Chypre, nouvelle HaĂŻfa de Netanyahu

Par Hafez al-Ayoubi, le 23 octobre 2025

L’afflux de colons et d’investisseurs israĂ©liens Ă  Chypre inquiĂšte les Chypriotes et les observateurs rĂ©gionaux, qui y voient un Ă©cho du passĂ© de HaĂŻfa. DerriĂšre l’explosion immobiliĂšre actuelle se cache un projet israĂ©lien plus vaste de refonte de l’ordre en MĂ©diterranĂ©e orientale, oĂč Chypre joue Ă  la fois le rĂŽle de porte d’entrĂ©e et d’avant-poste.

L’annĂ©e derniĂšre, les rapports faisant Ă©tat d’IsraĂ©liens achetant des terrains et des biens immobiliers dans toute la RĂ©publique de Chypre, membre de l’UE, se sont multipliĂ©s. Bien que les chiffres restent modestes, le rythme des acquisitions s’est accĂ©lĂ©rĂ©. Certains interprĂštent cette vague comme un symptĂŽme de la dĂ©gradation de l’image qu’IsraĂ«l projette de lui-mĂȘme en tant que “lieu le plus sĂ»r pour les Juifs”.

D’autres y voient plutĂŽt une consĂ©quence de l’évolution de la gĂ©opolitique de la MĂ©diterranĂ©e orientale, qui place Chypre au cƓur de la vision maritime expansionniste du Premier ministre israĂ©lien, Benjamin Netanyahu.

Une nouvelle frontiĂšre

Chypre, la troisiĂšme plus grande Ăźle de la mer MĂ©diterranĂ©e, est divisĂ©e depuis l’invasion de sa partie nord par la Turquie en 1974, qui a donnĂ© lieu Ă  la crĂ©ation de la RĂ©publique turque de Chypre du Nord (RTCN), non reconnue. Environ 400 000 Chypriotes turcs habitent cette partie sous tutelle d’Ankara, tandis que la RĂ©publique chypriote grecque du sud, reconnue internationalement et qui compte 1,3 million d’habitants, voit son littoral se couvrir de plus en plus de biens immobiliers appartenant Ă  des IsraĂ©liens.

Les statistiques masquent toutefois la tendance gĂ©nĂ©rale. Selon une Ă©tude de l’AutoritĂ© des audits de Chypre, les acheteurs non europĂ©ens au cours des cinq derniĂšres annĂ©es provenaient principalement du Liban (16 %), de Chine (16 %), de Russie (14 %) et d’IsraĂ«l (10 %).

ParallĂšlement, la communautĂ© juive de Chypre, qui compte aujourd’hui environ 4 000 familles, soit quelque 15 000 personnes, s’est dĂ©veloppĂ©e alors qu’elle ne comptait que quelques centaines d’individus il y a vingt ans. En 2003, elle comptait entre 300 et 400 personnes, pour atteindre environ 3 500 en 2018, soit une croissance modeste mais symboliquement significative, stimulĂ©e par trois crises : la pandĂ©mie de Covid-19, les troubles liĂ©s Ă  la rĂ©forme judiciaire en IsraĂ«l et la guerre contre Gaza.

Cette vague migratoire reflĂšte toutefois un renversement de tendance plus gĂ©nĂ©ral, avec un nombre croissant d’IsraĂ©liens dĂ©sireux de quitter le pays. Selon le Centre de recherche et d’information de la Knesset, environ 145 900 personnes ont Ă©migrĂ© entre 2020 et 2024, une tendance que le journal Yedioth Ahronoth attribue aux consĂ©quences du 7 octobre et qui, selon lui, prĂ©sente des “risques stratĂ©giques”.

Dans un article intitulĂ© “L’expansion israĂ©lienne dans l’UE via Chypre”, Theodosis Pipis, chercheur au Centre d’études et d’analyses stratĂ©giques internationales (KEDISA) Ă  AthĂšnes, compare la situation actuelle de Larnaca Ă  celle de la ville de HaĂŻfa dans les annĂ©es 1920. Il affirme que “les investissements massifs dans les villes cĂŽtiĂšres telles que HaĂŻfa ont permis de prendre le contrĂŽle de l’économie de la Palestine”.

