayens de bĂȘtise et de vulgaritĂ©. BĂȘtise globalisĂ©e, mĂ©chante et dâun manque total de distinction dans les deux sens du terme â sĂ©paration et excellence -, Ă©levĂ©e au plus haut niveau dâune communication politique et diplomatique tellement primitive, mais Ă©rigĂ©e en modĂšle car Ă©manant du prĂ©sident le plus puissant de la planĂšte. Lâun de ses derniers Tweets avant les bombardements : « que la Russie se tienne prĂȘte, car ils arrivent nos missiles, beaux, nouveaux et intelligents ». De prĂ©cĂ©dents messages parlaient de « Bachar, lâanimalâŠÂ » Quoiquâon puisse penser du prĂ©sident syrien, lâemploi dâun tel vocabulaire ajoute inutilement morgue, grossiĂšretĂ© et mĂ©pris aux malheurs du monde.
En lâoccurrence, la comparaison souvent faite entre Donald Trump et Le Docteur Folamour1, bien trop faible, est loin dâĂ©puiser lâhallucination collective provoquĂ©e par cette « diplomatie de lâinjonction » et ces tweets Ă la tronçonneuse du prĂ©sident amĂ©ricain. Et quâon Ă©vite â ici â de parler du « pragmatisme amĂ©ricain » pour « appeler un chat, un chat » et soulignons plutĂŽt que Donald Trump nous impose ses certitudes et son style : celui dâun parvenu persuadĂ© que lâargent est la mesure de toutes choses, celui dâun rustre dont lâĂ©ducation nous ramĂšne Ă lâĂšre des australopithĂšques ; en dĂ©finitive, celui dâune autre catĂ©gorie de personnages si bien qualifiĂ©s par Michel Audiard : « les cons, ça ose tout. Câest mĂȘme à ça quâon les reconnaĂźt ».
Cette phĂ©nomĂ©nologie de lâindigne est trop peu relevĂ©e pour quâ ici nous lui consacrions justement quelques lignes, dâautant que les journalistes sâen font les zĂ©lĂ©s diffuseurs, voire les propagandistes dociles, sans mĂȘme se rendre compte quâelle finit par atteindre la structure de leur langue et de leurs raisonnements. Mais avant dâessayer dâĂ©valuer les consĂ©quences de lâattaque occidentale, reprenons lâenchainement Ă©tonnant que viennent de nous imposer trois des grands dirigeants occidentaux et leurs intervieweurs.
DOUBLE PERNOD
Le 12 avril dernier, Jean-Pierre Pernaut, le « journaliste de proximité » de TF1 â qui prĂ©sente le journal de 13 heures â a donc interviewĂ© le prĂ©sident de la RĂ©publique dans lâĂ©cole communale dâun petit village de lâOrne : Berdâhuis. Lorsque Emmanuel Macron affirme dĂ©tenir « les preuves » dâune attaque chimique (ou plutĂŽt au chlore), attribuable Ă Bachar al-Assad soi-mĂȘme, le « journaliste » nâa pas le rĂ©flexe professionnel minimal de lui demander « lesquelles ! Plus concrĂštement « de quelles preuves disposez-vous Monsieur le prĂ©sident ? », ni de le relancer sur les fondements dâ une totale absence de doute⊠« Double Pernod » â comme lâa baptisĂ© la profession depuis des annĂ©es â va ainsi servir la soupe durant toute la durĂ©e de lâentretien, sans poser une seule question anglĂ©e, sinon dĂ©rangeante.
La mansuĂ©tude des journalistes français, chargĂ©s dâinterroger les prĂ©sidents de la RĂ©publique, est un vieux serpent de mer, puisque câest le service de communication de lâElysĂ©e qui traditionnellement sâinvite dans le mĂ©dia de son choix, en choisissant les journalistes-intervieweurs et les thĂšmes de lâentretien. Survivances du Roi-Soleil, ces pratiques font, depuis longtemps, la risĂ©e de notre pays et de sa caste mĂ©diatique dans le monde entier, Ă qui nos dirigeants continuent pourtant Ă donner des leçons quotidiennes en matiĂšre de droits humains et de libertĂ© de lâinformation !
