Par Hafez al-Ayoubi, le 23 octobre 2025
Lâafflux de colons et dâinvestisseurs israĂ©liens Ă Chypre inquiĂšte les Chypriotes et les observateurs rĂ©gionaux, qui y voient un Ă©cho du passĂ© de HaĂŻfa. DerriĂšre lâexplosion immobiliĂšre actuelle se cache un projet israĂ©lien plus vaste de refonte de lâordre en MĂ©diterranĂ©e orientale, oĂč Chypre joue Ă la fois le rĂŽle de porte dâentrĂ©e et dâavant-poste.
LâannĂ©e derniĂšre, les rapports faisant Ă©tat dâIsraĂ©liens achetant des terrains et des biens immobiliers dans toute la RĂ©publique de Chypre, membre de lâUE, se sont multipliĂ©s. Bien que les chiffres restent modestes, le rythme des acquisitions sâest accĂ©lĂ©rĂ©. Certains interprĂštent cette vague comme un symptĂŽme de la dĂ©gradation de lâimage quâIsraĂ«l projette de lui-mĂȘme en tant que âlieu le plus sĂ»r pour les Juifsâ.
Dâautres y voient plutĂŽt une consĂ©quence de lâĂ©volution de la gĂ©opolitique de la MĂ©diterranĂ©e orientale, qui place Chypre au cĆur de la vision maritime expansionniste du Premier ministre israĂ©lien, Benjamin Netanyahu.
Une nouvelle frontiĂšre
Chypre, la troisiĂšme plus grande Ăźle de la mer MĂ©diterranĂ©e, est divisĂ©e depuis lâinvasion de sa partie nord par la Turquie en 1974, qui a donnĂ© lieu Ă la crĂ©ation de la RĂ©publique turque de Chypre du Nord (RTCN), non reconnue. Environ 400 000 Chypriotes turcs habitent cette partie sous tutelle dâAnkara, tandis que la RĂ©publique chypriote grecque du sud, reconnue internationalement et qui compte 1,3 million dâhabitants, voit son littoral se couvrir de plus en plus de biens immobiliers appartenant Ă des IsraĂ©liens.
Les statistiques masquent toutefois la tendance gĂ©nĂ©rale. Selon une Ă©tude de lâAutoritĂ© des audits de Chypre, les acheteurs non europĂ©ens au cours des cinq derniĂšres annĂ©es provenaient principalement du Liban (16 %), de Chine (16 %), de Russie (14 %) et dâIsraĂ«l (10 %).
ParallĂšlement, la communautĂ© juive de Chypre, qui compte aujourdâhui environ 4 000 familles, soit quelque 15 000 personnes, sâest dĂ©veloppĂ©e alors quâelle ne comptait que quelques centaines dâindividus il y a vingt ans. En 2003, elle comptait entre 300 et 400 personnes, pour atteindre environ 3 500 en 2018, soit une croissance modeste mais symboliquement significative, stimulĂ©e par trois crises : la pandĂ©mie de Covid-19, les troubles liĂ©s Ă la rĂ©forme judiciaire en IsraĂ«l et la guerre contre Gaza.
Cette vague migratoire reflĂšte toutefois un renversement de tendance plus gĂ©nĂ©ral, avec un nombre croissant dâIsraĂ©liens dĂ©sireux de quitter le pays. Selon le Centre de recherche et dâinformation de la Knesset, environ 145 900 personnes ont Ă©migrĂ© entre 2020 et 2024, une tendance que le journal Yedioth Ahronoth attribue aux consĂ©quences du 7 octobre et qui, selon lui, prĂ©sente des ârisques stratĂ©giquesâ.