Il explique que HaĂŻfa Ă©tait une ville portuaire peu peuplĂ©e, similaire Ă  Larnaca aujourd’hui, mais qu’aprĂšs la dĂ©claration de l’État d’IsraĂ«l et l’expulsion des Palestiniens de leurs foyers, les colons juifs sont devenus majoritaires Ă  HaĂŻfa. “D’un point de vue historique, le cas de HaĂŻfa pourrait laisser prĂ©sager ce qui pourrait arriver Ă  Chypre si les investissements Ă©conomiques se poursuivent. Une ville portuaire, avec une faible densitĂ© de population, semblable Ă  Larnaca. Au moment oĂč les colons juifs ont expulsĂ© les Palestiniens de leurs foyers et proclamĂ© la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l, les colons juifs sont devenus majoritaires Ă  HaĂŻfa”.

“Chypre, l’arriĂšre-cour d’IsraĂ«l”

Au-delĂ  des statistiques, on observe une tendance plus inquiĂ©tante, notamment la formation d’enclaves israĂ©liennes exclusives, en particulier autour de Larnaca. Des rapports indiquent que “les habitants sont Ă©vincĂ©s par la flambĂ©e des prix. Des infrastructures (synagogues, supermarchĂ©s casher, Ă©coles privĂ©es) sortent de terre Ă  toute allure. Le mĂȘme modĂšle colonial utilisĂ© en Cisjordanie semble dĂ©sormais se propager dans des endroits comme Pyla et Limassol”.

Ce qui est particuliĂšrement prĂ©occupant, c’est que “nombre de ces colons ne sont pas des libĂ©raux dĂ©sabusĂ©s, mais des sionistes convaincus disposant de ressources importantes”.

En juin, Stefanos Stefanou, porte-parole du Parti progressiste des travailleurs (AKEL), a dĂ©clarĂ© : “Ils construisent des Ă©coles sionistes, des synagogues, des enclaves fermĂ©es… IsraĂ«l se prĂ©pare une arriĂšre-cour Ă  Chypre, et la situation ne peut que nous alarmer”.

Le mouvement hassidique Chabad, connu localement sous le nom de Chabad, a créé en 2005 le premier lieu de culte juif officiel de Chypre, prĂšs de Larnaca, le premier sur l’üle depuis des siĂšcles. Aujourd’hui, il gĂšre six synagogues sous la direction du grand rabbin Ze’ev Raskin.

Historiquement, Chypre est l’un des premiers projets de colonisation sioniste. Un rapport du dĂ©partement d’État amĂ©ricain intitulĂ© The Justice for Uncompensated Survivors Today (JUST) Act Report: Cyprus prĂ©cise qu’“il y avait environ 100 Juifs Ă  Chypre au dĂ©but du XXe siĂšcle. AprĂšs la montĂ©e du nazisme en 1933, des centaines de Juifs europĂ©ens ont fui vers Chypre, alors colonie britannique”.

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Le pĂšre du sionisme moderne, ThĂ©odor Herzl, a lui-mĂȘme prĂŽnĂ© Ă  une Ă©poque “l’option chypriote” comme levier dans les nĂ©gociations pour prendre possession de la Palestine. Lors du troisiĂšme congrĂšs sioniste, en 1899, le dĂ©lĂ©guĂ© David Tricht a fait valoir que “Chypre est l’endroit le plus appropriĂ© : peu attrayant pour les EuropĂ©ens, mais proche de la Terre d’IsraĂ«l”.

Des invitations ont Ă©tĂ© lancĂ©es, notamment lors du troisiĂšme congrĂšs sioniste en 1899. Tricht a dĂ©clarĂ© : “Les Juifs ne devraient pas chercher refuge dans des terres propices Ă  la colonisation europĂ©enne, car ils se heurteraient Ă  une rĂ©sistance dans chacun de ces pays. Ils ne sauraient non plus s’installer efficacement dans les rĂ©gions tropicales. Chypre est donc le lieu le mieux adaptĂ© Ă  la colonisation juive. Bien que l’üle n’attire pas les colons europĂ©ens, son climat nous convient et, surtout, elle est proche d’IsraĂ«l, faisant office de porte d’entrĂ©e vers le pays”.

Environ deux mois plus tard, Herzl Ă©crivait : “Puisque le gouvernement ottoman ne montre aucune volontĂ© de conclure d’accord avec nous, certains souhaitent se tourner vers cette Ăźle sous contrĂŽle britannique, oĂč nous pourrions nous rendre Ă  tout moment. Je contrĂŽle encore la situation jusqu’au prochain congrĂšs. Mais si aucun rĂ©sultat n’est obtenu d’ici lĂ , nos plans sombreront comme une pierre dans l’eau de Chypre”.