Deux jours auparavant, la chaine amĂ©ricaine Fox-News â créée par Rupert Murdoch et pourtant rĂ©putĂ©e pour sa ligne Ă©ditoriale nĂ©o-conservatrice â interviewait un sĂ©nateur rĂ©publicain partisan de Donald Trump. Dâune maniĂšre professionnelle, le journaliste Tucker Carlson est revenu Ă plusieurs reprises sur la question des « preuves » de la prĂ©sumĂ©e attaque chimique et sur les objectifs des « frappes annoncĂ©es », ainsi que sur la suite et les consĂ©quences de cette attaque militaire. Affichant sa parfaite connaissance du dossier, le journaliste de Fox-News a rappelĂ© que les « frappes amĂ©ricaines » de lâannĂ©e derniĂšre sur une base aĂ©rienne syrienne avaient Ă©tĂ© suivies quelques mois plus tard dâun mea culpa du secrĂ©taire Ă la DĂ©fense James Mattis, reconnaissant que les preuves dâune attaque chimique « nâavaient pas Ă©tĂ© suffisamment complĂštes et certaines » pour justifier une telle attaque.
Ne sâen laissant pas compter par le sĂ©nateur rĂ©publicain, le journaliste a rappelĂ© que la Maison Blanche avait dĂ©clarĂ© solennellement que lâobjectif nâĂ©tait pas celui dâun « Regime Change » en Syrie. Question lĂ©gitime suivante, « alors quelles Ă©taient les objectifs de ces frappes ? ». AcculĂ©, le sĂ©nateur devait reconnaĂźtre quâIsraĂ«l avait demandĂ© cette intervention militaire amĂ©ricaine, afin dâaffaiblir « une Syrie, alliĂ©e du Hezbollah libanais ». Ultime question : « on comprend bien lâintĂ©rĂȘt israĂ©lien, mais pas lâintĂ©rĂȘt amĂ©ricainâŠÂ » Le sĂ©nateur devait conclure en se prenant les pieds dans le tapis essayant dâexpliquer que les intĂ©rĂȘts israĂ©liens Ă©taient « les mĂȘmes que ceux des Etats-UnisâŠÂ »
Câest quand mĂȘme autre chose que Double Pernod, mĂȘme si on passe dâun excĂšs Ă lâautre : de lâaplaventrisme des Pernod/Delahousse aux fausses ruptures Bourdin/Plenel dâhier soir. Emmanuel, Emmanuel⊠visiblement, ces deux-lĂ ne savent pas que M. Macron est prĂ©sident de la RĂ©publique. Nous y reviendrons la semaine prochaine, toujours est-il que ces dommages collatĂ©raux mĂ©diatiques nâauront pas empĂȘchĂ© lâemballement dâune machinerie absurde et malheureusement inĂ©luctable.
LOGIQUE A MARCHER SUR LA TĂTE
PremiĂšre Ă©tape : entre tweets et communiquĂ©s officiels, les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne affirment quâils vont attaquer, quoiquâil arrive, et que leur riposte Ă des « attaques chimiques » prĂ©sumĂ©es est inĂ©luctable. Donc, sâils ne le font pas, ils se dĂ©jugent, et fixent eux-mĂȘmes lâ engrenage du dĂ©clenchement dâune opĂ©ration militaire.
DeuxiĂšme Ă©tape : ensuite seulement, on cherche des preuves quâon aurait dĂ», semble-t-il, accumuler avant dâaffirmer quâon allait attaquer.
TroisiĂšme Ă©tape : enfin, on attaque « lâarsenal chimique clandestin du rĂ©gime syrien », selon les propres termes du communiquĂ© de lâElysĂ©e du 14 avril dernier. Ouf ! Ainsi on peut considĂ©rer que le problĂšme est rĂ©glĂ© et dĂ©finitivement rĂ©glé !