Dans un article intitulĂ© âLâexpansion israĂ©lienne dans lâUE via Chypreâ, Theodosis Pipis, chercheur au Centre dâĂ©tudes et dâanalyses stratĂ©giques internationales (KEDISA) Ă AthĂšnes, compare la situation actuelle de Larnaca Ă celle de la ville de HaĂŻfa dans les annĂ©es 1920. Il affirme que âles investissements massifs dans les villes cĂŽtiĂšres telles que HaĂŻfa ont permis de prendre le contrĂŽle de lâĂ©conomie de la Palestineâ.
Il explique que HaĂŻfa Ă©tait une ville portuaire peu peuplĂ©e, similaire Ă Larnaca aujourdâhui, mais quâaprĂšs la dĂ©claration de lâĂtat dâIsraĂ«l et lâexpulsion des Palestiniens de leurs foyers, les colons juifs sont devenus majoritaires Ă HaĂŻfa. âDâun point de vue historique, le cas de HaĂŻfa pourrait laisser prĂ©sager ce qui pourrait arriver Ă Chypre si les investissements Ă©conomiques se poursuivent. Une ville portuaire, avec une faible densitĂ© de population, semblable Ă Larnaca. Au moment oĂč les colons juifs ont expulsĂ© les Palestiniens de leurs foyers et proclamĂ© la crĂ©ation de lâĂtat dâIsraĂ«l, les colons juifs sont devenus majoritaires Ă HaĂŻfaâ.
âChypre, lâarriĂšre-cour dâIsraĂ«lâ
Au-delĂ des statistiques, on observe une tendance plus inquiĂ©tante, notamment la formation dâenclaves israĂ©liennes exclusives, en particulier autour de Larnaca. Des rapports indiquent que âles habitants sont Ă©vincĂ©s par la flambĂ©e des prix. Des infrastructures (synagogues, supermarchĂ©s casher, Ă©coles privĂ©es) sortent de terre Ă toute allure. Le mĂȘme modĂšle colonial utilisĂ© en Cisjordanie semble dĂ©sormais se propager dans des endroits comme Pyla et Limassolâ.
Ce qui est particuliĂšrement prĂ©occupant, câest que ânombre de ces colons ne sont pas des libĂ©raux dĂ©sabusĂ©s, mais des sionistes convaincus disposant de ressources importantesâ.
En juin, Stefanos Stefanou, porte-parole du Parti progressiste des travailleurs (AKEL), a dĂ©clarĂ© : âIls construisent des Ă©coles sionistes, des synagogues, des enclaves fermĂ©es… IsraĂ«l se prĂ©pare une arriĂšre-cour Ă Chypre, et la situation ne peut que nous alarmerâ.
Le mouvement hassidique Chabad, connu localement sous le nom de Chabad, a créé en 2005 le premier lieu de culte juif officiel de Chypre, prĂšs de Larnaca, le premier sur lâĂźle depuis des siĂšcles. Aujourdâhui, il gĂšre six synagogues sous la direction du grand rabbin Zeâev Raskin.
Historiquement, Chypre est lâun des premiers projets de colonisation sioniste. Un rapport du dĂ©partement dâĂtat amĂ©ricain intitulĂ© The Justice for Uncompensated Survivors Today (JUST) Act Report: Cyprus prĂ©cise quââil y avait environ 100 Juifs Ă Chypre au dĂ©but du XXe siĂšcle. AprĂšs la montĂ©e du nazisme en 1933, des centaines de Juifs europĂ©ens ont fui vers Chypre, alors colonie britanniqueâ.
Le pĂšre du sionisme moderne, ThĂ©odor Herzl, a lui-mĂȘme prĂŽnĂ© Ă une Ă©poque âlâoption chyprioteâ comme levier dans les nĂ©gociations pour prendre possession de la Palestine. Lors du troisiĂšme congrĂšs sioniste, en 1899, le dĂ©lĂ©guĂ© David Tricht a fait valoir que âChypre est lâendroit le plus appropriĂ© : peu attrayant pour les EuropĂ©ens, mais proche de la Terre dâIsraĂ«lâ.
