«Papa, serons-nous encore en vie demain?»: L’appel d’un médecin de Gaza au JAZIC

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Par Romana Rubeo
27 juin 2026

Intervenant en direct depuis Gaza, le Dr Eyad Amawi a déclaré au deuxième Congrès juif antisioniste que le génocide détruit non seulement des vies, mais la société elle-même.

Détruire les conditions de vie

DUBLIN – Alors que la première journée du deuxième Congrès juif antisioniste passait des discussions sur l’histoire, le droit international et l’action politique aux voix venues de Palestine même, la salle de conférence s’est tue pour écouter un témoignage en direct de Gaza.

Intervenant par liaison vidéo vendredi, le médecin palestinien Eyad Amawi, membre de l’organisation « Médecins contre le génocide » (Doctors Against Genocide), a livré un récit saisissant de la vie dans l’enclave assiégée, affirmant que la campagne militaire d’Israël a évolué vers la destruction systématique de toutes les conditions nécessaires à la vie civile.

« Ils (les Israéliens – PC) détruisent tout », a déclaré le Dr Amawi, expliquant que la dévastation va bien au-delà des maisons réduites en décombres. « Ils détruisent les infrastructures. Ils ont transformé notre environnement en un milieu propice aux maladies et aux infections. »

Les conséquences, a-t-il expliqué, deviennent de plus en plus graves alors que Gaza entame un nouvel été sous le siège. Les pénuries de carburant ont contraint de nombreuses usines de dessalement à cesser leurs activités, les organisations humanitaires peinent à faire fonctionner les quelques installations encore en service, et l’accès à l’eau potable continue de se dégrader.

« Sans eau, il n’y a pas de vie », a affirmé le Dr Amawi, décrivant une crise humanitaire où les maladies se propagent dans des camps de déplacés surpeuplés, tandis que les services médicaux s’effondrent sous des conditions impossibles.

Pour le Dr Amawi, ces conditions ne sont ni accidentelles ni simplement les conséquences inévitables de la guerre. Elles s’inscrivent plutôt dans ce qu’il a décrit comme une volonté délibérée de démanteler la société palestinienne elle-même.

Soulignant la destruction des fermes, des usines, des institutions locales et des services municipaux, il a indiqué que plus de 500 000 Palestiniens ont perdu leurs moyens de subsistance, tandis que les restrictions sur le carburant, les matériaux de construction et les équipements essentiels ont rendu la reconstruction pratiquement impossible.

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« Ce à quoi nous assistons », a-t-il soutenu, « c’est à la destruction systématique de la vie sociale et à l’organisation délibérée de la famine. »

« Nous perdons toute une génération »

Si la destruction des infrastructures constituait la toile de fond de son témoignage, le Dr Amawi a évoqué à maintes reprises les personnes qui en subissent les conséquences, en particulier les enfants de Gaza. Plus de 64 000 enfants, a-t-il déclaré, sont devenus orphelins depuis le début de la guerre. Beaucoup vivent désormais sous des tentes, après avoir perdu non seulement leurs parents, mais aussi leurs foyers, leurs écoles et leurs communautés.

« Nous sommes en train de perdre toute une génération », a averti Amawi, expliquant que cette expression ne désigne pas seulement les enfants tués, mais renvoie également à la destruction de l’éducation, de l’enfance et de toute perspective de développement normal.

La crise a toutefois pris une tournure profondément personnelle lorsqu’il a évoqué les échanges au sein de sa propre famille.

« Mes propres enfants me demandent encore chaque jour : “Papa, serons-nous encore en vie demain ?” », a-t-il confié, évoquant des nuits rythmées par les bombardements, les drones et la peur constante d’un nouveau déplacement forcé.

Selon Amawi, les opérations militaires israéliennes ont laissé plus de deux millions de Palestiniens confinés sur une bande de terre de plus en plus exiguë, alors que les forces israéliennes ont étendu leur contrôle sur une grande partie de la bande de Gaza.

Parallèlement, a-t-il ajouté, le système de santé a été….au-delà du point de rupture.