A ce stade, une question fondamentale sâimpose : si lâarsenal chimique syrien nâa pas Ă©tĂ© dĂ©mantelĂ© comme prĂ©vu aprĂšs lâaccord russo-amĂ©ricain de septembre 2013 et que subsistent des laboratoires de recherche, des stocks de composants chimiques et des unitĂ©s spĂ©cialement entraĂźnĂ©es Ă utiliser ce type dâarmements, pourquoi nâa-t-on pas rĂ©agi beaucoup plus tĂŽt en amont, pourquoi aprĂšs la derniĂšre attaque prĂ©sumĂ©e nâa-t-on pas immĂ©diatement dĂ©ployĂ© â sur le terrain â les inspecteurs de lâOrganisation de lâinterdiction des armements chimiques (OIAC)2 ?
Pourquoi lâOIAC est-elle immĂ©diatement saisie dans lâaffaire de lâex-espion russe empoisonnĂ© en Grande Bretagne, alors quâon traĂźne les pieds pour envoyer les inspecteurs de lâONU en Syrie ? La rĂ©ponse Ă cette question est trĂšs simple : en 2002, le premier directeur gĂ©nĂ©ral de lâOIAC â le grand diplomate brĂ©silien JosĂ© Bustani avait eu lâoutrecuidance de vouloir envoyer ses inspecteurs en Irak afin de chercher les fameuses armes de destruction massives dans leur version chimique â armes qui, selon George W. Bush et Tony Blair, pouvaient menacer la terre entiĂšre en moins de 45 minutes !
A lâĂ©poque sous-secrĂ©taire dâEtat pour le contrĂŽle des armes et la sĂ©curitĂ© internationale, John Bolton ( patron depuis quelques jours du Conseil amĂ©ricain de sĂ©curitĂ© nationale) sâĂ©tait prĂ©cipitĂ© au siĂšge de lâOIAC Ă La Haye pour obtenir la tĂȘte de JosĂ© Bustani, en menaçant au passage les enfants du diplomate brĂ©silien vivant Ă New York. De fait, depuis 2002, lâOIAC est marginalisĂ©e par les Etats-Unis qui prĂ©fĂšrent sâadresser Ă des inspecteurs « indĂ©pendants », souvent rattachĂ©s aux services spĂ©ciaux amĂ©ricains ou britanniquesâŠ
Toujours est-il que face aux preuves des Casques blancs et de lâObservatoire syrien des droits de lâhomme, le chef de la diplomatie russe SergueĂŻ Lavrov rĂ©plique que « lâattaque chimique prĂ©sumĂ©e en Syrie est une mise en scĂšne Ă laquelle ont participĂ© les services spĂ©ciaux dâun Ătat » (non nommĂ©), mais dĂ©signĂ© comme « russophobe ». SergueĂŻ Lavrov en confĂ©rence de presse : « nous disposons de preuves irrĂ©futables quâil sâagissait dâune nouvelle mise en scĂšne, et que les services spĂ©ciaux dâun Ătat actuellement en premiĂšre ligne dâune campagne russophobe ont participĂ© Ă cette mise en scĂšne ».
En effet, images et tĂ©moignages de la derniĂšre attaque chimique prĂ©sumĂ©e de la Ghouta ont Ă©tĂ© principalement rapportĂ©s par deux sources : lâONG des Casques blancs â créée de pied en cap par le MI6 (service britannique du renseignement extĂ©rieur) pour appuyer Jabhat al-Nosra (câest-Ă -dire la QaĂŻda en Syrie) durant la reconquĂȘte dâAlep par lâarmĂ©e gouvernementale syrienne ; et lâObservatoire syrien des droits de lâhomme (OSDH), basĂ©e Ă Londres et citĂ©e par les mĂ©dias occidentaux comme une agence de presse alors quâelle est une officine politique liĂ©e aux FrĂšres musulmans. Ces deux sources sont-elles suffisamment crĂ©dibles pour fonder une opĂ©ration militaire dâenvergure ?
Comme en septembre 2013, les autoritĂ©s françaises exhibent une « note » des « services de renseignement ». Diantre ! Celle brandie Ă lâĂ©poque par le premier ministre Jean-Marc Ayrault Ă©tait une collection de laborieuses suppositions.