Des invitations ont Ă©tĂ© lancĂ©es, notamment lors du troisiĂšme congrĂšs sioniste en 1899. Tricht a dĂ©clarĂ© : âLes Juifs ne devraient pas chercher refuge dans des terres propices Ă la colonisation europĂ©enne, car ils se heurteraient Ă une rĂ©sistance dans chacun de ces pays. Ils ne sauraient non plus sâinstaller efficacement dans les rĂ©gions tropicales. Chypre est donc le lieu le mieux adaptĂ© Ă la colonisation juive. Bien que lâĂźle nâattire pas les colons europĂ©ens, son climat nous convient et, surtout, elle est proche dâIsraĂ«l, faisant office de porte dâentrĂ©e vers le paysâ.
Environ deux mois plus tard, Herzl Ă©crivait : âPuisque le gouvernement ottoman ne montre aucune volontĂ© de conclure dâaccord avec nous, certains souhaitent se tourner vers cette Ăźle sous contrĂŽle britannique, oĂč nous pourrions nous rendre Ă tout moment. Je contrĂŽle encore la situation jusquâau prochain congrĂšs. Mais si aucun rĂ©sultat nâest obtenu dâici lĂ , nos plans sombreront comme une pierre dans lâeau de Chypreâ.
En 1902, Herzl a prĂ©sentĂ© des preuves Ă©crites Ă la commission parlementaire britannique sur lâimmigration Ă©trangĂšre, puis a diffusĂ© une brochure dĂ©crivant comment la migration juive vers lâAngleterre et les Ătats-Unis pourrait ĂȘtre simplifiĂ©e par la promotion de projets de colonisation, dont un Ă Chypre.
La mĂȘme annĂ©e, il a Ă©galement abordĂ© le sujet de la colonisation avec le secrĂ©taire colonial britannique Joseph Chamberlain, Ă©voquant lâĂźle comme lieu potentiel de colonisation juive, et affirmant que âles musulmans partiront et les Grecs vendront volontiers leurs terres Ă un bon prix pour Ă©migrer Ă AthĂšnes ou en CrĂšteâ.
Un refuge sûr ou un avant-poste stratégique ?
La âprĂ©sence juive historiqueâ Ă Chypre est restĂ©e marginale jusquâau dĂ©but du XXIĂš siĂšcle, mais les Ă©vĂ©nements rĂ©cents ont suscitĂ© un changement radical. La guerre de juin avec lâIran et lâescalade des tensions rĂ©gionales lâĂ©tĂ© dernier ont en effet incitĂ© les IsraĂ©liens Ă investir, en particulier dans les villes cĂŽtiĂšres.
Au plus fort du conflit, une plateforme immobiliĂšre chypriote a rapportĂ© que âles IsraĂ©liens ont activement contactĂ© leurs courtiers pour exprimer leur inquiĂ©tude et leur impatience quant Ă la reprise du trafic aĂ©rien. Beaucoup dâentre eux le disent ouvertement : âNous voulons rentrer chez nousâ, câest-Ă -dire Ă Chypreâ. La plateforme a ajoutĂ© que âde nombreux citoyens israĂ©liens considĂšrent Chypre comme une alternative sĂ»re et stable, Ă la fois adaptĂ©e Ă une rĂ©sidence temporaire et Ă un investissement Ă long terme. Pour beaucoup dâentre eux, Chypre est devenue une deuxiĂšme maisonâ.
Les experts israĂ©liens ajoutent quant Ă eux que âcertains IsraĂ©liens cherchent Ă diversifier leurs placements et les risques associĂ©sâ.
NĂ©anmoins, les politiciens chypriotes mettent en garde contre lâopacitĂ© des rĂ©seaux immobiliers. Des failles permettent en effet aux entreprises de contourner les restrictions limitant les ressortissants non europĂ©ens Ă deux propriĂ©tĂ©s.