La famine, a-t-il expliqué, a affaibli le système immunitaire des enfants, tandis que les hôpitaux manquent de médicaments, d’équipements et de personnel pour soigner les maladies qui continuent de se propager dans des camps surpeuplés.

Appelant à une action internationale renforcée, Amawi a souligné que les évacuations médicales demeurent une nécessité absolue ; pourtant, les efforts répétés pour mettre les enfants malades en sécurité, installer des hôpitaux mobiles et acheminer des fournitures médicales continuent de se heurter à d’immenses obstacles.

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« Les missions médicales sont bloquées. L’entrée des fournitures médicales est empêchée », a-t-il déclaré, affirmant que priver les hôpitaux du matériel nécessaire à leur fonctionnement ne sert qu’un seul objectif : « anéantir toute possibilité pour les Palestiniens de reprendre une vie normale ou de reconstruire ce qui a été détruit. »

« C’est notre patrie »

Amawi a également remis en question les assurances répétées de la communauté internationale selon lesquelles la situation humanitaire à Gaza s’améliorait.

Le nombre de camions d’aide entrant dans la bande de Gaza a diminué ces derniers jours, a-t-il précisé, tandis que les promesses de fournir des logements mobiles et d’autres abris essentiels sont restées, pour la plupart, sans suite. Le carburant, les batteries, les panneaux solaires et autres produits de première nécessité continuent d’être bloqués malgré les besoins désespérés des familles déplacées.

« Il n’y a pas d’aide humanitaire réelle », a-t-il affirmé.

Il a opposé l’attention constante portée par la communauté internationale à la sécurité d’Israël à ce qu’il a décrit comme une quasi-absence de préoccupation pour les civils palestiniens.

« Les discussions sur la sécurité d’Israël sont incessantes », a fait remarquer Amawi, « alors que la sécurité des enfants palestiniens ne suscite aucune inquiétude. »

Il n’y a pas non plus, a-t-il ajouté, d’urgence suffisante concernant les évacuations médicales, le fonctionnement des hôpitaux ou les besoins fondamentaux nécessaires à la simple survie des populations.

Vers la fin de son témoignage, Amawi a évoqué ce qu’il a qualifié d’objectif plus large sous-tendant les politiques israéliennes.

Les dirigeants israéliens, a-t-il noté, ont évoqué à maintes reprises l’idée d’expulser totalement les Palestiniens de Gaza. Mais pour ceux qui vivent cette destruction, a-t-il déclaré, le départ n’est ni possible ni acceptable.

« Je ne sais pas où ils s’attendent à ce que nous allions », a dit Amawi. « C’est notre patrie. C’est notre terre. Nous ne partirons pas. Nous ne baisserons pas les bras. »

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S’adressant aux participants réunis à Dublin ainsi qu’au public du monde entier, il les a exhortés à continuer de s’exprimer publiquement sur la situation à Gaza et à faire pression sur les gouvernements pour qu’ils aillent au-delà des simples expressions de préoccupation.

« Cette brutalité doit cesser immédiatement », a déclaré Amawi, insistant sur le fait qu’« il n’est plus temps pour des déclarations politiques creuses. » « Notre peuple ici — tout comme celui de Cisjordanie — a le droit de vivre, au même titre que n’importe qui d’autre dans le monde. »

Il a conclu non pas par un argument politique, mais par un appel vibrant qui a résonné dans toute la salle de conférence — un appel simple, né de près de trois années de guerre.

« Ça suffit », a déclaré Amawi pour conclure.

Alors que la liaison en direct prenait fin, les derniers mots d’Amawi — « C’est notre patrie. C’est notre terre. Nous ne partirons pas. Nous ne baisserons pas les bras » — ont suscité une longue ovation debout de la part du public à Dublin. Quelques instants plus tard, la salle a retenti de slogans tels que « Palestine libre », tandis que les participants se levaient en signe de solidarité avec ceux qui subissent encore l’offensive génocidaire d’Israël contre Gaza.

(The Palestine Chronicle)..

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