La derniĂšre nâest pas meilleure, puisquâelle rassemble un condensĂ© dâimages collectĂ©es sur You-tube. Du solide ! En fĂ©vrier 2003, lâauteur de ces lignes a assistĂ© Ă la sĂ©ance du conseil de sĂ©curitĂ© qui a vu le gĂ©nĂ©ral Colin Powell (alors secrĂ©taire dâEtat) brandir un prĂ©tendu Ă©chantillon des armes chimiques irakiennes et projeter un diaporama voulant prouver que Saddam Hussein et Oussam Ben Laden Ă©taient les meilleurs copains⊠On connaĂźt la suite !
Toujours est-il que les sources des services spĂ©ciaux contactĂ©es (qui ne peuvent sâexprimer publiquement) ne sont pas trĂšs enthousiastes de se voir ainsi, une fois de plus, instrumentalisĂ©es pour justifier â a posteriori â une dĂ©cision du pouvoir exĂ©cutif, prise sur la base de considĂ©rations plus politiques que tactiques ou stratĂ©giques, en tout cas en fonction dâun enchaĂźnement dâune logique Ă marcher sur la tĂȘte⊠qui ne tient pas debout. Câest peu de le dire ! Les journalistes â plus que jamais dans leur rĂŽle de passe-plats de propagande â ont repris en coeur : « quelle riposte apportĂ©e Ă des attaques chimiques prĂ©sumĂ©es ? ». Des ripostes prĂ©sumĂ©es ?
POTION DE DOCTEURS DIAFOIRUS
Sâils avaient relu, ou seulement lu De la guerre, le fameux traitĂ© de Carl von Clausewitz, nos dirigeants auraient compris que toute opĂ©ration militaire vise deux finalitĂ©s : des objectifs opĂ©rationnels et des buts politiques. Avant de revenir sur ce dernier aspect, voyons donc les objectifs.
La communication gouvernementale officielle nous dit que les cibles ont Ă©tĂ© au nombre de trois. Dâabord le CERS (Centre dâĂ©tudes et de recherches scientifiques de lâarmĂ©e syrienne), situĂ© au-dessus de Damas. DĂšs les annĂ©es 1970, Allemands de lâEst, puis Allemands de lâOuest y collaboraient avec des scientifiques arabes de plusieurs nationalitĂ©s, tandis que des agents français y donnaient des cours de langue⊠Des bureaux de la Garde rĂ©publicaine, dont la mission est de protĂ©ger Damas, sont aussi installĂ©s dans le bĂątiment du CERS. Le chef de cette unitĂ© dâĂ©lite, Maher al-Assad (le frĂšre de Bachar) aurait pu, selon diffĂ©rentes sources, commanditer la derniĂšre attaque prĂ©sumĂ©e chimique dans le dos de son frĂšre ! A voir⊠Toujours est-il que ces locaux avaient Ă©tĂ© dĂ©mĂ©nagĂ©s depuis belle lurette et quâon y a vraisemblablement bombardĂ© des cages Ă poules vides.
Les deux autres cibles se trouvent dans la rĂ©gion de Homs â sur lâOronte au centre du pays â abritant des « centres de production et de stockage du programme clandestin chimique du rĂ©gime ». LĂ -aussi, il semble bien que les locaux fussent dĂ©sertĂ©s et que les missiles occidentaux aient fait chou blanc. A ce stade, une conclusion provisoire devrait sâimposer : cette fois-ci lâarsenal chimique syrien est dĂ©truit et on peut estimer que câen est dĂ©finitivement fini des attaques chimiques, donc aussi des bombardements occidentaux. Or Trump dit quâil est encore prĂȘt Ă dĂ©gainer ?
Dans tous les cas de figures, ces objectifs opĂ©rationnels sâavĂšrent mineurs et leur destruction ne change en rien lâanatomie et les Ă©volutions majeures de la guerre qui se poursuit en Syrie. Selon le ministĂšre russe de la DĂ©fense, sur une centaine de missiles tirĂ©s par la coalition occidentale, 73 auraient Ă©tĂ© neutralisĂ©s et dĂ©viĂ©s de leur cible par lâarmĂ©e syrienne !? Ce bilan sâapparente Ă une potion digne du docteur Diafoirus de MoliĂšre ou du Knock de Jules Romains : « est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ? » Bref, nâimporte quoi !