En 1902, Herzl a prĂ©sentĂ© des preuves Ă©crites Ă  la commission parlementaire britannique sur l’immigration Ă©trangĂšre, puis a diffusĂ© une brochure dĂ©crivant comment la migration juive vers l’Angleterre et les États-Unis pourrait ĂȘtre simplifiĂ©e par la promotion de projets de colonisation, dont un Ă  Chypre.

La mĂȘme annĂ©e, il a Ă©galement abordĂ© le sujet de la colonisation avec le secrĂ©taire colonial britannique Joseph Chamberlain, Ă©voquant l’üle comme lieu potentiel de colonisation juive, et affirmant que “les musulmans partiront et les Grecs vendront volontiers leurs terres Ă  un bon prix pour Ă©migrer Ă  AthĂšnes ou en CrĂšte”.

Un refuge sûr ou un avant-poste stratégique ?

La “prĂ©sence juive historique” Ă  Chypre est restĂ©e marginale jusqu’au dĂ©but du XXIĂš siĂšcle, mais les Ă©vĂ©nements rĂ©cents ont suscitĂ© un changement radical. La guerre de juin avec l’Iran et l’escalade des tensions rĂ©gionales l’étĂ© dernier ont en effet incitĂ© les IsraĂ©liens Ă  investir, en particulier dans les villes cĂŽtiĂšres.

Au plus fort du conflit, une plateforme immobiliĂšre chypriote a rapportĂ© que “les IsraĂ©liens ont activement contactĂ© leurs courtiers pour exprimer leur inquiĂ©tude et leur impatience quant Ă  la reprise du trafic aĂ©rien. Beaucoup d’entre eux le disent ouvertement : ‘Nous voulons rentrer chez nous’, c’est-Ă -dire Ă  Chypre”.  La plateforme a ajoutĂ© que “de nombreux citoyens israĂ©liens considĂšrent Chypre comme une alternative sĂ»re et stable, Ă  la fois adaptĂ©e Ă  une rĂ©sidence temporaire et Ă  un investissement Ă  long terme. Pour beaucoup d’entre eux, Chypre est devenue une deuxiĂšme maison”.

Les experts israĂ©liens ajoutent quant Ă  eux que “certains IsraĂ©liens cherchent Ă  diversifier leurs placements et les risques associĂ©s”.

NĂ©anmoins, les politiciens chypriotes mettent en garde contre l’opacitĂ© des rĂ©seaux immobiliers. Des failles permettent en effet aux entreprises de contourner les restrictions limitant les ressortissants non europĂ©ens Ă  deux propriĂ©tĂ©s.

Takis Hadjigeorgiou, ancien membre de la Commission des affaires Ă©trangĂšres du Parlement europĂ©en, rapporte qu’il y a un an, la question de la propriĂ©tĂ© des non-EuropĂ©ens, en particulier des IsraĂ©liens, a Ă©tĂ© soulevĂ©e devant le “haut fonctionnaire chargĂ© des questions fonciĂšres et immobiliĂšres Ă  Chypre”. Oui, j’en ai entendu parler”, a rĂ©pondu le haut fonctionnaire, avant d’ajouter : “Mais ne disions-nous pas autrefois que le rachat Ă©tait le fait des Libanais ?”

Le Greek Herald a depuis relayĂ© les craintes d’une “ingĂ©nierie dĂ©mographique” et a averti que si ces “transformations se poursuivent sans contrĂŽle, elles pourraient mener Ă  la perte irrĂ©versible de l’identitĂ© hellĂ©nique ancestrale”. “Une vague de particuliers et d’entreprises d’origine juive/israĂ©lienne achĂšte systĂ©matiquement des propriĂ©tĂ©s dans toute l’UE, y compris Ă  Chypre, dans le nord occupĂ© par la Turquie, suscitant l’inquiĂ©tude de la population quant aux implications d’une telle pratique”.

Quelles que soient les motivations des migrants israĂ©liens, ils entrent dans un pays marquĂ© par un traumatisme et un nationalisme fĂ©roce. Bien que les Chypriotes accueillent volontiers les touristes, ils restent hantĂ©s par leur propre partition. Beaucoup sympathisent avec Gaza et Ă©prouvent du ressentiment face Ă  l’utilisation des bases militaires britanniques pour les guerres d’IsraĂ«l. Sous une coexistence polie, la suspicion couve.