Takis Hadjigeorgiou, ancien membre de la Commission des affaires Ă©trangĂšres du Parlement europĂ©en, rapporte quâil y a un an, la question de la propriĂ©tĂ© des non-EuropĂ©ens, en particulier des IsraĂ©liens, a Ă©tĂ© soulevĂ©e devant le âhaut fonctionnaire chargĂ© des questions fonciĂšres et immobiliĂšres Ă Chypreâ. Oui, jâen ai entendu parlerâ, a rĂ©pondu le haut fonctionnaire, avant dâajouter : âMais ne disions-nous pas autrefois que le rachat Ă©tait le fait des Libanais ?â
Le Greek Herald a depuis relayĂ© les craintes dâune âingĂ©nierie dĂ©mographiqueâ et a averti que si ces âtransformations se poursuivent sans contrĂŽle, elles pourraient mener Ă la perte irrĂ©versible de lâidentitĂ© hellĂ©nique ancestraleâ. âUne vague de particuliers et dâentreprises dâorigine juive/israĂ©lienne achĂšte systĂ©matiquement des propriĂ©tĂ©s dans toute lâUE, y compris Ă Chypre, dans le nord occupĂ© par la Turquie, suscitant lâinquiĂ©tude de la population quant aux implications dâune telle pratiqueâ.
Quelles que soient les motivations des migrants israĂ©liens, ils entrent dans un pays marquĂ© par un traumatisme et un nationalisme fĂ©roce. Bien que les Chypriotes accueillent volontiers les touristes, ils restent hantĂ©s par leur propre partition. Beaucoup sympathisent avec Gaza et Ă©prouvent du ressentiment face Ă lâutilisation des bases militaires britanniques pour les guerres dâIsraĂ«l. Sous une coexistence polie, la suspicion couve.
Lâarc mĂ©diterranĂ©en
Le grand rabbin Raskin, qui dirige la cour rabbinique de Chypre depuis 2003, dĂ©crit lâĂźle comme la âporte dĂ©robĂ©eâ dâIsraĂ«l. Selon Yonatan Brander, chercheur Ă lâInstitut de recherche sur la paix dâOslo (PRIO) et auteur dâun article de 2022 intitulĂ© âUne amitiĂ© stratĂ©gique : la perception israĂ©lienne des relations entre IsraĂ«l et Chypreâ, les dĂ©cideurs politiques israĂ©liens considĂšrent les liens avec Nicosie comme âla pierre angulaire dâun ordre rĂ©gional quâils souhaitent façonner et prĂ©serverâ.
Deux axes dĂ©finissent dĂ©sormais la politique israĂ©lienne sur lâĂźle. Dâune part, Netanyahu envisage Chypre comme faisant partie dâun nouveau bloc gĂ©opolitique reliant IsraĂ«l Ă lâEurope et au rĂ©seau Ă©nergĂ©tique mĂ©diterranĂ©en. La volontĂ© de Nicosie dâaccueillir les nĂ©gociations sur la reconstruction de Gaza souligne son rĂŽle diplomatique croissant. LâĂźle offre une profondeur gĂ©ographique, un corridor aĂ©rien et maritime, ainsi quâune voix au sein de lâUE favorable aux ambitions de Tel-Aviv.
Dâautre part, lâancrage Ă©conomique et institutionnel de plus en plus marquĂ© dâIsraĂ«l risque de transformer Chypre en une dĂ©pendance soumise plutĂŽt quâen un partenaire Ă part entiĂšre. Ankara sâest dĂ©jĂ montrĂ©e mĂ©fiante, considĂ©rant cette entente comme une seconde frontiĂšre israĂ©lienne Ă sa pĂ©riphĂ©rie, venant complĂ©ter sa frontiĂšre indirecte avec la Syrie.