DiligentĂ© au nom de la morale et des valeurs universelles visant à « protĂ©ger les populations », cette potion trĂšs inappropriĂ©e, risque au contraire dâaggraver le mal quâelle Ă©tait censĂ©e attĂ©nuer en confortant les diffĂ©rentes logiques conflictuelles en Ćuvre dans la guerre civilo-globale de Syrie.
GEOPOLITIQUE EN CARTON
Le 17 fĂ©vrier dernier, depuis la ConfĂ©rence sur la sĂ©curitĂ© de Munich, prochetmoyen-orient.ch rĂ©vĂ©lait le contenu dâun tĂ©lĂ©gramme diplomatique britannique dĂ©taillant la nouvelle stratĂ©gie occidentale en Syrie3. En pure dĂ©monstration clausewitzienne, les objectifs militaires Ă©taient parfaitement dĂ©finis : miser sur la poursuite de la guerre en attisant la rivalitĂ© turco-kurde et la multiplication des ingĂ©rences militaires israĂ©liennes. Sur le plan des buts politiques, sinon gĂ©opolitiques, mĂȘme clartĂ© de mise : punir Assad, intimider les Russes, menacer les Iraniens.
Avant dâengager toute espĂšce dâopĂ©ration militaire, les dirigeants occidentaux devraient penser â bien sĂ»r â au jour dâaprĂšs. Et lâon pense communĂ©ment quâils sont suffisamment responsables pour le faire. Le fait est que plusieurs prĂ©cĂ©dents rĂ©cents ne confirment pas ce rĂ©flexe de bon sens : Irak (2003), Libye (2011), YĂ©men (2014). Alors que peut-il se passer maintenant ?
Le prestige de Bachar al-Assad est conforté : comme Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, et Hassan Rohani, le prĂ©sident iranien, il incarne une espĂšce de nouveau Nasser qui rĂ©siste aux Occidentaux. Les Russes gardent tĂȘte et diplomatie froides, mais ils sont furieux et feront payer la note, tĂŽt ou tard. De fait, le Hezbollah nâest pas (encore) puni, les Russes ne sont pas intimidĂ©s et les Iraniens se prĂ©parent Ă la dĂ©cision de Donald Trump qui vraisemblablement abrogera lâaccord sur le nuclĂ©aire iranien le 12 mai prochain.
Par consĂ©quent, les buts de guerre des bombardements occidentaux sâavĂšrent particuliĂšrement dĂ©sastreux et il nâest pas exagĂ©rĂ© de les qualifier de « fiasco diplomatique », dâautant que la France en rajoute sur le plan de la russophobie ordinaire. Il faut rĂ©-Ă©couter les dĂ©clarations de François Delattre â notre ambassadeur aux Nations unies â pour se demander quels sont les intĂ©rĂȘts qui poussent ainsi notre pays Ă se mettre en pointe contre Moscou. En janvier 2016, lâauteur de ces lignes assiste â mĂ©dusĂ© â au discours de la Sorbonne de Jean-Yves Le Drian (alors ministre de la DĂ©fense), dissertant sur les deux ennemis principaux de la France : Daeâch â lâOrganisation « Etat islamique » et⊠la Russie !
Il y a quelques jours, le mĂȘme (devenu ministre des Affaires Ă©trangĂšres) sâest rendu Ă Kiev oĂč il a pris ouvertement parti pour les Ukrainiens contre les « sĂ©paratistes pro-russes », annulant ainsi dâun mot les accords de Minsk pourtant partiellement initiĂ©s par la diplomatie française. Le chercheur Emmanuel Todd intervenait, il y a quelques jours, sur lâantenne dâune radio de service public en sâĂ©tonnant de deux choses : de « lâhystĂ©rie russophobe française » et de cette insistance Ă combattre en Syrie et ailleurs « des gens qui partagent nos valeurs les plus fondamentales » en sâalliant Ă des pays (dont lâArabie saoudite) qui financent et propagent lâIslam radical dans le monde entier depuis plus de trente ans !