L’arc mĂ©diterranĂ©en

Le grand rabbin Raskin, qui dirige la cour rabbinique de Chypre depuis 2003, dĂ©crit l’üle comme la “porte dĂ©robĂ©e” d’IsraĂ«l. Selon Yonatan Brander, chercheur Ă  l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (PRIO) et auteur d’un article de 2022 intitulĂ© “Une amitiĂ© stratĂ©gique : la perception israĂ©lienne des relations entre IsraĂ«l et Chypre”, les dĂ©cideurs politiques israĂ©liens considĂšrent les liens avec Nicosie comme “la pierre angulaire d’un ordre rĂ©gional qu’ils souhaitent façonner et prĂ©server”.

Deux axes dĂ©finissent dĂ©sormais la politique israĂ©lienne sur l’üle. D’une part, Netanyahu envisage Chypre comme faisant partie d’un nouveau bloc gĂ©opolitique reliant IsraĂ«l Ă  l’Europe et au rĂ©seau Ă©nergĂ©tique mĂ©diterranĂ©en. La volontĂ© de Nicosie d’accueillir les nĂ©gociations sur la reconstruction de Gaza souligne son rĂŽle diplomatique croissant. L’üle offre une profondeur gĂ©ographique, un corridor aĂ©rien et maritime, ainsi qu’une voix au sein de l’UE favorable aux ambitions de Tel-Aviv.

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D’autre part, l’ancrage Ă©conomique et institutionnel de plus en plus marquĂ© d’IsraĂ«l risque de transformer Chypre en une dĂ©pendance soumise plutĂŽt qu’en un partenaire Ă  part entiĂšre. Ankara s’est dĂ©jĂ  montrĂ©e mĂ©fiante, considĂ©rant cette entente comme une seconde frontiĂšre israĂ©lienne Ă  sa pĂ©riphĂ©rie, venant complĂ©ter sa frontiĂšre indirecte avec la Syrie.

Une Ă©tude du centre Moshe Dayan de l’universitĂ© de Tel-Aviv sur l’impact de la guerre de douze jours entre IsraĂ«l et l’Iran sur l’alliance entre IsraĂ«l, la GrĂšce et Chypre, ou “l’arc mĂ©diterranĂ©en”, un corridor stratĂ©gique reliant l’Atlantique Ă  l’ocĂ©an Indien via la mer MĂ©diterranĂ©e, la mer Rouge et la mer d’Oman, souligne cette tendance. Selon cette Ă©tude, l’alliance “consolide la nouvelle sphĂšre d’influence maritime d’IsraĂ«l et creuse l’écart avec la Turquie”.

Depuis les annĂ©es 2010, la coopĂ©ration entre IsraĂ«l et Chypre est devenue une constante gĂ©opolitique. La participation de Nicosie au projet d’exploration gaziĂšre EastMed, soutenu par Washington, Riyad et Abu Dhabi, l’a placĂ©e en conflit avec Ankara. Des rapports publiĂ©s l’annĂ©e derniĂšre ont indiquĂ© qu’IsraĂ«l a livrĂ© trois cargaisons de systĂšmes de dĂ©fense aĂ©rienne Barak MX Ă  Chypre, une Ă©volution qui, selon les mĂ©dias turcs, pourrait dĂ©stabiliser la rĂ©gion.

Les inquiĂ©tudes se sont intensifiĂ©es lorsque le Cyprus Mail a rapportĂ© que “l’incapacitĂ© du gouvernement Ă  dĂ©mentir la prĂ©sence de personnel de sĂ©curitĂ© israĂ©lien Ă  proximitĂ© de la clĂŽture de l’aĂ©roport de Larnaca et dans la tour de contrĂŽle du trafic aĂ©rien suggĂšre que ces informations sont exactes et que la RĂ©publique a cĂ©dĂ© la sĂ©curitĂ© de son principal aĂ©roport aux forces de sĂ©curitĂ© d’un autre État”.

Renseignements, bases et avertissements

Plusieurs sources rĂ©gionales affirment qu’IsraĂ«l table dĂ©sormais sur Chypre pour la collecte de renseignements et la logistique opĂ©rationnelle dans la rĂ©gion du Levant. Selon des universitaires iraniens, cette coopĂ©ration inclurait le transfert de technologies de surveillance, l’exportation de logiciels espions via des sociĂ©tĂ©s chypriotes et la mise en place de “canaux de renseignement communs pour cibler l’Iran et l’Axe de la RĂ©sistance”. Ces rĂ©seaux permettraient Ă  IsraĂ«l, affirment-ils, “d’utiliser Chypre comme base pour simuler d’éventuels conflits futurs avec le Hezbollah et l’Iran, perturber les flux logistiques de l’Axe de la RĂ©sistance et cibler les navires iraniens prĂšs de l’üle”.