Une Ă©tude du centre Moshe Dayan de lâuniversitĂ© de Tel-Aviv sur lâimpact de la guerre de douze jours entre IsraĂ«l et lâIran sur lâalliance entre IsraĂ«l, la GrĂšce et Chypre, ou âlâarc mĂ©diterranĂ©enâ, un corridor stratĂ©gique reliant lâAtlantique Ă lâocĂ©an Indien via la mer MĂ©diterranĂ©e, la mer Rouge et la mer dâOman, souligne cette tendance. Selon cette Ă©tude, lâalliance âconsolide la nouvelle sphĂšre dâinfluence maritime dâIsraĂ«l et creuse lâĂ©cart avec la Turquieâ.
Depuis les annĂ©es 2010, la coopĂ©ration entre IsraĂ«l et Chypre est devenue une constante gĂ©opolitique. La participation de Nicosie au projet dâexploration gaziĂšre EastMed, soutenu par Washington, Riyad et Abu Dhabi, lâa placĂ©e en conflit avec Ankara. Des rapports publiĂ©s lâannĂ©e derniĂšre ont indiquĂ© quâIsraĂ«l a livrĂ© trois cargaisons de systĂšmes de dĂ©fense aĂ©rienne Barak MX Ă Chypre, une Ă©volution qui, selon les mĂ©dias turcs, pourrait dĂ©stabiliser la rĂ©gion.
Les inquiĂ©tudes se sont intensifiĂ©es lorsque le Cyprus Mail a rapportĂ© que âlâincapacitĂ© du gouvernement Ă dĂ©mentir la prĂ©sence de personnel de sĂ©curitĂ© israĂ©lien Ă proximitĂ© de la clĂŽture de lâaĂ©roport de Larnaca et dans la tour de contrĂŽle du trafic aĂ©rien suggĂšre que ces informations sont exactes et que la RĂ©publique a cĂ©dĂ© la sĂ©curitĂ© de son principal aĂ©roport aux forces de sĂ©curitĂ© dâun autre Ătatâ.
Renseignements, bases et avertissements
Plusieurs sources rĂ©gionales affirment quâIsraĂ«l table dĂ©sormais sur Chypre pour la collecte de renseignements et la logistique opĂ©rationnelle dans la rĂ©gion du Levant. Selon des universitaires iraniens, cette coopĂ©ration inclurait le transfert de technologies de surveillance, lâexportation de logiciels espions via des sociĂ©tĂ©s chypriotes et la mise en place de âcanaux de renseignement communs pour cibler lâIran et lâAxe de la RĂ©sistanceâ. Ces rĂ©seaux permettraient Ă IsraĂ«l, affirment-ils, âdâutiliser Chypre comme base pour simuler dâĂ©ventuels conflits futurs avec le Hezbollah et lâIran, perturber les flux logistiques de lâAxe de la RĂ©sistance et cibler les navires iraniens prĂšs de lâĂźleâ.
Le dĂ©funt secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Hassan Nasrallah avait prĂ©cisĂ©ment mis en garde le gouvernement chypriote contre ce risque en juin dernier. Il a notamment dĂ©clarĂ© que âlâouverture des aĂ©roports et des bases chypriotes Ă lâennemi israĂ©lien pour cibler le Liban Ă©quivaudrait Ă une implication du gouvernement chypriote dans la guerre, et que la RĂ©sistance le traiterait comme telâ.
Deux mois plus tard, un ancien ambassadeur israĂ©lien Ă Chypre a dĂ©clarĂ© Ă Media Line que ces relations cordiales « nâont pas Ă©tĂ© Ă©tablies au dĂ©triment de nos autres amis dans la rĂ©gion », ajoutant : « Nous pensons quâIsraĂ«l devra ĂȘtre intĂ©grĂ© dans la rĂ©gion, et Chypre peut jouer un rĂŽle de mĂ©diateur dans ce domaine, car nous entretenons dâexcellentes relations avec toute la rĂ©gion. Pour nous, dĂ©velopper cette relation avec IsraĂ«l ne signifie pas que nous devons sacrifier dâautres relations. »
Netanyahu a personnellement ĆuvrĂ© Ă cette transformation. Lors de sa visite Ă Nicosie, en septembre 2023, il a dĂ©clarĂ© que les deux nations entretiennent une « merveilleuse amitiĂ© », affirmant que « la civilisation occidentale est le rĂ©sultat de la fusion entre la culture grecque et le judaĂŻsme ». Ă peine un mois plus tard, la guerre dĂ©vastatrice dâIsraĂ«l contre Gaza dĂ©butait avec lâopĂ©ration Al-Aqsa Flood.