Dans la production entretenue de ce dĂ©lire anti-russe, la palme revient â en particulier â Ă deux hauts fonctionnaires : Jean-Claude Mallet (inamovible conseiller de Jean-Yves Le Drian) et JĂ©rĂŽme Bonnafont, le patron dâANMO (la direction proche-Orient du Quai dâOrsay) qui dĂ©clarait Ă des proches quâil prĂ©fĂ©rait voir Daeâch Ă Damas que Bachar al-Assad⊠Charles (de Gaulle), rĂ©veille- toi, ils sont devenus fous, complĂštement fous !
NE PAS CONFONDRE LA SYRIE AVEC NOTRE-DAME DES LANDES
Comme toujours avec Emmanuel Macron, il sâagit de respecter les formes. Il a prĂ©cisĂ© que « conformĂ©ment Ă lâarticle 35, alinĂ©a 2, de la Constitution, le Parlement sera informĂ© et un dĂ©bat parlementaire sera organisĂ©, suite Ă cette dĂ©cision dâintervention de nos forces armĂ©es Ă lâĂ©tranger ». On engage dâabord les forces armĂ©es et on demande lâavis de la reprĂ©sentation nationale aprĂšs⊠La dĂ©mocratie française est vraiment curieuse. Heureusement, le service communicationnel aprĂšs-bombardement est parfaitement assurĂ©. Le gĂ©nĂ©ral François Lecointre (Chef dâĂ©tat-major des armĂ©es/CEMA) et la ministre de la dĂ©fense Florence Parly montent Ă lâantenne pour saluer une « performance opĂ©rationnelle », sans bavure aucune. Et ils ont raison, car nos armĂ©es sont excellentes et (heureusement) exĂ©cutent rigoureusement les ordres que leur donne le pouvoir exĂ©cutif. Mais, comme en Libye avec lâopĂ©ration Harmattan, lâexcellence dâexĂ©cution militaire ne suffit pas. « Performance opĂ©rationnelle » certainement, « fiasco politique » assurĂ©ment !
« En matiĂšre de politique Ă©trangĂšre, Emmanuel Macron fait pire que son prĂ©dĂ©cesseur François Hollande », dĂ©plore un ambassadeur de haut rang, « car prĂ©tendre quâaprĂšs ces bombardements la France pourra revenir dans le jeu diplomatique du Proche Orient est une parfaite illusion. Notre pays sây est mis hors-jeu depuis mars 2012, lorsque Alain JuppĂ© a pris la funeste dĂ©cision de fermer notre ambassade Ă Damas ».
En définitive, Emmanuel Macron a confondu la Syrie avec la ZAD de Notre Dame des Landes : déclencher une opération de police pour faire respecter le droit en faisant attention de ne pas faire de mort⊠Mais, hélas, dans tous les cas de figures, cette opération ne modifiera en rien les évolutions de la guerre en Syrie, ni ne favorisera le retour de la France aux Proche et Moyen-Orient.
Bonne lecture et, néanmoins bonne semaine.
Richard LabéviÚre
16 avril 2018
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1 Docteur Folamour ou : comment jâai appris Ă ne plus mâen faire et Ă aimer la bombe (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) est une comĂ©die militaire et satirique sortie en 1964 et rĂ©alisĂ©e par Stanley Kubrick dâaprĂšs le thriller «  120 minutes pour sauver le monde », Ă©crit par Peter George sous le pseudonyme de Peter Bryant. .
2 OIAC : lâOrganisation pour lâinterdiction des armes chimiques, abrĂ©gĂ©e en OIAC est lâagence internationale des Nations unies qui veille Ă ce que la Convention internationale sur les armes chimiques soit bien appliquĂ©e par les Ătats membres lâayant signĂ©e. Elle a Ă©tĂ© créée le 29 avril 1997. Elle est basĂ©e Ă Â La Haye et son laboratoire Ă Â Rijswijk, aux Pays-Bas
3 Prochetmoyen-orient.ch : « Syrieleaks : un cùble diplomatique britannique dévoile la stratégie occidentale ».
http://prochetmoyen-orient.ch/syrie-bombardements-foireux-a-la-diafoirus/