Le dĂ©funt secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Hassan Nasrallah avait prĂ©cisĂ©ment mis en garde le gouvernement chypriote contre ce risque en juin dernier. Il a notamment dĂ©clarĂ© que “l’ouverture des aĂ©roports et des bases chypriotes Ă  l’ennemi israĂ©lien pour cibler le Liban Ă©quivaudrait Ă  une implication du gouvernement chypriote dans la guerre, et que la RĂ©sistance le traiterait comme tel”.

Deux mois plus tard, un ancien ambassadeur israĂ©lien Ă  Chypre a dĂ©clarĂ© Ă  Media Line que ces relations cordiales « n’ont pas Ă©tĂ© Ă©tablies au dĂ©triment de nos autres amis dans la rĂ©gion », ajoutant : « Nous pensons qu’IsraĂ«l devra ĂȘtre intĂ©grĂ© dans la rĂ©gion, et Chypre peut jouer un rĂŽle de mĂ©diateur dans ce domaine, car nous entretenons d’excellentes relations avec toute la rĂ©gion. Pour nous, dĂ©velopper cette relation avec IsraĂ«l ne signifie pas que nous devons sacrifier d’autres relations. »

Netanyahu a personnellement ƓuvrĂ© Ă  cette transformation. Lors de sa visite Ă  Nicosie, en septembre 2023, il a dĂ©clarĂ© que les deux nations entretiennent une « merveilleuse amitiĂ© », affirmant que « la civilisation occidentale est le rĂ©sultat de la fusion entre la culture grecque et le judaĂŻsme ». À peine un mois plus tard, la guerre dĂ©vastatrice d’IsraĂ«l contre Gaza dĂ©butait avec l’opĂ©ration Al-Aqsa Flood.

La nouvelle HaĂŻfaL’üle a accueilli la visite “historique” de Netanyahu en 2012, la premiĂšre du genre, Ă  la suite d’échanges prĂ©sidentiels rĂ©ciproques en 2011.

À l’époque, le journal Haaretz a notĂ© que les observateurs chypriotes “affirment que la clĂ© de l’amĂ©lioration des relations rĂ©side dans ces intĂ©rĂȘts communs — parmi lesquels ce que l’on appelle” le partage de la mer et de ses trĂ©sors “entre les deux pays (le Liban est un partenaire de l’ombre dans ce domaine) — et dans la conviction que les bonnes relations d’IsraĂ«l avec Washington se rĂ©percuteront comme par magie sur l’üle”.

Aujourd’hui, une Ă©volution similaire se produit au Liban, oĂč le Conseil des ministres discute d’un accord sur la frontiĂšre maritime avec Chypre, malgrĂ© les avertissements selon lesquels l’accord pourrait coĂ»ter au Liban environ 5 000 kmÂČ de droits territoriaux maritimes. Cette Ă©volution reflĂšte la pression exercĂ©e par les États-Unis pour aligner les intĂ©rĂȘts gaziers de la MĂ©diterranĂ©e orientale sur les prioritĂ©s israĂ©liennes.

La question qui se pose dĂ©sormais pour les Chypriotes et l’ensemble de la rĂ©gion est de savoir si ces intĂ©rĂȘts communs apporteront prospĂ©ritĂ© ou danger. Alors que de nouveaux colons plantent leurs drapeaux et imposent leur idĂ©ologie sur une Ăźle longtemps marquĂ©e par la division, Chypre est en passe de devenir une nouvelle HaĂŻfa.

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Un tribunal chypriote condamne un promoteur israélien à la prison pour vente illégale de terrains

 le 24 octobre 2025

PrĂšs de 10 % des acheteurs immobiliers non europĂ©ens Ă  Chypre sont israĂ©liens, la population juive de l’üle atteignant environ 15 000 personnes.

Le 24 octobre, un tribunal chypriote a condamnĂ© l’homme d’affaires israĂ©lien Shimon Mistriel Aykout Ă  cinq ans de prison pour avoir construit et vendu des complexes d’appartements sur des terrains appartenant Ă  des Chypriotes grecs dans le nord occupĂ© par la Turquie sans le consentement des propriĂ©taires, selon un panel de trois juges et le procureur Andreas Aristides.

Les juges ont déclaré que la gravité des infractions justifie une peine sévÚre et ont pris en compte le temps déjà passé en détention.