La nouvelle HaĂŻfaLâĂźle a accueilli la visite âhistoriqueâ de Netanyahu en 2012, la premiĂšre du genre, Ă la suite dâĂ©changes prĂ©sidentiels rĂ©ciproques en 2011.
Ă lâĂ©poque, le journal Haaretz a notĂ© que les observateurs chypriotes âaffirment que la clĂ© de lâamĂ©lioration des relations rĂ©side dans ces intĂ©rĂȘts communs â parmi lesquels ce que lâon appelleâ le partage de la mer et de ses trĂ©sors âentre les deux pays (le Liban est un partenaire de lâombre dans ce domaine) â et dans la conviction que les bonnes relations dâIsraĂ«l avec Washington se rĂ©percuteront comme par magie sur lâĂźleâ.
Aujourdâhui, une Ă©volution similaire se produit au Liban, oĂč le Conseil des ministres discute dâun accord sur la frontiĂšre maritime avec Chypre, malgrĂ© les avertissements selon lesquels lâaccord pourrait coĂ»ter au Liban environ 5 000 kmÂČ de droits territoriaux maritimes. Cette Ă©volution reflĂšte la pression exercĂ©e par les Ătats-Unis pour aligner les intĂ©rĂȘts gaziers de la MĂ©diterranĂ©e orientale sur les prioritĂ©s israĂ©liennes.
La question qui se pose dĂ©sormais pour les Chypriotes et lâensemble de la rĂ©gion est de savoir si ces intĂ©rĂȘts communs apporteront prospĂ©ritĂ© ou danger. Alors que de nouveaux colons plantent leurs drapeaux et imposent leur idĂ©ologie sur une Ăźle longtemps marquĂ©e par la division, Chypre est en passe de devenir une nouvelle HaĂŻfa.
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https://articles/cypriot-
Un tribunal chypriote condamne un promoteur israélien à la prison pour vente illégale de terrains
 le 24 octobre 2025
PrĂšs de 10 % des acheteurs immobiliers non europĂ©ens Ă Chypre sont israĂ©liens, la population juive de lâĂźle atteignant environ 15 000 personnes.
Le 24 octobre, un tribunal chypriote a condamnĂ© lâhomme dâaffaires israĂ©lien Shimon Mistriel Aykout Ă cinq ans de prison pour avoir construit et vendu des complexes dâappartements sur des terrains appartenant Ă des Chypriotes grecs dans le nord occupĂ© par la Turquie sans le consentement des propriĂ©taires, selon un panel de trois juges et le procureur Andreas Aristides.
Les juges ont déclaré que la gravité des infractions justifie une peine sévÚre et ont pris en compte le temps déjà passé en détention.
Aykout, 75 ans, qui a aussi les nationalitĂ©s portugaise et turque, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en juin 2024 alors quâil traversait le sud et a plaidĂ© coupable la semaine derniĂšre de 40 chefs dâaccusation liĂ©s Ă des activitĂ©s de construction et de vente dans le nord.
Entre 2014 et 2024, il a dirigĂ© le groupe Afik, qui, selon les autoritĂ©s, a construit environ 400 000 mĂštres carrĂ©s dans quatre villages du nord, pour un montant total de plus de 38 millions dâeuros. Le tribunal a rejetĂ© les demandes de libĂ©ration pour raisons de santĂ©, jugeant les installations mĂ©dicales locales suffisantes. âLa dĂ©cision du tribunal envoie un message clair […] : si vous achetez, construisez ou utilisez de quelque maniĂšre que ce soit des terrains appartenant Ă des Chypriotes grecs dans les zones occupĂ©es, vous commettez des actes criminels gravesâ, a dĂ©clarĂ© M. Aristides aux journalistes.
Lâavocat de Nicosie Simos Angelides a dĂ©clarĂ© que cette dĂ©cision et dâautres poursuites similaires ont âsemĂ© la paniqueâ dans le secteur immobilier du nord et âbrisĂ© lâillusion de lâimpunitĂ© juridiqueâ.âNâexploitez pas des biens volĂ©s, car vous pourriez bientĂŽt faire lâobjet dâun mandat dâarrĂȘtâ, a-t-il dĂ©clarĂ© Ă AP.
Au cours de lâannĂ©e Ă©coulĂ©e, les autoritĂ©s chypriotes ont ouvert une sĂ©rie dâaffaires similaires contre un IsraĂ©lien, un Ukrainien, un Allemand et deux Hongrois.
Les deux accusés hongrois ont été condamnés en mai à 36 mois et 15 mois de prison. Les autres affaires sont toujours en cours.
Les responsables chypriotes turcs ont condamnĂ© ces poursuites. Le nouveau leader chypriote turc, Tufan Erhurman, a fait valoir que les revendications fonciĂšres des Chypriotes grecs dans le nord ne devraient ĂȘtre traitĂ©es que par la voie de nĂ©gociations.
Un Ă©minent reprĂ©sentant des entrepreneurs chypriotes turcs a averti que jusquâĂ 85 % des propriĂ©tĂ©s privĂ©es dans le nord pourraient faire lâobjet de poursuites judiciaires similaires.
Ce jugement intervient alors que les acquisitions immobiliĂšres israĂ©liennes prennent de lâampleur en RĂ©publique de Chypre. Le Parti progressiste des travailleurs (AKEL), un parti dâopposition, a averti que les acheteurs israĂ©liens Ă©tablissent des âenclaves fermĂ©esâ et des âcolonies de factoâ, citant des achats concentrĂ©s Ă Larnaca et Limassol favorisĂ©es par des programmes laxistes dâobtention de la rĂ©sidence par investissement.
Cyprus Mail et Politis ont fait Ă©tat dâune pression politique croissante pour mettre un frein aux abus des programmes de âvisa dorĂ©â.
Depuis 2021, les Israéliens ont acquis prÚs de 4 000 propriétés dans le sud de Chypre, dont plus de 1 400 à Larnaca, plus de 1 100 à Limassol et plus de 1 200 à Paphos, les consultants décrivant Pyla comme un véritable bastion israélien.
Les mĂ©dias hĂ©braĂŻques, notamment Haaretz et Ynet, ont relayĂ© cette information, tandis que lâAKEL affirme que les habitants sont dĂ©logĂ©s par lâexpansion rapide de complexes rĂ©servĂ©s aux IsraĂ©liens.
Selon lâAutoritĂ© dâaudit chypriote, les IsraĂ©liens reprĂ©sentent dĂ©sormais environ 10 % de tous les acheteurs immobiliers non europĂ©ens, un chiffre en forte hausse depuis le dĂ©but de lâoffensive Ă Gaza et de la crise judiciaire en IsraĂ«l.
La population juive de lâĂźle, estimĂ©e Ă environ 15 000 personnes, est ainsi passĂ©e de quelques centaines il y a deux dĂ©cennies Ă plusieurs dizaines de milliers aujourdâhui, avec de nouvelles enclaves comprenant des synagogues, des Ă©coles privĂ©es et des supermarchĂ©s casher.
Les commentateurs chypriotes avertissent que cette mutation rapide reproduit le modĂšle colonialiste observĂ© en Palestine, tandis que les hommes politiques locaux la dĂ©crivent comme âun projet stratĂ©gique visant Ă faire de Chypre lâarriĂšre-cour dâIsraĂ«lâ.
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