Aykout, 75 ans, qui a aussi les nationalitĂ©s portugaise et turque, a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en juin 2024 alors qu’il traversait le sud et a plaidĂ© coupable la semaine derniĂšre de 40 chefs d’accusation liĂ©s Ă  des activitĂ©s de construction et de vente dans le nord.

Entre 2014 et 2024, il a dirigĂ© le groupe Afik, qui, selon les autoritĂ©s, a construit environ 400 000 mĂštres carrĂ©s dans quatre villages du nord, pour un montant total de plus de 38 millions d’euros. Le tribunal a rejetĂ© les demandes de libĂ©ration pour raisons de santĂ©, jugeant les installations mĂ©dicales locales suffisantes. “La dĂ©cision du tribunal envoie un message clair […] : si vous achetez, construisez ou utilisez de quelque maniĂšre que ce soit des terrains appartenant Ă  des Chypriotes grecs dans les zones occupĂ©es, vous commettez des actes criminels graves”, a dĂ©clarĂ© M. Aristides aux journalistes.

L’avocat de Nicosie Simos Angelides a dĂ©clarĂ© que cette dĂ©cision et d’autres poursuites similaires ont “semĂ© la panique” dans le secteur immobilier du nord et “brisĂ© l’illusion de l’impunitĂ© juridique”.“N’exploitez pas des biens volĂ©s, car vous pourriez bientĂŽt faire l’objet d’un mandat d’arrĂȘt”, a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  AP.

Au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e, les autoritĂ©s chypriotes ont ouvert une sĂ©rie d’affaires similaires contre un IsraĂ©lien, un Ukrainien, un Allemand et deux Hongrois.

Les deux accusés hongrois ont été condamnés en mai à 36 mois et 15 mois de prison. Les autres affaires sont toujours en cours.

Les responsables chypriotes turcs ont condamnĂ© ces poursuites. Le nouveau leader chypriote turc, Tufan Erhurman, a fait valoir que les revendications fonciĂšres des Chypriotes grecs dans le nord ne devraient ĂȘtre traitĂ©es que par la voie de nĂ©gociations.

Un Ă©minent reprĂ©sentant des entrepreneurs chypriotes turcs a averti que jusqu’à 85 % des propriĂ©tĂ©s privĂ©es dans le nord pourraient faire l’objet de poursuites judiciaires similaires.

Ce jugement intervient alors que les acquisitions immobiliĂšres israĂ©liennes prennent de l’ampleur en RĂ©publique de Chypre. Le Parti progressiste des travailleurs (AKEL), un parti d’opposition, a averti que les acheteurs israĂ©liens Ă©tablissent des “enclaves fermĂ©es” et des “colonies de facto”, citant des achats concentrĂ©s Ă  Larnaca et Limassol favorisĂ©es par des programmes laxistes d’obtention de la rĂ©sidence par investissement.

Cyprus Mail et Politis ont fait Ă©tat d’une pression politique croissante pour mettre un frein aux abus des programmes de “visa dorĂ©â€.

Depuis 2021, les Israéliens ont acquis prÚs de 4 000 propriétés dans le sud de Chypre, dont plus de 1 400 à Larnaca, plus de 1 100 à Limassol et plus de 1 200 à Paphos, les consultants décrivant Pyla comme un véritable bastion israélien.

Les mĂ©dias hĂ©braĂŻques, notamment Haaretz et Ynet, ont relayĂ© cette information, tandis que l’AKEL affirme que les habitants sont dĂ©logĂ©s par l’expansion rapide de complexes rĂ©servĂ©s aux IsraĂ©liens.

Selon l’AutoritĂ© d’audit chypriote, les IsraĂ©liens reprĂ©sentent dĂ©sormais environ 10 % de tous les acheteurs immobiliers non europĂ©ens, un chiffre en forte hausse depuis le dĂ©but de l’offensive Ă  Gaza et de la crise judiciaire en IsraĂ«l.

La population juive de l’üle, estimĂ©e Ă  environ 15 000 personnes, est ainsi passĂ©e de quelques centaines il y a deux dĂ©cennies Ă  plusieurs dizaines de milliers aujourd’hui, avec de nouvelles enclaves comprenant des synagogues, des Ă©coles privĂ©es et des supermarchĂ©s casher.

Les commentateurs chypriotes avertissent que cette mutation rapide reproduit le modĂšle colonialiste observĂ© en Palestine, tandis que les hommes politiques locaux la dĂ©crivent comme “un projet stratĂ©gique visant Ă  faire de Chypre l’arriĂšre-cour d’IsraĂ«l”.

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